Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, comme dirait l’autre. Cette devise s’applique à cette jeune étudiante âgée de 24 ans qui a déjà le palmarès à son actif. Très engagée, le profil de Roukaiyatou ALI HAMANI met en évidence toute l’importance de l’initiative du parlement des jeunes pour la promotion d’un leadership de qualité. De son lointain Niger,  cette battante hors paire mène presentement des études en sciences politiques a Paris.

 

 Niger Inter : Pouvez-vous succinctement décliner votre identité a nos lecteurs et internautes?

Roukaiyatou Ali Hamani :  Je m’appelle Roukaiyatou Ali Hamani alias Rouki, je suis titulaire d’un diplôme en Droit obtenu à l’institut Universitaire des Hautes Etudes de Tunis(IHET) avec une spécialisation en droit public international ; et d’un master en droit, coopération et solidarité internationale de l’Université d’Evry Val d’Essonne à Paris.

Je fus la 1ère Vice Présidente du parlement des jeunes du Niger(PJN) au niveau national, membre du parlement francophone des jeunes(PFJ). Au niveau International je suis actuellement observatrice  et membre du Réseau des Jeunes Filles Leaders de l’espace CEDEAO(ROAJELF), membre fondatrice de l’Association des Anciens Députés Juniors du Niger(AAPJN) ; membre de l’Association des Nigériens Résidents en France(ARNF) ……..

Niger Inter : faut-il t’appeler députée ou étudiante ?

Roukaiyatou Ali Hamani : Pour moi l’un n’exclut pas l’autre. Bien qu’étant étudiante,  je reste fidèle aux valeurs qui m’ont poussée à devenir députée Junior. Et d’une certaine manière, mon passage au parlement m’a conforté dans l’idée de poursuivre des études en sciences sociales de façon générale et ayant trait à la diplomatie en particulier.

Niger Inter : Tu fus membre du parlement des jeunes du Niger. Peux-tu nous parler de la philosophie du parlement des jeunes, ses objectifs ? 

Roukaiyatou Ali Hamani : C’est toujours passionnant pour moi de parler de cette Assemblée des jeunes du Niger, parce qu’au delà de mes aspirations professionnelles et de mes ambitions personnelles, je capitalise une expérience de 10 ans environ au sein de ces diverses structures de jeunesse notamment le Parlement des jeunes ; une structure au sein de laquelle j’ai acquis des valeurs fondamentales de droits de l’homme, des valeurs démocratiques et républicaines et les atouts du leadership. En effet, comme le disait l’ancien président de l’Assemblée Nationale du Niger, S.E Elh. Mamane Ousmane, père fondateur de ce jeune parlement du Niger : « le parlement des jeunes est une brillante école de la démocratie ». Inauguree par ce dernier en 2001, le parlement des jeunes fonctionne à l’image du parlement Senior d’aujourd’hui car de 83 Députés, il est aussi passé à 113 à l’instar de l’actuelle représentation nationale depuis l’installation officielle de la 2eme législature de la 7eme République sous la présidence de S.E Hama Amadou au palais des congrès le 24 décembre 2013. Le parlement junior est constitué des jeunes âgés de 15 à 17ans issus d’établissements publics et privés de l’ensemble des huit(8) régions du Niger mais sélectionnés sur la base du mérite scolaire. Il a un mandat de deux ans, il dispose d’un bureau en son sein, d’un siège et d’un réseau parlementaire nigérien sur les questions relatives au parlement des jeunes et à la protection de l’enfant que supervisent les députés juniors afin d’atteindre les objectifs assignés. Ce parlement a pour objectifs :

  • initier les jeunes à l’apprentissage de la démocratie
  • la participation des jeunes à la promotion de leurs droits et devoirs
  • le développement du sens des responsabilités sociales des jeunes
  • la protection de l’enfant et la lutte contre le mariage précoce et/ou forcé des jeunes filles
  • l’éducation de la jeune fille
  • les problèmes qui touchent la jeunesse etc.

En gros comme l’avait dit S.E Hama Amadou, tout dernièrement, « le parlement des jeunes est une tribune pédagogique d’apprentissage de la démocratie ».

 Niger Inter : Tu aime bien dire que le parlement des jeunes c’est ta seconde famille….

Roukaiyatou Ali Hamani :     Effectivement oui parce que le parlement m’a vu grandir ; pour moi le parlement est une deuxième famille car la notion que j’ai de la famille va au delà des liens du sang. La famille c’est aussi cet ensemble d’individus qui, souvent inconnus au départ, prennent petit à petit de la place dans notre vie et auprès de qui nous en apprenons davantage sur nous-mêmes tout en luttant pour une cause commune. Je cite en ce sens Françoise Dolto qui disait que : « Tout groupe humain doit prendre sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant un but commun: l’épanouissement de chacun dans le respect des différences… ». C’était ça l’esprit du parlement…

Niger Inter : Comment ton choix d’étudier la science politique s’est-il opéré?

Roukaiyatou Ali Hamani :  Mon ambition première était tout autre car bien avant l’obtention de mon Baccalauréat scientifique(NDLR : Bac D),  j’ai toujours rêvé de devenir médecin cardiologue parce que pour moi il  y a peu de cardiologues au Niger, j’ai chanté le même refrain à mes parents surtout à mon père, lui qui est de la santé. Et à l’instant où je vous parle, j’ai des blouses blanches qui m’ont été réservées par mon père, tellement j’étais mordue par la médecine avant.

Mais le destin en a décidé autrement, avec mon entrée au parlement et depuis que j’ai porté l’écharpe aux couleurs du Niger, mon rêve a pris une nouvelle dimension ; je m’étais dis, ah rouki il n’y a que la science politique qui peut être une porte d’entrée pour toi pour embrasser la diplomatie et voilà ce qui m’a poussé à être où je suis présentement et je m’y plais. C’est a juste titre d’ailleurs que Napoléon Bonaparte disait : « Plein d’audace, il ira loin si les circonstances le favorisent ».

Niger Inter : voudrais-tu insinuer que tu peux servir mieux ton pays avec les sciences sociales que la médecine?

Roukaiyatou Ali Hamani : Tel n’est pas mon propos. J’en suis pas à me dire que je peux mieux faire qu’un médecin pour la simple raison que pour moi ce n’est pas une compétition… Chacun, à notre manière, nous traitons des maux  dont l’éradication participera au développement de notre pays. L’heure n’est pas à savoir qui en fait le plus, c’est tous ensemble que nous serons forts. Chaque fils/fille du Niger peut à sa façon contribuer au développement de notre cher pays. A mon sens le Niger a besoin du géni de tous ses fils.

Niger Inter : Quand on parle de leadership, on parle de modèle, d’exemple à suivre alors quels sont tes conseils pour les jeunes députés juniors qui suivent tes traces?

Roukaiyatou Ali Hamani : Tout d’abord j’espère que ces jeunes députés sont conscients des responsabilités qui leur incombent car si nous sommes leurs modèles, ils seront à leur tour les modèles d’autres.

Même si tous les députés juniors mènent un combat commun, chacun d’entre eux à ses propres aspirations. Le meilleur conseil que je puisse leur prodiguer, c’est de ne pas perdre de vue les valeurs qui les ont poussé à rejoindre le parlement, de redoubler d’efforts car les défis sont énormes et de se dire que le succès est toujours au bout de l’effort.

Apres tout, ensemble, nous sommes l’avenir de notre très cher Niger qui attend beaucoup de nous !

Niger Inter : Si c’était à refaire quelles sont les erreurs ou fautes que tu aurais évitees ?

Roukaiyatou Ali Hamani : Honnêtement, je ne sais pas si j’aurais changé quelque chose à mon parcours parce que chaque expérience, chaque coup dur ou chaque défi a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Et puis je pense que nous apprenons beaucoup de nos erreurs et de nos défaites bien plus que de nos victoires. Une sagesse populaire de chez nous ne disait-elle pas que l’enfant apprend a marcher en trébuchant ?

Niger Inter : Maintenant que tu a atteint la majorité quelle est ta vision pour ton pays, le Niger ?

Roukaiyatou Ali Hamani : Mes motivations et mes aspirations pour mon pays n’ont pas changées. Je reste toujours engagée dans la lutte pour le développement du Niger et je milite toujours afin que mon pays soit connu au delà des frontières. C’est dans ce sens que je participe activement aux journées culturelles organisées par la diaspora nigérienne via des chorégraphies et des défilés ethniques.

 Niger Inter : Tu as eu l’opportunité de voyager a travers le monde. Quelles sont les valeurs ou qualités que tu voudrais voir incarner par les Nigériens pour le développement intégral de notre pays?

