On fait la science toujours avec les faits, a dit un célèbre épistémologue. Le débat du président Issoufou avec nos confrères de BBC Afrique et Africa n01 est intéressant. Contradictoire. En somme un vrai débat. A la différence de la presse nationale, les journalistes « panafricains » étaient mieux préparés. Très fouineurs, ils ont procédé à un exercice d’interrogatoire digne d’un juge d’instruction. Ils ont procédé, comme qui dirait l’autre, a coup de marteau avec un ton désobligeant, par moments discourtois pour amener le président à faire des aveux. Du moins à dire la vérité face a leurs certitudes.

Un exemple? Voulant mettre en doute les 15.000 classes réalisées par le président, la journaliste a glissé sur le terrain mathématique pour dire arithmétiquement que c’est 10 classes par jour ! Mais ce que la journaliste ignore, c’est qu’elle fait face un président méthodique. L’initiateur du programme de la renaissance a bien inventorie ses réalisations de sorte que ses chiffres sont vérifiables dans les villes et villages nigériens. En effet, on peut rigoureusement aujourd’hui localiser ces réalisations au détail prés. Ce qui a fait dire d’ailleurs le président a la journaliste « je te dis ce que j’ai fait » pour arrêter toute polémique. Et c’est peut être a dessein que le président a dit des l’entame du débat : » En arrivant au pouvoir, je savais ou j’allais. Je savais ce que j’ai à faire ».

Sur ce chapitre, le président a eu le soutien du vox populi qui était en sa faveur puisque la majorité de ses concitoyens interrogés n’ont que jeté des fleurs à ses actions à la tête de l’Etat. Et on a senti tout le plaisir qu’a éprouvé le président sur la doxa (opinion) des nigériens interrogés à son insu par ses « persécuteurs ». En effet, comme l’a dit Dr Saidou Hangadoumbo, même l’opposition ne ferait pas mieux la critique du programme de la renaissance, appréciant le ton de ce débat.

Parlant du rang du Niger selon le rapport du Pnud, les journalistes ont mis en évidence le menu fretin des actions du président en termes d’impact sur le quotidien du peuple y compris les 3N. Les journalistes ont rigoureusement soutenu que sur le plan social tout n’est pas rose. En se demandant si le président ne fait pas de l’autosatisfaction. En réponse, le président a expliqué que le Niger revient de loin et que lui en venant au pouvoir, il n’a pas la prétention de régler les problèmes du pays en 4 ans. « Notre ambition c’est de mettre une solution structurelle face a un problème structurel », a-t-il affirmé.

Au chapitre de la gouvernance, le verdict des journalistes est sans appel: indiscipline au sein du gouvernement « sans commandant de bord « , concassage des partis politiques de l’opposition… A ce niveau le président a été taciturne en dehors du fait de répondre à la question du processus de la formation de son gouvernement d’union nationale. Il s’est contenté de dire qu’il est bel et bien le maitre a bord. On aurait voulu que notre président réponde une fois pour toutes au moins à cette question d’un ministre giffleur de policière parce que simplement très désagréable a entendre. Le président a dit justement que s’il n’y a pas d »etat, le Niger aurait connu la débâcle et l’instabilité comme d’autres pays voisins.

S’agissant de la sécurité, les journalistes étaient revenus sur le reproche de l’opposition selon lequel Issoufou a autorise des bases militaires étrangères sur notre territoire et par conséquent remis en cause la souveraineté nationale… sans aviser la représentation nationale comme l’a rabâché l’ex président de l’Assemblée nationale. Très a l’aise a ce niveau, Issoufou en grand penseur de l’Etat et grand lecteur de l’art de la guerre, il a démontré rigoureusement qu’aujourd’hui a l’époque du terrorisme la sécurité intérieure et extérieure s’imbriquent de sorte qu’il n’y a pas de « ligne de démarcation entre sécurité intérieure et extérieure ». Et Issoufou de soutenir que ce n’est pas un hasard si le Niger reste en sécurité malgré l’imbroglio chez ses voisins immédiats.

Sur la question de l »uranium, les journalistes ont dénoncé le monopole d’Areva, la non consistance du dividende de ce minerais pour le Niger, la non signature de la convention avec Areva. Et en ingénieur des mines et fin connaisseur du dossier Areva, le président a « concassé » ces idées reçues par des journalistes qui frisent la propagation des fausses nouvelles. En effet, il a explique historiquement que la question du monopole d’Areva n’est qu’une vue de l’esprit. Le président soutient sans complaisance que son gouvernement a équilibré le partenariat avec Areva.

Sur cette question d’uranium, je pense qu’il serait opportun qu’un fact checking ait lieu conjointement entre journalistes et société civile car franchement ce ping-pong a trop duré. On ne peut pas dans un pays entretenir une polémique sur une question aussi importante. Et a ce sujet le president est ferme: c’est le gouvernement qui detient la vraie source d’information.
Encore une fois un débat intéressant et contradictoire. Un vrai oral. Une vraie confrontation. Mais ce qui est frappant c’est aussi, simplement, le manque de la bonne écoute de ces journalistes. La règle élémentaire pour faire profiter les auditeurs, voudrait que quand on pose une question on laisse l’interlocuteur répondre.

Ceux qui ont écouté ce debat ne me démentiront pas, plusieurs fois le président et ces historiens du présent parlaient en même temps dans un desordre qui frise l’anarchie. Et c’était gênant et désagréable. Ils ont certes posés des questions plus critiques que nos confrères nigériens lors de la conférence de presse mais ils avaient eux- mêmes parasité leur débat.
En tant que citoyen nigérien, je dénonce ce manquement aux bonnes manières. A la discipline tout court. Même quand on discute avec un ami ou un camarade on doit l’écouter. L’éthique du dialogue l’exige. Savoir écouter c’est essentiel. Même quand on estime que quelqu’un ne nous a pas compris, Amadou Hampathe Ba nous recommande la précaution de l’écouter, en le faisant, dit il, vous saurez le pourquoi il ne vous a pas compris.

On peut être iconoclaste dans ses questions, mais il est évident que les choses ont une certaine forme. Je dirais, finalement, un débat accrocheur mais parasité par ses propres animateurs. Reconnaissons tout de même un effort de maitrise de soi du PR et son innovation pour la transparence en voulant rendre compte au peuple. Les choses pourraient se passer autrement face à un autre tempérament. Juste un avis.

Elh. Mahamadou Souleymane