Moustapha Kadi, acteur de la société civile nigérien milite tour a tour dans plusieurs organisations de la société civile et Ongs. Il est présent dans tous les combats pour la promotion et la défense des droits humains et de la démocratie. Nous publions intégralement le document de sa conférence devant les étudiants de l’Université de Niamey traitant d’un thème d’actualité a savoir : « Contribution de l’étudiant dans la lutte contre le terrorisme au Niger » qui s’est déroulée le Samedi 9 Mai dernier.

 

Mesdames, Messieurs les Etudiants.

Je voudrais vous remercier pour l’invitation et l’occasion que vous offrez à l’effet de m’exprimer devant vous sur le thème : « Contribution de l’étudiant dans la lutte contre le terrorisme au Niger», un thème d’actualité.

Je salue sincèrement le choix de ce thème qui dénote d’une prise de conscience de votre part et qui illustre bien votre place dans la société. J’adresse mes remerciements à M. Hassane Souleymana Samaila SGA de la Coordination des structures de vacances de la région de Tahoua (COSVARTA) qui a pensé à ma modeste personne.

Chers Etudiants, le terrorisme a atteint à l’échelle mondiale des proportions qui ne doivent laisser personne insensible. Le contexte régional est tel que la chute du régime du Colonel Mouammar Kadhafi a occasionné la propagation de l’extrémisme de tout bord, créant des foyers de tension un peu partout, faisant de l’étudiant une cible potentielle.

C’est d’ailleurs dans ce genre de situations qu’intervient le rôle de l’Etudiant que vous êtes, tous unis, regardant dans la même direction pour la défense de l’intérêt général, car le savoir est une arme contre le fanatisme, l’intolérance, et les terroristes l’ont parfaitement bien compris, eux qui exècrent l’idée qu’on puisse s’émanciper, s’exprimer, penser par soi-même.

Comme vous le savez, la violence pure a frappé plusieurs fois notre pays et face à elle, nous devons nous élever comme un seul homme pour affirmer plus fort que les drames dont nous sommes victimes concernent l’humanité toute entière. Je vous invite en mémoire de chacune des victimes du terrorisme de bien vouloir respecter une minute de silence.

Au moment où je m’adresse à vous, les Armées Nigériennes et Tchadiennes sont déployées dans la région de Diffa et au Mali avec le puissant appui, mais pas désintéressé, de la France pour défendre l’intégrité de notre territoire, mais aussi la liberté et les droits de l’homme. Malgré cela, notre pays continue à payer, un lourd tribut en raison des conséquences socio-économiques de la guerre  contre Boko Haram et les Djihadistes.

Cet échange se tient dans une période très sensible, caractérisée par l’attente des élections générales dans un contexte d’intolérance, d’insécurité au nord Tillabéry, nord Agadez et de guerre dans la région de Diffa.

Je reconnais que l’étudiant est confronté à de nombreux défis liés à ses études, à sa santé, à l’emploi, à la perte des valeurs, etc… Le thème d’aujourd’hui, nous invite donc à faire la lumière sur des questions de fond relatives à la jeunesse en général.

Tout d’abord, la lutte contre le terrorisme est un véritable défi pour nos États et un phénomène difficile à appréhender juridiquement. Celle-ci relève à la fois de l’action du législateur à travers l’ordonnance N° 2011-11 du 27 janvier 2011 modifiant la loi organique N° 2004-50 du 22 juillet 2004 fixant l’organisation et la compétence des juridictions en République du Niger.

La législation anti-terroriste, dont la naissance remonte à la révision de l’ordonnance N°2011-12, du 27 janvier 2011 modifiant et complétant la loi n° 61-27 du 15 juillet 1961 portant institution du Code pénal, définit l’acte terroriste comme :

« Tout acte ou menace en violation des dispositions du titre VI (nouveau) du code pénal susceptible de mettre en danger la vie, l’intégrité physique, les libertés d’une personne ou d’un groupe de personnes, qui occasionne ou peut occasionner des dommages aux biens privés ou publics, aux ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine culturel, et commis dans l’intention ».

Le Code pénal a fait des actes de terrorisme des infractions autonomes. Ceux-ci sont prévus et réprimés par l’Article 399.1.2.

La paix est quant à elle, définie comme l’absence de violence et de guerre, englobant tous les facteurs internes, sociaux et environnementaux qui contribuent à la libre et pleine jouissance de l’existence.

