Fatouma Abdoulaye a de l’esprit. Elle a vraiment de l’initiative, pourrait-on dire. Cette jeune étudiante nigérienne vivant au Michigan, la capitale de l’automobile aux Etats-Unis, s’inscrit résolument sur la voie d’un leadership de qualité. A 22 ans, elle se bat pour faire connaitre son pays, le Niger sur le plan culturel mais aussi et surtout poursuit un grand rêve : éradiquer la fistule obstétricale au Niger et dans le reste du monde. Elle a arraché déjà plusieurs prix et autres distinctions dans sa communauté de résidence et son école aux USA. Découvrez plutôt cette « mère Teresa » nigérienne en puissance.

Niger Inter : Vous avez été identifiée par Niger Inter  sur facebook en faisant la promotion de la culture nigérienne à travers votre page « Belle du Sahel ». Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs et internautes ?

Fatouma Abdoulaye : Je me nomme Fatouma Abdoulaye, étudiante en médecine aux Etats-Unis et J’ai actuellement 22 ans. Je suis aussi l’ainée de ma famille.

Niger Inter : Etudiante en médecine, comment l’idée de promouvoir le Niger sur le plan culturel vous est- elle venue a l’esprit?

Fatouma Abdoulaye : A chaque fois qu’on me demande d’après mon pays d’origine à l’école, lorsque je dis que je viens du Niger, on me dit Nigeria ? Je dis non ! NIGER ! C’est vraiment très frustrant. Le peu d’américains qui connaissent le Niger l’identifie avec la famine et ce n’est pas l’image que je voudrais de mon pays. En tant que nigérienne je sais que mon pays a beaucoup plus à offrir et pour moi il est temps que le monde connaisse et apprécie la beauté du Niger. Je fais tout un documentaire et beaucoup de présentations  sur la culture du Niger dans mon école, à chaque fois que l’occasion se présente. Aussi, il n’y a pas longtemps j’ai créé ma chaine de You Tube ou je publie mes vidéos de

Maquillage en les accompagnant de la musique nigérienne. Pour moi tous les moyens légaux sont bons pour promouvoir l’image de marque de mon pays.

Niger Inter: Votre action est pleine de civisme et de patriotisme. Avez-vous un appel à l’ endroit de vos compatriotes pour mieux faire connaitre notre pays?

Fatouma Abdoulaye :  Pour moi les Nigériens à l’étranger doivent se mobiliser et ne jamais manquer l’occasion de représenter leur pays et de parler du Niger, d’être les ambassadeurs de leur pays chaque fois qu’ils trouvent l’opportunité de le faire.  Je me rends compte que chacun est fier de parler de chez lui. Ici les gens ont même le passeport américain mais ils sont très attachés à leur pays d’origine. Cela traduit parfaitement le lien ombilical à travers la culture et l’histoire qu’ils ont avec leur pays d’origine. J’ai réalisé ici aux USA que la référence à son identité est valorisée. Nos frères noirs américains éprouvent cela également quand tu leur parle de l’Afrique. On comprend franchement le mal de la traite negrière, de l’esclavage quand on observe le mal être de l’américain noir qui a perdu toutes traces de son identité. On a fait table rase de son passé. Il est constamment à la recherche de cette identité. C’est pourquoi je me suis dit que nous qui sommes dans les autres pays, faisons notre propre publicité et détruire les préjugés, les clichés sur le Niger. Les medias ne montrent jamais toutes les facettes de notre pays et c’est a nous de montrer aux autres que notre pays n’a pas seulement que des cotés négatifs au contraire on a beaucoup plus de choses positives qui font notre fierté en tant que peuple.

  Niger Inter : Le Niger a la mauvaise réputation d’être le dernier pays de la planète, le plus malheureux selon les rapports récurrents du Programme des Nations-Unies pour le developpement (Pnud). Comment réagissez-vous quand vous suivez cette image de votre pays sur les medias?

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Fatouma Abdoulaye © NigerInter.com

Fatouma Abdoulaye : Je suis très émue lorsqu’on parle mal de mon pays, et je me rappelle une fois j’avais mal parlé a un ami Nigérian parce qu’il disait que mon pays est le plus pauvre au monde. Je me dis que les medias exagèrent trop parfois. Peut être aussi que l’amour que j’ai pour mon pays me rend aveugle. L’image que je vois de mon pays me donne des ailes. Ca me donne envie d’apporter mon plus et d’aider à changer cette image que le monde a de nous, autant que possible.

