Sept mois après la chute de Blaise Compaoré, les lignes bougent dans le dossier Thomas Sankara. Et depuis sa réouverture par les autorités de la transition, le dossier connaît des avancées certaines. Ainsi, après l’audition de l’ex-première Dame, Mariam Sankara, la semaine dernière, c’est l’exhumation des restes du père de la révolution d’août 1983 et de ses douze compagnons d’infortune qui est aujourd’hui à l’ordre du jour. Depuis hier, 25 mai 2015, la justice s’y attelle, afin de faire parler les tombes des suppliciés du 15 octobre 1987, dans l’espoir de faire jaillir la lumière sur cette affaire qui passionne et cristallise l’attention des Burkinabè depuis bientôt trois décennies. De quoi convaincre plus d’un sceptique que si Blaise Compaoré était toujours aux affaires, ce n’est pas demain la veille que la lourde dalle de questionnements et de zones d’ombre qui pèse sur la tombe de son ex-compagnon et frère d’armes s’ouvrirait pour les besoins de l’enquête.

En tout cas, quand on se rappelle que le 30 avril 2014, sous l’ancien régime, la Justice burkinabè avait fini par se déclarer incompétente pour décider de l’exhumation ou non des restes de Thomas Sankara, il faut souligner le courage des autorités de la transition qui ont joint l’acte à la parole et ont permis cette avancée dans ce dossier épineux. Une « incompétence » qui avait de quoi renforcer beaucoup de personnes dans leur conviction que Blaise Compaoré n’a pas la conscience tranquille dans la mort de son frère et ami Thomas Sankara. Du reste, cette période transitoire semble la mieux indiquée pour monter à l’assaut de la vérité sur cette affaire.

L’accès à la vérité n’a pas de prix

Maintenant, il faut espérer que les résultats de cette opération apportent plus de réponses que de questions à une équation déjà bien difficile. Car, une chose est d’ouvrir la tombe, une autre est de parvenir à la manifestation de la vérité. Et si les résultats de l’exhumation devaient révéler autre chose, il faut craindre que le mystère ne s’épaississe davantage dans un dossier qui est déjà suffisamment compliqué et lourd en lui-même. Et si c’était le cas, il faudrait convenir que ce n’est pas demain la veille donc que la soif de vérité et de justice du peuple dans ce dossier, sera étanchée.

C’est pourquoi la justice doit s’entourer de toutes les précautions pour que les expertises soient faites avec le plus grand sérieux, par des gens crédibles, afin de se donner le maximum de chances de parvenir à des résultats fiables et incontestables. Toute chose qui pourrait impacter positionnement l’orientation du dossier pour la suite de la procédure.

En tout état de cause, cette étape marque une évolution importante dans la conduite de ce dossier. Et en raison du sort qui lui avait été réservé sous l’ancien régime, mais aussi en raison des nombreuses supputations y relatives, les résultats de cette opération intéressent au plus haut point les Burkinabè qui espèrent que le doute sera enfin levé sur la sépulture de l’ex-leader de la révolution. Et l’on imagine tout l’émoi de la famille au moment où ces actes importants sont posés ; mais aussi l’espoir de pouvoir faire le deuil de leur disparu, après vingt-sept ans d’incertitudes dans la douleur.

Dans tous les cas, si les expertises confirment que c’est bien Thomas Sankara et ses compagnons qui ont été enterrés à Dagnoen, ce sera un pas important vers la manifestation de la vérité. Dans le cas contraire, ce sera un gros pavé jeté dans la marre pour rien. En attendant, il faut croiser les doigts pour ne pas avoir de surprise qui viendrait compliquer davantage la situation. Mais il est vrai que l’accès à la vérité n’a pas de prix.

Outélé KEITA

Lepays.bf