Enfin, ce qui devait arriver arriva, Mahamane Ousmane alias Nafarko est envoyé paître les vaches par le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Niamey qui l’a débouté de sa demande tendant à faire annuler le congrès ordinaire de la CDS/Rahama en date … organisé par le Bureau Politique dirigé par Abdou Labo !

Jusqu’au bout, il n’aura rien lâché, il avait décidé de mourir l’arme à la main pour garder la CDS, ‘’sa chose à lui’’, le parti qui le fit connaître des Nigériens 25 ans plutôt, alors qu’il n’était qu’un parfait anonyme qui écumait des jours difficiles au Bureau d’Ordre et de Méthode (BOM) à la Présidence. Situé au bon endroit et au bon moment par un concours heureux de circonstances, son destin changea subitement, lorsqu’ à l’hiver 1993, les forces démocratiques qui avaient arraché le multipartisme au début des années 90 et imposé la Conférence Nationale Souveraine s’étaient alors retrouvées dans l’obligation morale de soutenir, au second tour de l’élection présidentielle, de cette même année le candidat du changement face à celui du conservatisme.

A cette époque, les forces démocratiques nigériennes étaient loin de penser que leurs grandes aspirations à la liberté et à la démocratie seraient très tôt déçues par un personnage qui était tout le contraire de ce qu’elles en attendaient en termes de valeurs républicaines et citoyennes. Malheureusement donc pour les démocrates nigériens, Mahamane Ousmane n’était pas l’hirondelle annonciatrice du printemps démocratique au Niger, car son goût prononcé pour les rentes de situation ne pouvait guère le prédisposer à une brillante carrière politique.

Et logiquement et immanquablement, l’Alliance des Forces du Changement (AFC), la coalition de dix-huit partis politiques qui l’avait porté au pouvoir, se disloqua en septembre 94 avec le retrait de l’un des principaux membres fondateurs de l’AFC, à le savoir le PNDS/Tarayya. Le coup de grâce intervint le 27 janvier 96, lorsque le Colonel Baré démontra que la baïonnette ne servait pas seulement à se curer les dents creuses mais aussi à donner un coup de pied dans le derrière ! Comme on le voit, le destin politique de Mahamane Ousmane n’avait rien de rationnel et de mérites personnels qui sont les caractéristiques essentielles des grands hommes d’Etat, mais bien la résultante d’heureuse coïncidence d’événements dont seule la Providence a le secret.

Rien d’exceptionnel dans le parcours de l’homme ne le destinait aux plus hautes fonctions qui furent les siennes durant ces vingt dernières années. Ayant obtenu le pouvoir sur un plateau en argent, mieux, un plateau en or, débonnaire à en mourir, égoïste consommé, n’ayant jamais livré auparavant une quelconque lutte pour l’affirmation des grands principes politiques comme le progressisme des peuples, il ne pouvait alors avoir de la considération pour ce pouvoir ‘’tombé’’ du ciel comme tomberait un fruit mûr sur la tête de la personne se trouvant sous l’arbre à tout hasard !

Dans sa chute fatale, il ne pouvait qu’entraîner la CDS/ Rahama dont la base électorale s’érodait d’élection en élection, passant de la deuxième force politique du Niger aux premières élections pluralistes à la quatrième place aujourd’hui, avec seulement 8% aux dernières présidentielles. Mais jamais devant la descente aux enfers électoraux du parti ‘’Tchendji’’, Ousmane n’avait daigné esquisser la moindre remise en question, la moindre introspection pour s’interroger, profondément, sur les causes réelles du tassement électoral de la CDS/ Rahama. Là n’était pas la préoccupation première de Nafarko, tout ce qui l’intéressait le plus, c’était de convertir en dividendes politiques la place de faiseur de rois au Niger à laquelle il avait réduit la CDS.

Plusieurs grandes voix du parti s’étaient déjà élevées haut dans le ciel pour tirer la sonnette d’alarme, mais, en vain, leurs cris de détresse ne purent trouver comme échos que l’indifférence d’un leader devenu aveugle et sourd et qui aura fait du parti un instrument de son auto accomplissement. L’erreur monumentale commise par ces déclencheurs d’alerte avait résidé dans une mauvaise stratégie de combat contre Ousmane, stratégie qui consistait à abandonner le navire au capitaine Nafarko tout en espérant qu’il finirait par couler ! Effectivement, si le bateau CDS continuait à s’immerger, son capitaine Ousmane, quant à lui, avait des bouées de sauvetage pour se tirer d’affaire.

Cependant, le Taureau du Gobir, Abdou Labo, et ses camarades ne commettront pas la même er- reur, car ils avaient opté pour la stratégie de rester à l’intérieur du parti livrer combat. En réalité, par cette tactique, Labo savait ce qu’il faisait, il savait que Mahamane Ousmane était plus un tigre à papier qu’un foudre de guerre ; il savait le personnage avare de ses efforts et de ses biens, ce qui ne lui permettait pas de l’emporter. En d’autres termes, il avait su s’appuyer sur les faiblesses de son adversaire pour tisser, soigneusement, sa toile autour de lui, c’est ce que l’on appelle en art de guerre la ‘’stratégie de l’encerclement’’, et l’emporter enfin de compte.

Au terme d’une bataille épique, voire homérique, qui aura duré près de quatre années de procédures judiciaires qui ne faisaient que retarder l’échéance fatale, Abdou Labo et ses camarades sont finalement arrivés à bout de Dan Ous- mane. Les ultimes recours aux ju- ridictions communautaires n’auront rien changé à un destin déjà scellé depuis fort longtemps. La présidence de la CDS et Mahamane Ousmane appartiennent désormais au passé. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’entre Ousmane et la CDS, c’est fini, car il pourrait redevenir un simple militant de base. La page CDS Ousmane s’est donc vite refermée comme elle s’était ouverte 25 ans plus tôt, personne ne s’en émouvra outre mesure.

Adamu Bako (OPINIONS N° 262)