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Le parcours de certains hommes politiques qui osent s’aventurer dans les arènes politiques parsemés d’embûches, dans les méandres de la politique où se croisent souvent des adversaires sans état d’âme, révèle une aventure rocambolesque, quelquefois épique faite de gloires et aussi de déchéances hélas fatales pour assombrir des étoiles politiques surpris au faîte de leur ascension. La politique n’est jamais un jeu d’enfant.

C’est ainsi que bien d’épopées politiques dont faites de vilenies et de turpitudes. Alors qu’on croyait vaincre, l’on est surpris, roué de coups mortels, férocement vaincu. Il n’est permis qu’aux bêtes atypiques de la politique, comme sphinx, de survivre aux vicissitudes d’un domaine complexe et périlleux. Les jeunes loups sans expérience, poussés par leur fougue, sont vite traqués, empêtrés dans des erreurs irréparables et des bévues que la politique ne pardonne jamais. Sous la 5ème République Ladan Tchiana n’était encore qu’un anonyme de la scène politique nigérienne pour lequel seul un nom  Tchiana  souligne une filiation à un homme que les Nigériens estiment et respectent pour son altruisme et ses bonnes œuvres.

C’est à la faveur des luttes internes au sein du MNSD que, prenant position dans le camp des partisans de Hama Amadou (PHA), que Ladan Tchiana, incarnant un pôle dur de ce combat, finit par s’attirer la sympathie d’hommes et de femmes qui croient en son leader victime de complots d’une classe politique qui ne peut s’élever au-dessus de ses contradictions et de considérations à tout le moins subjectives. Ladan a su assurer et porter la voix de ce combat au niveau des médias. La hargne de l’homme et son engagement avaient séduit. Mais ce combat était intéressé ; Ladan l’avait mené pour plaire à Hama Amadou et se faire une place de choix dans son giron.

Ce qu’il réussit pour être par la suite un confident de son mentor, tout en se faisant coordonnateur régional du parti au niveau de Tillabéry et même Secrétaire Général du Parti. Fort de la complicité qu’il a réussie à nouer avec Hama, l’homme a cru qu’il pouvait déjouer, pour rouler son président. Or, Hama n’est pas de sa catégorie et il ne peut se laisser surprendre par un apprenant qu’il tenait dans sa classe et sa rigueur politique. Poussé à la rébellion politique, Ladan a eu l’audace de cueillir le fruit qui était encore vert. Le pouvoir lui-même a dû croire que l’homme avait suffisamment enfoui ses racines dans le vaste territoire de Lumana pour faire converger ses militants vers la Renaissance.

Peut-être est-on même allé jusqu’à penser naïvement que la fortune d’un héritage avait servi à construire le parti convoité qui n’a jamais été bâti avec le sable mouvant de l’argent mais avec la sueur, les larmes et le martyr d’hommes et de femmes qui ont souffert avec Hama d’un acharnement injustifié contre sa personne et seulement contre elle. Ce pays vit un malaise profond. Malheureusement pour l’aventurier Ladan qui a cherché et obtenu l’amitié de Hama, en se contenant dans une structure organisée de la seule amitié du patron, il a oublié de faire l’essentiel et il a commis trois fautes graves :

1. Partant, Ladan a choisi la politique de la terre brûlée, insultant sans retenue l’homme par lequel on avait appris à l’aimer ; ne laissant alors aucune chance pour renaître dans l’avenir à travers le tumulte de la vie politique qui n’est jamais préréglée.

2. En se cramponnant sur l’amitié du leader dont il s’est fait passer pour le confident patenté et inséparable, Ladan s’est appuyé sur le superflu pour bâcler l’essentiel. Au lieu de travailler sa coordination pour se rapprocher des militants pour qui l’homme est toujours cet absent qu’on ne voit qu’à l’occasion des grandes messes du parti.

3. En refusant de respecter le mot d’ordre de son parti, Ladan a corroboré, en même temps que pour le premier point, l’insolence dont on l’accuse et qui lui dénie un esprit de démocrate. Ce faisant, l’exmilitant du MODEN Fa Lumana renie les valeurs fondatrices du parti qui refusent la compromission, la servilité politique, le ‘’larbinisme.’’ Dès lors Ladan est en porte-à-faux avec les idéaux du parti, et en déphasage avec l’ensemble des militants qui ont alors refusé de suivre le renégat.

Prenant sa place douillette dans un gouvernement d’union controversé pour conserver des privilèges et des positions qu’une décision de Lumana qu’il trouvait hâtive, allait lui faire perdre, chemin faisant, miroitant des nominations à des « intestins fragiles » pour renforcer son rébellion au sein du parti, il ne réussit à embaucher aucun homme sérieux, si ce n’est quelques affamés et cadres incompétents qui ne peuvent se positionner dans des situations normales et enrichir un CV médiocre dans une gouvernance rose qui fait la promotion de la nullité. Aujourd’hui, Ladan est sur les carreaux, obligé cette fois-ci d’ouvrir son portefeuille pour rallier à son compte quelques hommes et femmes, prêts à se vendre quitte à trahir encore demain leur « bienfaiteur ».

Courant dans les quartiers et dans le pays pour chercher une base populaire qui peut permettre d’envisager la formation d’un parti politique viable, Ladan est dans l’errance, affaibli politiquement et dérouté idéologiquement. « On n’élève pas un chien le jour de la battue ». Ses compagnons d’infortune l’ont abandonné, qui allant directement au PNDS, qui créant son parti politique, sans aviser celui qu’un presse avait hâtivement pris pour le chef de file des dissidents de Lumana. Exclus proprement et unanimement par les structures statutaires du parti, voici encore l’homme, abandonné par l’ensemble de ses compères.

Isolé désormais, Ladan évolue dans un désert politique immense où il s’est qu’égaré, et assoiffé de popularité, il ne peut prendre le risque de s’abreuver dans les oasis roses. D’ailleurs, s’il hésite à prendre sa carte rose, c’est sans doute parce qu’il a conscience des conséquences d’une telle audace. C’est dur de marcher dans le désert. L’aventure rose coûte des déchéances à des étoiles qui n’ont pas su attendre le bon moment pour briller de leurs mille feux dans le ciel vaste et grave de la politique. Entourés de ses petits commis qui défendent ainsi leurs nominations, Ladan a perdu l’amitié de ses égaux, marchant solitaire dans le désert ensoleillé de la Renaissance. Sans doute que l’homme aurait pu mériter meilleure fortune. Il est tragiquement victime de ses audaces. Seul. Mouvant dans le vide.

Le Monde d’aujourd’hui N°118