En pareille circonstance, un des rôles de l’étudiant est de  contribuer à la promotion de la paix et à l’éveil des consciences. L’étudiant n’est pas un objet, mais un acteur qui doit participer à part entière à la construction d’un climat apaisé dans un pays en situation de guerre.

Depuis quelque mois, le Niger se trouve confronter á un phénomène nouveau qu’il n’a personnellement ni inventé ni engendré, mais qui malheureusement lui a fatalement été injecté par les prédicateurs de Boko Haram et autres Djihadistes. La guerre contre le terrorisme et les idéologies violentes ne peuvent être gagnées que si les dirigeants gouvernementaux, religieux et communautaires optent pour le dialogue avec les jeunes, les étudiants notamment.

Mon intervention de ce matin insistera sur les risques auxquels fait face l’étudiant nigérien. Ces risques constituent la crise des valeurs que nous observons : violence,

cupidité, cybercriminalité, meurtre, alcoolisme, vagabondage, viol, pédophilie, tabagisme, drogue, faux dévots, prostitution, débauche, pornographie, inceste, infanticides, corruption, mensonge, magouilles, dépigmentation de la peau, etc… toute chose qui n’est pas de nature à faire progresser ce pays, déjà fragile. L’épineux problème de l’enrôlement des jeunes dans les groupes terroristes vous concerne, car devient inquiétant dans la région de Diffa.

En cette matière, je suis convaincu que le Niger ne pourrait résolument aller de l’avant sans régler les problèmes qui minent le milieu estudiantin qui est le moteur du changement. L’étudiant est d’ailleurs le fer de lance et la couche la mieux placée pour assurer la relève dans un pays. C’est pourquoi, il faut fournir à l’étudiant les compétences nécessaires lui permettant d’être un acteur principal de la paix et du développement durable. C’est-à-dire créer les conditions d’une paix pérenne à tous les niveaux.

En conséquence, il faut donner à l’étudiant les moyens pour qu’il puisse se construire une personnalité forte et équilibrée capable de lui permettre de s’intégrer dans la société tout en respectant notre diversité culturelle, ethnique et politique. Aujourd’hui, il faut tenter d’amener nos décideurs à croire que l’étudiant est une vraie richesse, une opportunité, un atout pour notre pays et pour les sociétés dans lesquelles il vit. L’étudiant doit à son tour prendre conscience de la présence des phénomènes sociaux qui minent son développement pour prendre son destin véritablement en main.

Cependant, il faut admettre qu’à chaque fois que la paix est menacée, il y a un grand groupe d’étudiants qui est mis en marge de la société, ou a perdu tout espoir en l’avenir. Plus que jamais, il est temps de créer un environnement favorable permettant à l’étudiant de prospérer, d’exercer ses droits, de retrouver l’espoir et le sentiment d’appartenir à une communauté nationale pour jouer pleinement son rôle d’acteur social responsable.

Le point de départ consiste à considérer l’étudiant comme la solution, et non pas comme le problème. Si on fournit à l’étudiant un environnement favorable, il peut canaliser son énergie et transformer le pays. Ainsi, le présent échange est arrivé à point nommé, il permettra, j’en suis sûr, de tirer profit de l’expérience et de l’expertise des étudiants présents dans cette place de l’Ambassade de Tahoua.

Les menaces qui pèsent sur le Niger sont de différentes natures ; elles sont transfrontalières et transnationales et nécessitent naturellement des réponses et des synergies d’actions. Le caractère régional et mondial des menaces terroristes nous impose des actions concertées afin de comprendre les processus socio-politiques et socio-économiques qui s’y expriment de manière récurrente.

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Les causes de la menace terroriste, sont nombreuses, profondes et multiformes. Elles s’enracinent dans un déficit de gouvernance intégrale. Plus spécifiquement, et sans être exhaustif, elles révèlent notamment de la mal gouvernance. Ces causes sont aussi liées à la précarité des conditions de vie des populations victimes de l’insécurité alimentaire, malnutrition, faible accès aux services de base, inexistence de tissu économique formel, difficile à résorber dans nos espaces étendus et peu peuplés, caractérisés par des spécificités sociologiques telles que le nomadisme, l’exode et la migration.

A cela s’ajoute la faible présence, voire l’absence de l’Etat dans certaines régions, les moyens limités des collectivités territoriales, des chefferies traditionnelles, l’exploitation politique à discréditer l’Islam, l’injustice, la faiblesse des relations transfrontalières, l’arbitraire, les longues frontières poreuses et la fragilité de nos Etats dans l’espace Sahélo-Saharien.

Ces causes persistent grâce aux enjeux géostratégiques liés à un territoire au sous-sol prolifique qui attise les convoitises et dans lequel se mêlent intérêts concurrents et influences extérieures. Plus récemment, la situation s’est aggravée dans la région de Diffa du fait de la circulation illicite des armes, accentuée par les attaques de Boko Haram et par une importante dissémination d’armes de guerre suite à l’effondrement du régime de la Jamahiriya libyenne.

Ces enjeux et défis sécuritaires, ainsi que des menaces sérieuses pèsent sur le Niger. Il s’y développe en effet une menace grave qui peut déboucher sur une déstabilisation de l’État, voire une remise en cause de l’intégrité territoriale du pays. Les faibles moyens disponibles étant concentrés sur l’achat des armes et l’entretien des Armées, très peu de ressources restent disponibles pour impulser le développement socioéconomique.

Les manifestations spontanées anti Charlie d’une rare violence des 16 et 17 janvier 2015 dans les  localités d’Agadès, Zinder, Niamey, Gouré, Magaria sont des vrais signaux d’alerte. Le bilan des dégâts occasionnés est lourd : on dénombre 10 morts (5 à Zinder et 5 à Niamey), 55 églises, le centre culturel franco-nigérien (CCFN) de Zinder, 40 débits de boisson, et plusieurs habitations privées et hôtels saccagés, 22 véhicules brûlés, 177 personnes blessées.

Le bilan provisoire de la dernière attaque de l’île de Karamga fait état de  46 morts, 9 blessés et 32 disparus, dans les rangs des Forces de Défense et de Sécurité, 28 habitants de l’île assassinés. Face à cette situation réelle et à toutes les attaques qui ont frappé notre pays, il nous faut agir à travers trois principes : fermeté, sérénité, unité, car la menace terroriste est mouvante. Il faut surtout s’adapter en permanence et prendre en compte les évolutions des comportements des terroristes.

Ces faits malheureux dont nous sommes victimes ont effectivement des répercussions sur l’étudiant. Ces faits ont déjà atteint une certaine ampleur et font apparaître l’obligation de se pencher avec toute la diligence et le sérieux requis, vers la recherche de solutions consensuelles efficaces des conflits sociaux naissants avant qu’ils n’alimentent d’actes de violence dans les Universités qui conduiraient  notre pays, vers des lendemains douloureux. C’est pour toutes ces raisons que pour lutter contre le terrorisme, il faut assurer l’étudiant qu’enfin de cycle il trouvera du travail et veiller à ses conditions de vie et de travail.

Pour le reste, vous savez tous que l’Université, ce n’est pas l’école. L’étudiant est majeur, c’est un adulte et on ne peut limiter sa liberté individuelle sans conséquence. Il lui incombe en premier de réfléchir sur son avenir et sur les questions de la société.

Toute modestie gardée, je pense que pour endiguer la menace terroriste au Niger, la contribution de l’étudiant est de :

  • contribuer pour faire des Universités un espace de respect qui ne tolère aucune violence ;
  • collaborer avec les acteurs de la société civile pour soutenir le moral des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ;développer des évaluations locales sur les menaces et les vulnérabilités liées au terrorisme dans la sous-région ;
  •   œuvrer pour mieux faire connaître la menace terroriste ;
    • mener des lobbyings pour une réponse plus cohérente afin de protéger les communautés contre le terrorisme ;
    • réfléchir de façon permanente sur les efforts de renforcement des capacités à déployer dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ;
    • promouvoir les valeurs républicaines de tolérance, de laïcité, de solidarité et d’égalité.

    Ces actions redonneront à notre enseignement supérieur ses lettres de noblesses et permettront à l’étudiant nigérien de reprendre la place qui est la sienne dans la société.

    Pour terminer, je suggère que l’étudiant soit placé au cœur du développement au Niger et que le secteur de la sécurité soit intégré au processus démocratique global, de sorte que la sécurité nationale devienne un coût du développement et le développement une dimension fondamentale de la sécurité.

Moustapha Kadi
Collectif pour la Défense du Droit à l’Energie (CODDAE)
Réseau des Associations des Consommateurs du Niger (RASCONI)
Président de l’Association Réagir Dans le Monde « RDM Tanafili »
Membre du Conseil National de Régulation
Commandeur de l’Ordre National du Niger
BP 11611 Niamey, Niger
Télephone: +22796968255, +22790907649, +22793917979