Une exposition de jeunes photographes nigériens se tient au Centre culturel franco-nigérien de Niamey du 9 au 20 juin, sous la houlette de Philippe Guionie et en hommage à Philippe Koudjina Ayi. 

C’est la mémoire du pays, l’homme qui a immortalisé le Niger des indépendances, celui des « nuits folles » de Niamey où la jeunesse s’épanouit au rythme de la rumba et du twist. Un pays où l’uranium attire les convoitises et où les « vedettes de la chanson française viennent donner des concerts comme Claude François, Adamo et Johnny Hallyday. On a vu passer aussi Pier Paulo Pasolini et La Callas, qui sont venus en repérage au film Medea en 1969. Et chaque fois, Philippe Koudjina est là », racontent Jean Loup Pivin et Pascal Martin Saint Leon de la Revue noire.

Photographe de l’âge d’or des années 1960-1970, Philippe Koundjina Ayi suit les deux premiers présidents, est demandé par les militaires français qui déambulent la nuit tombée à l’Ermitage (un bar célèbre de la capitale), ouvre une dizaine de studios dans le pays… Mais le Béninois installé au Niger depuis ses 19 ans a connu un destin tragique. Ruiné par l’arrivée des mini-labs couleur dans les années 1980, handicapé suite à un accident, devenu aveugle, il a fini sa vie en 2014 sans le sou, réduit à la mendicité.

Comment rendre hommage à Philippe Koundjina Ayi ?
Un destin qui a profondément marqué le photographe français Philippe Guionie. Au point que l’autodidacte remarqué par Willy Ronis pour sa série sur les civilisations lacustres du Bénin a décidé de rendre hommage au père de la photographie nigérienne en dirigeant la lumière sur ses héritiers. « Le Niger est un pays qui me tient à cœur, explique-t-il. Lors d’une résidence d’artiste en 2008, j’y ai débuté mon travail sur les anciens tirailleurs africains, qui m’a valu le prix Roger Pic. Depuis, je suis revenu animer deux ateliers, en 2012 et 2013, pour rendre à ce pays ce qu’il m’avait apporté, en aidant la jeune génération à se professionnaliser. »

En février dernier, ce Toulousain à l’accent jovial a entamé avec six jeunes photographes (cinq hommes et une femme) un workshop, « à un moment où ce pays était traversé par des tensions sociales et religieuses » à tel point que, pour des questions de sécurité, le Français n’a pas toujours pu accompagner ses protégés. « Les conditions de cet atelier rappellent à quel point il peut être difficile d’exercer ce métier dans certains pays. Mais ces jeunes photographes m’ont bluffé par leur volonté d’en découdre, leurs progrès et leur travail », avoue-t-il.

D’abord une expo à Niamey, et peut-être Bamako ?
Pendant plus d’une semaine, Souley Abdoulaye (Monolithes), Apsatou Bagaya (Totems), Tagaza Djibo (Faces), Ousmane Ibrahim (Rythmes urbains), Oumarou Kadry (Les Nuits d’Oumarou) et Dourfaye Zourkalleyni (Niamey Blues) ont arpenté la ville de jour comme de nuit, explorant chacun avec une sensibilité singulière un quotidien sans cesse renouvelé.

Hétéroclite et inégal, le résultat offre une image fragmentée et originale du Niger actuel que ces jeunes artistes espèrent pouvoir exposer lors des prochaines Rencontres de Bamako en décembre prochain. Jusqu’à présent, un seul photographe a pu représenter le Niger à la biennale panafricaine… le Béninois Philippe Koudjina Ayi.

« Koudjina en héritages », du 9 mai au 20 juin, au Centre culturel franco-nigérien Jean Rouch à Niamey

Jeuneafrique.com 

Niger Inter

GRATUIT
VOIR