Me Mossi accuse Jeune Afrique. Me Mossi est président du groupe parlementaire Lumana Fa  Africa et avocat de Hama Amadou dans la tristement célèbre affaire des bébés importés. Il accuse l’enquête de jeune Afrique sur ce trafic d’avoir été commanditée par le régime de Niamey. La presse d’obédience Lumana dont le Courrier tire également sur le doyen de la presse panafricaine.  » Affaire supposition de bébés : Le reportage trouble de Jeune Afrique », titre justement le journal d’Ali Soumana via Nigerdiaspora.

 Selon Me Mossi intervenant sur la télévision Labari,  la preuve que cet article serait commandé par le pouvoir de Niamey c’est le fait qu’il est paru à la veille du procès sur l’affaire en cause et aussi la reprise de cette enquête par la presse proche du gurisysteme. Il pense que le leader de Lumana était principalement visé par cet article de JA.

 Pourtant on pourrait répliquer la même chose à Me Mossi lorsque Hama a accordé une interview au magazine Mondafrique a la veille justement du même procès en disant « aucun juge loyal ne pourrait remettre en cause la décision d’incompétence du juge… ». La presse proche de Hama avait également fait ses choux gras de cette interview. C’est dire qu’  » il n’y a pas pas match », comme on dit.

Mais après mon fact checking qui a consisté a écouter attentivement Me Mossi et relire l’enquête de Jeune Afrique, qui n’est pas un simple reportage comme le prétend Le Courrier, je peux dire que lorsque Me Mossi dit que l’article n’apporte rien de nouveau concernant l’affaire des bébés, cela est inexact. Ce que l’article apporte de nouveau,  c’est ce message fort a l’endroit des juges,  la société civile, les Nations-Unies et a tous ceux qui sont épris de justice et valeurs universelles. L’enquête de JA nous dit ceci :  « Happiness a rendu beaucoup de gens heureux », lâche Thomas, rencontré à la guesthouse Salem, située dans le village. Des boissons fraîches, de vastes chambres ventilées… L’endroit contraste avec la pauvreté du village. Après quelques échanges d’usage, et alors même que le trafic est censé avoir été démantelé, il demande : « Vous êtes là pour une adoption ? » L’affaire, explique-t-il, peut être réglée en moins de deux jours. Les papiers ? Un détail. « On travaille avec tout le monde, ici. Police, douane. Aucun problème. La preuve : des Italiens étaient là il y a dix jours, et tout s’est passé sans difficultés. Il propose de rester une nuit à l’hôtel De Choice, à Ore, pendant qu’il entreprendra les démarches nécessaires. L’hôtel en question appartient à Happiness, tout comme la guesthouse d’Ilutitun. Thomas saisit son téléphone, appelle Happiness. Libérée sous caution en octobre 2014, elle est à Port Harcourt et refuse toute rencontre, mais continue – quoique plus discrètement – son business. » »

 Ce message du journaliste de Jeune Afrique dit en substance que malgré la menace judiciaire, le trafic a encore de beaux jours. Qu’est-ce a dire ? Jeune Afrique commandité ou pas alerte l’opinion : faisons attention cet odieux trafic continu !  Certains acteurs ont même la prétention d’être intouchables. A mon humble avis,  ici du moment que ce journal se situe du coté du respect des droits humains,  des valeurs, les divagations de quelques uns lorsqu’ils sont en porte a faux avec les droits de l’homme ne doivent pas être pris en compte par tout esprit attaché au triomphe de la vérité et de la justice.

 Et pire pour discréditer Jeune Afrique,  Le Courrier est allé jusqu’a insinuer que le régime de Niamey était à l’ origine du départ de notre compatriote Abba Seiddik de JA quand bien même l’intéressé lui-même avait donné en son temps sa propre version de son départ. Le journaliste a même l’outrecuidance de dire, d’une certaine manière, que Abba Seidik aurait menti pour justifier son départ  »négocié ».

 Voici les spéculations du confrère du Courrier :   « Et l’on se rappelle, c’est dans ce contexte de tension avec Niamey que le magazine a brutalement rompu le contrat de travail qui le liait à notre compatriote Seidik Abba, recruté comme rédacteur en chef par l’organe. De nombreux observateurs ont vite fait le lien entre les révélations dérangeantes publiées par le journal et le licenciement de notre compatriote même si ce dernier a cherché à donner une autre explication de son départ de la boîte. Lesquelles explications n’ont pas tellement convaincu l’opinion. L’on pense plutôt que le départ de Seidik, qui est soupçonné d’être à l’origine des révélations compromettantes contre le régime, a été négocié. La conseillère française en communication recrutée par la présidence de la République à tout de même ses entrées à Jeune Afrique. Ceci expliquant cela, il est loisible de croire que ce reportage du magazine sur «les usines de fabrique de bébés au Nigéria», juste au moment où le dossier est activé en appel, n’est pas le fait d’une simple coïncidence ; il est fort probable qu’il soit suscité par des mains invisibles.  » Le Courrier via Nigerdiaspora.

Parlant de cette affaire des bébés, un ami me confie : « Si cette affaire a lieu aux USA, elle aurait connue depuis longtemps son épilogue » arguant que le juge aurait purement et simplement ordonné un test ADN et personne ne pourra s’opposer a cette décision. Peut-être que chez nous les textes sont tellement obsolètes – a en croire certains juristes –  qu’on est loin d’envisager cette possibilité. Mais il faut dire que la balle est bel et bien dans le camp des magistrats. La presse a fait son devoir. Elle a levé le lièvre. Il appartient a la justice de jouer sa partition.

Me Mossi a prit les précautions de dire qu’il a parlé en tant que député du groupe parlementaire Lumana. Cet avocat qui a manqué au sens de l’amour en se traitant de ‘’piètre député’’, aurait pu assumer son rôle de défenseur de son client dans ce procès ou il joue apparemment le rôle de la pierre angulaire. Et ce, parce qu’il donne des leçons de courage même si par ailleurs il se délectait un moment que c’étaient eux –  avocats ou députés ( ?) – qui avaient conseillés à Hama Amadou de prendre la poudre d’escampette.

 Il y a lieu de dire simplement que Me Mossi et consorts font un procès d’intention classique connu des journalistes: lorsque un écrit, une émission n’arrange pas les acteurs, le journaliste ou l’organe est souvent pris a partie et traité de tous les noms d’oiseaux sauvages. Il peut arriver qu’un journaliste ou un organe de presse soit corrompu mais ce qui est a la portée du lecteur ou du citoyen c’est avant tout l’intérêt ou l’impact  de l’écrit sur les valeurs. Dans le cas d’espèce, j’affirme et je soutiens que même si Jeune Afrique était commandité, il a fait œuvre utile en se situant du coté de la vérité, de la justice pas des bourreaux ou criminels supposés. Cela met en évidence une réalité: la démocratie est difficile. Et il n’y a pas de démocratie sans démocrates. « Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres ». C’est notamment ce qu’il faut méditer. L’intolérance, l’esprit de censure d’où qu’il provient, il est négatif. Contre productif. C’est une anti valeur.

Elh. Mahamadou Souleymane