Niger Inter : vous avez choisi d’étudier la fistule obstétricale en médecine. Y a t-il une motivation a ce choix?

Fatouma Abdoulaye : Mon père est urologue et a eu à travailler avec les femmes fistuleuses au pays. Lorsque j’étais au lycée, je venais à l’hôpital national pour étudier dans son bureau. C’est ainsi que j’ai rencontré certaines de ses patientes fistuleuses. Bien qu’il y’ est des femmes dans leur trentaine, il y’en a également qui ont a peine 14 ans. J’ai toujours voulu être médecin depuis mon enfance, cependant j’ai décidé de devenir Uro- gynécologue lorsque j’ai rencontré ces femmes fistuleuses. Apres avoir écoutée leurs histoires, je me demandais comment est-ce que ces femmes sont-elles laissées a leur propre sort lorsque ce n’étais pas de leur faute ? La majorité d’entre elles ont été abandonnées par leurs époux à cause de leur condition. Elles se retrouvent sans appuis ni secours, dans une déréliction totale comme le christ sur la croix ! Je trouve ca injuste et je me suis dite que s’il y’a une carrière pour moi ce serait d’aider ces femmes. On n’a pas beaucoup de spécialistes dans ce domaine. J’ai alors décidé de faire de ca ma priorité numéro une.

Niger Inter : Le 13 Mai c’est la journée nationale de la femme nigérienne. Avez-vous un message pour vos sœurs?

Fatouma Abdoulaye : Mon message pour mes sœurs est de ne pas baisser les bras. Il est temps que la Femme Nigérienne s’affirme et contribue plus dans le développement du Niger. Il faut que nos mentalités changent et qu’on arrête d’associer le genre avec un métier particulier. Aujourd’hui la preuve est faite que l’homme et la femme placés dans les mêmes conditions d’éducation, chacun peut faire montre d’ingéniosité et de talents. Il nous faut accepter que Dieu le créateur a donné a chaque être humain son potentiel qu’il doit développer selon les opportunités a sa portée. Il faut simplement comprendre que homme ou femme nous sommes des créatures de Dieu et par consequent chacun doit être fier de ce qu’il est pour bien assumer son rôle sur terre.

Niger Inter : Comment selon vous la femme doit  se tenir pour améliorer ses conditions de vie car la pauvreté est plus féminine chez nous?

Fatouma Abdoulaye : La plus part des femmes abandonnent leurs carrières pour prendre soins de la maison, et deviennent des femmes au foyer. Je suis issue d’une famille de médecins. Tous mes deux parents travaillent et malgré tout ma mère a su nous donner, mes sœurs et moi, une très bonne éducation. Le mariage ne doit pas  empêcher la femme à poursuivre sa carrière ou bien même à chercher à être indépendante sur le plan économique. Avec la vie qui coute chère, l’homme à lui seul ne pourra pas couvrir toutes les dépenses domestiques sauf si celui-ci est riche ce qui n’est pas le cas de la majorité. Une femme qui a une source de revenu régulière pourra être en mesure d’aider son mari pour le bien être du foyer.

Niger Inter : La femme en tant que citoyenne doit participer à la vie de la nation comme l’homme. A partir de votre expérience Américaine comment le leadership féminin peut-il contribuer à améliorer la condition féminine au Niger.

Fatouma Abdoulaye :     Cette année j’ai eu l’honneur d’avoir un mentor qui est en pleine campagne pour être  le maire de la ville. C’est une femme qui m’a appris à connaître mes potentialités en tant que femme issue d’un pays comme le Niger. C’est elle qui m’a dit de ne pas avoir peur d’être fière de ma féminité, de l’assumer et de me donner a fond. Aux USA, on voit des femmes occuper des grands postes de responsabilité et font des merveilles pour leur pays. Si notre pays aussi donnait plus de chance a beaucoup plus de femmes, je suis convaincue qu’elles feront des merveilles à leur tour. Bien que notre société nous fait croire que certaines choses comme le leadership, et la politique est un métier pour les hommes et que Les femmes ont pour rôle de suivre les hommes dans leurs décisions, je trouve qu’une femme peut aussi très bien gouverner le pays. La femme, avec son instinct maternel, pourra apporter un plus grand changement dans notre pays. Les femmes sont plus ouvertes aux autres femmes, car c’est facile à une femme de comprendre les douleurs d’une autre. Pour que les conditions de vie des femmes du Niger changent, il faut que les femmes leaders s’y mettent.

Niger Inter :   Pourquoi votre choix « Belle du Sahel  » au lieu de femme nigérienne ou belle du Niger?

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Fatouma Abdoulaye © NigerInter.com

Fatouma Abdoulaye :   Belle est un surnom que m’a donné mon grand père depuis ma petite enfance. Pourquoi j’ai choisi le sahel c’est parce que le Niger appartient au Sahel et ce dernier terme est plus général. Le terme sahel n’est pas très connu du monde, et pour moi l’utiliser c’est comme faire de la promotion. Je le valorise en quelque sorte. De plus j’ai trouvé la combinaison un peu plus originale et intrigante.

  Niger Inter : En fait quelle est votre passion: la culture ou la médecine ?

 Fatouma Abdoulaye :   Tous les deux. J’aime la médecine car c’est un domaine très vaste et j’adore apprendre. La médecine aussi est le seul moyen pour moi d’atteindre mon ultime objectif qui est d’éradiquer la fistule obstétricale au Niger d’abord ensuite dans le reste du monde. La culture est une partie de moi. Je suis née, et j’ai grandi dans la culture Nigérienne, c’est comme une seconde identité. Je trouve du plaisir d’apporter ma modeste contribution sur le plan culturel tout en poursuivant mes objectifs dans la vie.

Niger Inter :   Pouvez-vous citer deux femmes modèles pour vous au Niger et pourquoi?

Fatouma Abdoulaye : Ma mère est mon modèle de tous les temps. C’est une battante, une femme indépendante, et une femme à ambitions. C’est une femme qui va jusqu’au bout lorsqu’elle se fixe un objectif. C’est la première personne qui m’a dit que mon diplôme est mon premier mari et elle a totalement raison. Elle m’a aussi appris à avancer et à ne jamais laisser les jugements des autres m’atteindre, car si je le fais, je ne vais jamais réussir. En gros, c’est grâce à elle que j’ai une vision très claire de ma vie aujourd’hui. Ensuite la seconde femme modèle pour moi, je dirais que c’est Mme Aichatou Mindaoudou Souleymane. C’est une femme leader qui fait la fierté du Niger. Elle est aussi une vraie battante et une guerrière pour la paix et le développement de la femme. Elle a fait beaucoup plus que certains hommes leaders ont fait pour le Niger et dans le cadre de la paix.

Niger Inter : A tes heures perdues tu aime bien  donner des conseils en séduction à tes sœurs sur ta page Facebook. Quelles sont selon toi les valeurs essentielles pour être heureux dans un couple?

 Fatouma Abdoulaye : Le bonheur dans un couple se travaille à deux. Il faut qu’il y’ait de la complicité dans un couple pour que le couple soit heureux. La complicité ne se gagne qu’à travers la communication, la compréhension, et la confiance mutuelle. Un couple qui communique bien, résout vite les problèmes et n’a pas besoin de la famille pour une réconciliation. Une vie de couple est une vie pleine de compromis. L’homme est différent de la femme. Ainsi donc leur manière de comprendre les choses est différente. Pour que ca marche, il faut que les deux essayent de comprendre et respecter l’opinion de l’autre. C’est ainsi que le respect mutuel et la confiance s’installent dans le couple.

Niger Inter : A partir de ton expérience américaine et nigérienne peux-tu citer au moins trois priorités pour la nigérienne d’aujourd’hui?

Fatouma Abdoulaye : La Nigérienne doit commencer à se faire écouter. Il faut qu’elle mette la peur de coté et donne son opinion aussi. Ensuite, La Nigérienne doit apprendre à être indépendante économiquement  pour son épanouissement. Enfin, La Nigérienne ne doit pas avoir peur de s’affirmer « Féministe » dans le respect de son identité et d’agir comme telle. Il y’a plein de femmes leaders cachées au Niger. Sans la femme le Niger ne fera pas de progrès.

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane