A l’occasion de la date historique du 13 Mai, journée nationale de la femme nigérienne, Niger Inter est honoré de recevoir comme invitée Mme Maikibi kadidiatou Dandobi, ministre de la promotion de la femme, de la protection de l’enfant et de la population. Dans cet entretien, elle a brossé l’état des lieux de la condition de la femme nigérienne,  la politique du Niger en matière de population et sa perspective pour la femme nigérienne en tant que femme leader.

Niger Inter : Madame la ministre, a l’occasion de cette journée historique du 13 Mai, journée nationale de la femme nigérienne quelle est votre pensée a l’endroit de la femme nigérienne rurale, cette femme qui vit tant d’épreuves et de privations?

Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : A l’occasion journée nationale de la femme nigérienne, je souhaite une bonne fête à toutes les femmes du Niger et j’ai une pensée particulière pour les femmes rurales du fait de leurs conditions de vie notamment la surcharge des travaux domestiques, leur problème de santé de reproduction. Comme vous l’avez dit les épreuves que vivent les femmes rurales sont innombrables. Il y a beaucoup à faire pour renverser la tendance tant les défis à relever sont énormes. Le gouvernement s’y attèle autant que faire se peut à travers notre poste ministériel et bien d’autres pour améliorer les conditions de vie de nos sœurs vivant en milieu rural. Les plus hautes autorités de notre pays sont conscientes de tous ces défis et enjeux et font de leur mieux pour soulager les peines des femmes rurales à travers des actions comme la création des points d’eau, la disponibilité de l’énergie, la création des activités génératrices de revenus, la tendance a la modernisation de l’agriculture, etc.

 Niger Inter : Depuis le processus démocratique au Niger quel état des lieux pouvez-vous faire sur l’impact des politiques publiques en matière d’acquis pour la femme nigérienne?

Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : Le système démocratique a  apporté des changements très significatifs pour la promotion de la femme. Les femmes ont pu s’organiser en groupements, en réseaux et fédérations. Elles participent de plus en plus à la vie publique et politique et sont de plus en plus nommées à des postes de responsabilité. Les femmes sont également actives dans le domaine de l’économie, de la culture et de la vie de la nation tout court. Le contexte démocratique a non seulement favorisé l’éclosion des libertés fondamentales mais a eu un impact certain sur les femmes quant leur rôle en tant que frange importante pour le développement du pays. Il va sans dire que le contexte démocratique a beaucoup apporté à la femme nigérienne en termes d’émancipation et de prise de conscience de son role en tant que personne humaine.

Niger Inter : Une pomme de discorde au Niger concernant les droits des femmes c’est le déphasage entre les textes internationaux comme la Convention des Nations-Unies sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), le protocole additionnel de Maputo et les us et coutumes nigériens notamment la religion musulmane. Comment votre ministère arrive-t-il à réconcilier les deux domaines pour le bien être de la femme nigérienne?

Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : Depuis notre arrivée aux commandes du Ministère en charge de la promotion de la femme, nous avons prôné un dialogue franc avec les leaders religieux et les chefs traditionnels, l’objectif étant d’échanger sur les priorités du moment et avoir la position authentique de l’islam sur les questions de promotion de la femme.  C’est ainsi que dès 2012, nous avons organisé un forum international intitulé « Egalité du genre dans le contexte islamique». Plus de 150 participants issus de 7 pays ont pris part à ce forum. Nous avons également élaboré 6 modules thématiques genre et islam et formé des pools de formateurs  oulémas prêcheurs femmes et hommes dans les huit (8) régions du pays. Nous pensons qu’à la longue, nous pourrons trouver des stratégies acceptables par tous pour la promotion de femmes au Niger.

Niger Inter : Un problème majeur de la femme nigérienne c’est le mariage précoce. Quel est l’argumentaire de votre ministère a l’endroit des parents pour promouvoir la scolarité intégrale en faveur des filles?

 Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : Mon département met l’accent sur le risque sanitaire que courent ces enfants du fait de leur immaturité pour la maternité. Le mariage précoce engendre des grossesses précoces exposant les adolescentes à de fortes mortalités maternelles. En effet, la proportion des décès maternels d’adolescentes âgées  de 15 à 19 ans est de 34,4% dans l’ensemble des décès d’adolescentes et 15,5% pour l’ensemble des décès maternels. Et pour les adolescentes qui échappent à la mortalité maternelle beaucoup subissent une forte morbidité telle que les fistules obstétricales, conséquence la plus grave et qui entraine leur marginalisation de la société.

 Les enfants épouses n’ont ni la stature ni les compétences nécessaires pour entretenir un enfant, elles-mêmes étant enfants. Le résultat étant des taux élevés de morbidité et de mortalité infantile. En effet, l’enfant d’une mère de moins de 18 ans a 60% plus de risque de mourir dans sa première année de vie. En outre, le mariage précoce bloque l’opportunité pour la fille de poursuivre ses études, de réaliser ses potentiels et perpétue ainsi le cycle de la pauvreté au sein des familles.

Niger Inter : D’aucuns pensent que si l’école laïque était légiférée de sorte que les filles peuvent se marier et poursuivre leur scolarité cela pourrait convaincre les parents à envoyer davantage les filles a l’école. Que répondez?

Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi :   Nous pensons qu’il y a un temps pour tout. Nous ne devons sous aucun prétexte voler leur enfance à nos filles. Elles ont le droit d’être enfant, de jouer dans l’insouciance comme les autres enfants, d’aller à l’école, d’acquérir des connaissances et des compétences de vie et de développer leur potentiel. Actuellement, l’école est obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans ; alors pourquoi ne pas laisser nos filles en bénéficier ?

Niger Inter : Votre ministère a également la charge du volet population. Il est établi que la femme nigérienne est la plus féconde au monde. Mais considérant notre vaste territoire, pensez-vous vraiment que le taux de croissance de notre population est aussi alarmant?

 Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi :   Le taux de croissance d’une population doit être en harmonie avec la croissance économique du pays. Il est bien vrai que le Niger est vaste, mais malheureusement les deux tiers de la superficie du pays sont désertiques. Toute la population, le bétail et les cultures  sont dans la bande sud qui représente le tiers de la superficie entrainant une pression foncière intenable avec des conséquences telles que les déficits alimentaires, les conflits entre agriculteurs, entre agriculteurs et éleveurs et des exodes des populations avec son lot de drames tels que nous l’avons connu récemment dans le désert. N’oublions pas également les conséquences sanitaires de cette fécondité élevée car derrière les chiffres se trouvent des femmes qui souffrent de cette situation avec une  mortalité maternelle élevée 535 pour 100 000 naissances vivantes, des morbidités telles que les fistules obstétricales, l’anémie chronique, la pauvreté, ect…….

 Niger Inter : Certains pensent rigoureusement que la population est plutôt un facteur de développement. Ne pensez-vous pas avec l’initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens) que le Niger a plutôt besoin de booster sa population?

  Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi :   La population peut être un facteur de développement à condition qu’elle soit bien nourrie, éduquée, que les jeunes puissent trouver un travail et créer la richesse. Sinon, notre population qui est à majorité jeune peut constituer une bombe à retardement pour notre pays.

Niger Inter :    C’est un fait la pauvreté au Niger frappe plus les femmes que les hommes. Que fait votre ministère pour soulager les personnes les plus défavorisées notamment les femmes handicapées, veuves et orphelins?

Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : Notre ministère a en charge les personnes vulnérables. Dès notre arrivée à la tête de ce ministère, nous avons à l’occasion du 13 mai 2011, lancé la solidarité entre les femmes urbaines et les femmes rurales. Cette solidarité consiste à ce que chaque femme urbaine lie amitié avec une femme rurale, l’objectif étant de créer un cadre d’échanges pour la promotion de bonnes pratiques dans tous les domaines socioéconomique de la vie et d’accompagner les femmes rurales pour une émergence véritable.

Nous organisons également les femmes en groupements, les formons et les dotons en matériels d’allègement de taches et de maraichage. C’est ainsi que nous avons mis à la disposition de ces groupements féminins : 369 moulins et décortiqueuses, plus de cinquante (50) plateformes multifonctionnelles,  962 machines à coudre, 395 motopompes, 250 charrettes asines et bovines et 4 055 unités de matériels divers pour les activités de maraîchage. Nous les appuyons également avec nos partenaires en mettant à leur disposition les lignes de crédit pour les activités génératrices de revenus.

Des   maisons de la femme qui sont des structures de  renforcement des capacités techniques et organisationnelles des femmes et de promotion de leur participation sociale, économique et politique ont été créées dans cinq (5) des  huit (8)  régions du Niger.

Nous appuyons également les ménages en kits domestiques constitues de ruminants  aux femmes

L’Etat a aussi mis l’accent sur la promotion des instituts de  micro-finance pour faciliter l’accès aux crédits aux femmes rurales

Niger Inter : En tant que femme leader au service de la femme nigérienne pouvez-vous nous dire votre perspective pour mieux servir la femme nigérienne dans et en dehors du gouvernement?

 Mme Maikibi Kadidiatou Dandobi : Au sein du gouvernement, c’est de continuer l’œuvre en créant un cadre d’échange regroupant toutes les couches socioprofessionnelles des femmes nigériennes pour un dialogue constructif : femmes des partis politique, femmes élues locales, femmes ministres et parlementaires, femmes opératrices économiques, femmes syndicalistes, femmes des groupements et associations féminines  de la société civile …etc. Le coup d’envoi est déjà donné au cours d’une rencontre, Dialogue National entre femmes les 6 – 7 Mai 2015.

Nous allons également continuer de renforcer le leadership des femmes dans tous les domaines et les appuyer à exprimer leur pleines potentialités dans l’œuvre de construction.

En dehors du gouvernement, c’est de mettre mon expérience à profit pour guider et soutenir la jeune génération.

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane