Mon ami Ali Dan-Bouzoua​ , cadre nigérien aux Nations-Unies m’a envoyé la vidéo d’Ibrahim Diane, Directeur de BBC Afrique. Vidéo que j’ai partagée sur ma page facebook avec mes amis pour apprécier ce point de vue sur « l’importance de l’impartialité en journalisme ».  C’est un grand débat entre professionnels  hier comme aujourd’hui car portant sur les valeurs à savoir l’éthique et la déontologie journalistiques. A la vérité, ce débat dépasse simplement le cadre de la presse. Je dirais que c’est un sujet épistémologique posant le problème de l’objectivité scientifique.

Peut-on dire toujours la vérité ? Autrement dit, est-ce qu’il y a une ligne de démarcation entre le scientifique (subjectivité) et la vérité scientifique (objectivité) ?

On retient de l’histoire que beaucoup de thèses prétendument scientifiques n’ont pas échappées à la subjectivité humaine. Pour ceux qui ont des notions de la philosophie de l’histoire – différente de l’histoire de la philosophie – qui s’occupe du sens de l’histoire, ils comprennent aisément que la faiblesse humaine  c’est à dire la subjectivité pourrait bel et bien faire glisser un historien, un scientifique, un sociologue, un journaliste. Je rappelle juste l’épisode des anthropologues dit  de ‘’cabinet’’ a la suite de Hegel tant leurs thèses etaient subjectives sur l’Afrique et les africains. Ou bien l’interprétation de l’origine de l’humanité selon les scientifiques, les religieux ou les idéologues. Et il faudrait préciser que les faits sociaux ne sont pas des choses d’où le risque de la subjectivité est plus grand en sciences humaines.

En effet, comme l’a dit dans la vidéo Ibrahim Diane, le journaliste fait face a plusieurs influences qui peuvent impacter son impartialité, son objectivité sur le fait qu’il traite. Je me suis intéressé sur cette question depuis l’IFTIC comme étudiant en journalisme puis dans le métier et aujourd’hui encore…. et encore.

 Mais je peux dire aujourd’hui que la plus belle réponse qui m’est offerte dans la pratique journalistique est la suivante : « Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres ». En d’autres termes, le journaliste est tenu de faire la part des choses entre le fait et son opinion.

Et j’ose dire en m’appuyant sur mes rencontres avec les ‘’grands journalistes’’ que les notions d’objectivité, d’impartialité sont toujours relatives. Et Ibrahim Diane met en évidence dans cette vidéo par exemple le fait que la radio BBC soit financée par le contribuable britannique pourrait influencer d’une certaine manière leur traitement de l’information sans tenir compte de la subjectivité du journaliste lui-même.

 Et on le sait,  on peut affirmer sans risque de se tromper que l’indépendance d’un media ou d’un journaliste n’est qu’une prétention. Les medias font partie des appareils idéologiques aujourd’hui a la portée non pas seulement de l’Etat mais de tous ceux qui veulent ou savent s’en servir. Une évidence ? Tout media a une ligne éditoriale, politique ce qui signifie la voie ouverte aux influences. En effet, qui finance le media ? Quelle cause défend ce media ?

Mon point de vue sur ces questions d’éthique et de déontologie, c’est de dire au delà du journaliste qui est  du reste un citoyen comme un autre, de quel coté se situe-on? Le peuple ? La région ? L’ethnie ? Et en réponse parmi mes lectures laïques, j’ai trouvé l’approche de Karl Marx plus attachante, plus pertinente en termes de développement personnel lorsqu’il dit en critiquant les intellectuels réactionnaires de son époque – ces larbins diplômés pour parler comme Louis Althusser – que lorsqu’on ignore les masses, le peuple, on peut devenir un grand poète, un grand savant mais jamais un homme digne et parfait.

 Cela signifie que le plus important, le fil conducteur d’un  journaliste et de tout citoyen c’est l’élément humain, l’intérêt général. Et à ce niveau se trouve justement toute la complexité du choix puisque tout dépend de notre critérium pour déterminer le souverain bien ou salut public dont parlent les théoriciens du politique comme but de la politique.

C’est d’autant complexe dans le contexte nigérien ou la politique rend les hommes nihilistes, négationnistes ou l’adversaire quelque soit le bien qu’il fait pour le pays, on perd le sens de la repartie pour dire que tout est négatif. Cette attitude est déloyale. Elle n’est pas rationnelle. Elle n’est simplement pas morale. C’est pourquoi après une profonde méditation sur ce malaise nigérien, j’ai trouvé assez sage ce principe de Dante : « Fais ton devoir et laissent dire les gens ».  C’est connu : quoi que tu fasses les gens trouveront a redire. Le plus important c’est d’incarner les valeurs. A cote de ces valeurs, il y a également nos principes et convictions. Une autre subjectivité.

Le journaliste en tant que chroniqueur des actions et pensées humaines ne surgit pas du néant. Il n’est pas une monade.  Il a une histoire, une conviction. Le plus important encore une fois c’est de savoir à qui profite son combat. A-t-il choisi de se servir ou de servir son peuple ? Peut-on être journaliste et partisan ? Tel est me semble-il le fond de la question.

En effet, si on considère la démocratie américaine comme une grande démocratie, j’ai eu le privilège de voir des journalistes d’obédiences démocrate ou républicaine afficher ouvertement leur option idéologique dans les organes de presse. Au niveau politique, quelle grandeur d’esprit quand vous lisez « L’audace d’espérer’’ de Barack Obama notamment le chapitre ‘’républicains et démocrates’’ pour comprendre l’acceptation de la différence, de l’altérité comme valeur centrale dans le débat politique aux USA.

Mais chez nous l’esprit est tellement étriqué que certains pensent que quand vous n’êtes  pas avec eux vous êtes forcement contre eux. Pourtant leurs attitudes et comportements politiques sont suffisants pour qu’ils comprennent que pouvoir et opposition concourent de manière dialogique avec des rôles différents pour faire avancer le pays. Lorsque par exemple Obama a fait appelle a des cadres républicains dans son administration c’est parce qu’il est conscient que le pays a besoin de l’apport de tous ses fils. Mais chez nous une certaine dictature du parti fait que le genre d’initiatives sont mal vues. Des que ca arrive le parti exclut ici et maintenant son cadre parce que simplement quelqu’un devait valider cette nomination.

C’est dire qu’il urge au Niger à ce que certaines mœurs politiques se reprennent. Le bon sens voudrait que tout ce qui constitue un obstacle au progrès, au développement doit être mis à jour. Il nous faut avoir une certaine éthique de la discussion au Niger pour parler comme le philosophe Dr Hamidou Talibi Moussa. Au lieu d’une opposition systématique, nihiliste voyons le débat démocratique en termes d’intersubjectivité ou chacun tout en prétendant avoir raison admet aussi que la vérité pourrait surgir du camp adverse. Les journalistes peuvent contribuer alors à aider dans un libre jeu démocratique les citoyens à accéder aux meilleurs arguments.

 Dans son intervention,  notre confrère Ibrahim Diane de BBC Afrique interpelle les journalistes sur un fait : le métier a évolué. Aujourd’hui avec les nouvelles technologies de l’information sommes-nous vraiment à jour pour informer utilement notre peuple ? Car n’oublions jamais  cette pensée de l’ancien président américain Thomas Jefferson : « Puisque l’opinion du peuple constitue le fondement de notre gouvernement, notre premier objectif devrait être de l’informer ; et si je devais choisir entre un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je retiendrais sans hésiter la seconde solution».Comment informer notre opinion a la hauteur du niveau technologique de notre monde ? Comment dépassionner le débat pour aller a l’essentiel ? Comment mettre entre parenthèses le sensationnel pour informer notre peuple sur ses vraies préoccupations ?

Dans ce sens, les observateurs avertis le savent : de très bons journaux n’ont pas pu résister face à la médiocrité ambiante. Je pense que la presse comme 4eme pouvoir, cette idée n’a de sens que lorsque véritablement la presse assume ce rôle. Par exemple au lieu de pérenniser cette propension à la polémique inutile, un minimum d’effort d’investigation pourrait changer la vie publique de manière considérable.

 Lorsque chaque année on observe une confrontation des chiffres entre le président de la République et le chef de file de l’opposition, quel journaliste a daigné confronter les faits pour dire a l’opinion ce qui est conforme a la vérité. Au moment ou nous avons des télévisions privées,  je pense que le jour ou nos journalistes du privé comme du public commenceront a venir sur le plateau après investigation distribuer des notes de mensonge ou de vérité aux hommes politiques sur des propos tenus on pourra voir les mœurs politiques évolués.

En un mot, je dirais que la question d’impartialité est très relative. Il est question tout au plus au journaliste de faire l’effort d’équité et d’honnêteté. Et c’est somme toute des valeurs morales qui sont inhérentes à notre propre personnalité. Lorsque la personne est corrompue cela a bel et bien à voir avec sa foi, ses principes de vie. Il en est de même, un journaliste comme un juge, il a une conscience. Le plus important c’est de savoir quels sont vos objectifs, vos attentes dans la vie ? Ce qui est proprement intime pour chaque personne.

Certains ont choisi le métier pour s’enrichir. Se servir. D’autres pour faire carrière. Moi je dirais avec le grand maitre précurseur en  motivation et leadership, Karl Marx  que: « Quand nous avons choisi l’arme qui nous permet le mieux d’agir pour le bien de l’humanité, les charges ne sauraient nous abattre ».

Elh. Mahamadou Souleymane