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Censée représenter une alternative crédible au régime de la renaissance du Niger à l’occasion des élections générales de 2016, l’Alliance pour la Réconciliation, la Démocratie et la République (ARDR) a pris du plomb dans l’aile l’empêchant ainsi de remplir pleinement la mission que les citoyens attendent d’elle : être un contrepouvoir face à la majorité gouvernante ! Hélas, cette grande aspiration citoyenne a été trahie par cette ARDR qui ne serait pas allée au fonds des choses pour justifier son rôle de veille de la démocratie nigérienne. Au bout du compte, elle n’aura été qu’un simple ramassis de politiciens haineux, ringards, et qui n’arrivent point à se défaire du vertigo qui l’avait saisi depuis qu’elle n’est plus au pouvoir ! Dans la dissertation qui suivra, nous tenterons de retracer la chronique de cet immense gâchis que fut l’ARDR.

Une alliance bâtie sur le ressentiment

On ne saurait véritablement parler de l’ARDR sans évoquer l’Alliance pour la Réconciliation Nationale (ARN) que Hama Amadou avait conçue et mise en place dans la perspective où il serait au second tour afin de pouvoir bénéficier des suffrages de ses amis de la CDS et du MNSD pour l’emporter devant le candidat Issoufou Mahamadou. Voilà la raison essentielle qui avait présidé à la formation de l’ARN : constituer un trépied pour hisser Hama Amadou à la magistrature suprême. Que les autres leaders de cette alliance eussent cru, naïvement, et de bonne foi en cette alliance, il n’en demeure pas moins que le seigneur de Youri blaguait avec leur conscience ! Dès qu’il eut constaté que le verdict des urnes avait choisi le candidat Issoufou et Seini pour le second tour de l’élection présidentielle de mars 2011, Hama Amadou mit alors en branle son plan B pour fausser compagnie à ses anciens amis de l’ARN et rallia avec armes et bagages le train de la CFDR ! N’ayant plus d’autres choix que constituer la future opposition, l’ARN, la mort dans l’âme, tenta de survivre autour de Seini Oumarou en attendant des jours meilleurs. Tant qu’elle était dans cette dynamique, l’ARN forçait l’admiration des Nigériens, car, elle réduisait le débat politique aux seules questions touchant la vie de la nation. On peu dire en cela qu’elle était une opposition constructive, républicaine, apte à prendre la relève en cas de défaillance en 2016 du pouvoir en place. Ses déclarations publiques ainsi que ses interventions à l’hémicycle témoignaient de l’existence d’une opposition responsable, et surtout consciente de son rôle capital dans la promotion de la démocratie. Bien sûr que Mahamane Ousmane avec son sac de rancunes plein à craquer, comme d’habitude, Me Souley Oumarou, politicien définitivement raté, avocat sulfureux des causes perdues, le calamiteux Ousseini Salatou, eh bien, toute cette armée de frustrés gravitait autour du fédérateur et pondéré Seini Oumarou avant que celui-ci ne vendît son âme au diable ! On peut sans risque de se tromper soutenir qu’il y a bien eu un avant Hama Amadou à l’opposition et un après Hama Amadou à cette même opposition, car toute l’économie de cette position s’est trouvée ruinée par l’échec de la nouvelle majorité parlementaire à laquelle devait aboutir l’ARDR. En effet, ne l’oubliez pas, même si certains tordus s’échinent à nier cela avec des arguments peu sérieux, en rejoignant l’ARDR, Hama Amadou ne quittait pas, en réalité, le pouvoir pour l’opposition, mais bien pour un nouveau pouvoir si le plan initial avait bien fonctionné. La preuve, Hama Amadou était resté accroché à son perchoir de l’Assemblée nationale, alors même que la logique aurait bien commandé de lâcher ce poste si tant était qu’il voulait rejoindre véritablement l’opposition. Voilà en fait le schéma de Hama Amadou et de ses nouveaux amis de l’ARDR qui consistait, ni plus ni moins, à mettre en cohabitation le Président Issoufou pour l’amener ainsi à dissoudre l’Assemblée et espérer y revenir avec une nouvelle majorité parlementaire grâce aux réserves de voix de la CDS dont les listes de députation avaient été invalidées par le Conseil Constitutionnel de Transition (CCT) pour violation de la loi électorale, lors des scrutins organisés par le CSRD ! Malheureusement pour le grand calculateur Hama Amadou, l’objectif tant recherché n’avait pu être atteint et le nouveau scénario issu de ce cuisant échec n’avait jamais, semble-t-il, été prévu, tellement les oracles consultés à cet effet étaient sûrs de leur verdict ! Dès lors, en l’absence de tout plan de rechange efficace, le Seigneur de Youri, troublé et embarrassé, se mit alors à improviser la suite à donner aux événements qui ne s’étaient pas produits conformé- ment à ses vœux de renverser une majorité parlementaire à l’avènement de laquelle il avait pourtant largement contribué. Malheureusement, c’est l’ARDR qui fera les frais de cette improvisation politique, entraînant ainsi l’opposition politique dans une spirale de violence verbale jamais atteinte dans toute notre jeune expérience démocratique dans le meilleur des cas, quand elle ne prend pas les allures d’un mouvement insurrectionnel dans le pire des cas.

Une ARDR profondément et dangereusement hamisée

L’ARDR, comme l’avait conçue son promoteur Hama Amadou, n’avait jamais été faite pour être une alliance politique à l’opposition, mais bien pour prendre et exercer le pouvoir, n’en déplaise à certains affidés du Seigneur de Youri qui défendent la thèse contraire. Si l’ARDR s’est donc retrouvée à l’opposition, c’est malgré elle, les choses ne s’étant pas déroulées comme prévu. Comme elle n’avait jamais été conçue pour cette cause, elle ne pouvait jouer qu’imparfaitement le rôle dévolu à une opposition en régime démocratique. Il faut ouvrir ici une parenthèse pour rappeler que Hama Amadou fut également l’artisan principal de l’ARN qui ne valait, dans son esprit qu’au cas où il aurait été au second tour de l’élection présidentielle de 2011 afin de pouvoir bénéficier du soutien des autres membres de cette ARN. Mais, dès lors que cette aspiration n’avait pu être concrétisée, il ne se sentait plus lié par quelque engagement politique que ce fût qui l’aurait obligé à propulser Seini Oumarou à la magistrature suprême, l’ennemi juré à l’époque ! Si Hama Amadou avait pu rallier le candidat de la CFDR, ce n’était nullement sur la base de convictions politiques chevillées pour une alliance de construction nationale, mais bien pour barrer la route à un ami  »traître ». Ce choix était donc dicté plus par les circonstances que par la raison ou le cœur, car le PNDS avait été toujours, pour Hama, le moindre mal, faute de mieux. En réalité, les relations Hama/PNDS pourraient être symbolisées par ce proverbe du terroir ainsi libellé :  »Deux esprits retors ne sauraient dépouiller ensemble un putois, car aucun des deux ne voudrait se trouver de l’autre côté de la bête réputée pour sa propension à lâcher … du gaz destiné à affaiblir ses proies ou agresseurs. » En ralliant la MRN, Hama n’avait jamais fait le deuil de ses ambitions pouvoiristes, mais les remettait seulement à plus tard, le temps d’apurer tout son passif judiciaire pour ne plus être tenu quelque part dans une alliance à laquelle il n’avait jamais adhéré totalement. De son côté, le PNDS savait très bien qu’il avait un allié versatile et très capricieux, prêt à le quitter à la moindre occasion. Il trouva alors le prétexte dans l’idée de formation du gouvernement d’union nationale dont c’était lui-même Hama qui en avait fait l’annonce dans un de ses discours de clôture d’une session parlementaire. En septembre 2013, il annonça officiellement sa rupture avec la MRN pour rejoindre ses anciens amis de l’ARN pour former l’ARDR. C’est un magicien, ce Hama-là, qui réussit à faire oublier à ses victimes d’hier le coup de poignard dans le dos, des victimes consentantes diriez-vous, qui semblaient demander, paradoxalement, pardon à leur bourreau d’antan. Scène surréaliste qui n’aurait pas sans doute déplu au plus grand écrivain tchèque du 20ème siècle, Kafka, le maître incontesté et incontestable des paradoxes ! Comme vous le voyez, Hama Amadou adore cet univers mental à lui où il pourrait manœuvrer à sa guise, manipuler les consciences pour en faire ses jouets, bref être le démiurge au milieu d’une masse éthérée sur laquelle il se plairait à surfer. C’est cela hélas le hamisme, ce condensé de cynisme politique sauté à la sauce conspirationniste, le tout enveloppé dans un populisme désuet et désincarné ! Etrange personnalité qui ne s’épanouit, telle une nécrophile, que quand c’est le chaos généralisé qui règne dans le pays. Son problème fondamental, voire ontologique pour parler comme Bazoum, avec le parti rose ne se trouvait pas tant dans une quelconque divergence idéologique dans la conception de la chose politique que dans une espèce de complexe intellectuel devant les dirigeants de ce parti complètement désabusés face aux complots de bas étages dans lesquels le personnage est passé maître. Qu’il multiplie à la puissance exponentielle ses combines politiques et autres tours de prestidigitation pour tenter de magnétiser les spectateurs, qu’il remue ciel et terre, il laissera toujours de marbre les dirigeants du parti rose sur lesquels sa  »magie » n’a aucune prise ! C’est pour cette raison qu’il se sentait toujours mal à l’aise en compagnie du PNDS comme il se plairait en compagnie du reste de la classe politique qu’il peut instrumentaliser à volonté. Et depuis qu’il a quitté la MRN en déclarant sa nouvelle flamme à l’ARDR, cette structure politique n’a cessé de se fourvoyer, de se pervertir pour ne plus être qu’un simple ramassis de politicards haineux, ringards qui ne sont ensemble ou mus que par un seul ressort : la haine contre le Président Issoufou. Cette haine contre une seule personne (le PR) portée à une incandescence thermique jamais atteinte dans l’adversité politique aura fini par obscurcir tous les horizons politiques de l’ARDR devenue aujourd’hui le simple suppositoire d’un fugitif qui ne rêve que d’une seule chose : transformer le Niger en Pompéi tant que ce n’est pas lui qui est au pouvoir. Voilà comment l’ARDR a perdu son âme, en se laissant téléguider par un fugitif, pour jeter l »opprobre et le discrédit sur les institutions de la république, dont principalement la Cour Constitutionnelle. Toutes les attaques dont les membres de cette haute juridiction ont été l’objet sont l’œuvre exclusive de Hama Amadou et de son entourage qui peuvent se déshumaniser pour descendre bas dans les égouts salir de vénérables serviteurs de l’Etat dont le seul crime est d’avoir délibéré selon la loi et selon leur conscience. Parcourez les réseaux sociaux et vous verrez de quoi sont capables les partisans du fugitif qui peuvent, comme le dit le Saint Coran,  »attribuer des sexes aux Anges pour dire tantôt, ils sont des hommes, tantôt, ils sont des femmes » ! Gloire à Allah, les Anges ne sont d’aucun des sexes, mais sont tout simplement des créatures du Tout-Puissant !

Zak

Opinions (N. 258 du 19 Mars 2015)