Roukaiyatou Ali Hamani : Effectivement oui, mon expérience m’a conduit dans plusieurs pays, des régions du Niger ainsi que d’autres pays du continent Africain et aussi d’autres contrées dans ce monde ,faisant donc de  moi une mondialiste, une citoyenne du monde, pour ainsi dire. Cela m’a permis d’être en contact avec plusieurs groupes d’acteurs et d’avoir une perspective internationale dans les travaux parlementaires, tout ce qui émane de la sociologie politique, la mondialisation et plusieurs autres domaines ; et Comme le disait Fiodore Dostoïevski : « Toute société pour se maintenir et vivre a besoin absolument de respecter quelqu’un et quelque chose ». Mes nombreux voyages à travers le monde m’ont appris que pour se développer, une société doit faire preuve de toujours plus de rigueur et de discipline.

Niger Inter: la femme nigérienne vient de célébrer sa fête nationale le 13 Mai dernier. En tant que jeune leader as-tu un message pour tes sœurs?

Roukaiyatou Ali Hamani :   Lorsque je jette un regard dans le miroir du passé de la femme nigérienne surtout rurale, lorsque je vois le chemin parcouru par les femmes nigériennes pour revendiquer leurs droits et se faire une place en tant que jeune leader, je ne peux qu’être fière. Ça n’a pas toujours été facile (d’ailleurs aujourd’hui encore ça ne l’est pas vraiment) d’évoluer dans des sphères à majorité masculine mais de plus en plus la place de la femme dans la société nigérienne est valorisée.

Il faut considérer désormais la primauté des valeurs intrinsèques de la femme et des opportunités qu’offre le système de quotas. Les valeurs universelles n’ont pas de sexe. Les qualités sont partagées. Les faveurs par le genre rééquilibrent des discriminations d’autres temps. Il faut désormais savoir compter plus sur ce qu’on est, que sur ce qu’on vous donne. J’exhorte donc mes sœurs à perpétuer le travail fourni par nos ainées tout en leur souhaitant bon courage. A cœur vaillant rien d’impossible !!!!!

Niger Inter : Vous êtes choisi députée junior surtout a cause de votre bon cursus scolaire. Est-ce que coté études tu tiens toujours le cap?

Roukaiyatou Ali Hamani : Comme vous l’avez dit, en tant que députée, je représente en quelque sorte un modèle pour mes frères et sœurs. Je m’efforce de rester un bon exemple et de leur montrer que le bon cursus ce n’est pas seulement pour être députée : au delà du parlement, nous nous devons aussi de réussir pour nous-mêmes et pour tous ceux qui ont toujours cru en nous, principalement nos parents. Donc, oui aujourd’hui encore je mets le paquet afin de mettre toutes les chances de réussir de mon coté. Comme dirait l’autre : la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Alors je dirais pour ma part que le meilleur étudiant aussi ne peut donner que ce qu’il a acquis ; une manière de dire que j’essaie de donner le meilleur de moi-même tout simplement.

Niger Inter : tu as plusieurs surnoms: Rouki Sarkiss, Rouki Junior, Rouki Niger ou Nationale, Rouki Francophone, Rouki Internationale ….. que révèlent ces sobriquets?

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Roukaiyatou Ali Hamani © NigerInter.com

Roukaiyatou Ali Hamani : (Rires). Justement Rouki Sarkiss a une définition très simple, Rouki qui symbolise le diminutif de mon prénom et Sarkiss appartient à mon modeste papa ALI HAMANI, un homme humble qui avait droit à tous les honneurs. Du fait que je suis née à Maradi, une région Haoussa et que les collègues de mon papa avaient découvert qu’il est issu d’une famille noble et que mon grand père de son vivant était le chef du village, ses amis alors l’ont surnommé « SARKI », pour dire  prince. C’est de là que ses amis proches ont quasiment modernisé l’appellation en disant « SARKISS » d’où Rouki Sarkiss pour les intimes. Rouki Junior, ce surnom a vu le jour depuis 2004  avec mon entrée dans le parlement des jeunes en ma qualité de députée junior. Rouki Niger ou Nationale, du fait de mon sentiment d’appartenance à la mère patrie le Niger que je défends partout autant que je peux. Rouki Francophone, ce surnom m’a été donné par l’ancien 1er vice président de l’Assemblée Nationale Monsieur Issaka Hassane Djegoulé en 2007  après un discours que j’ai prononcé au nom du PFJ. Rouki Internationale, tout naturellement parce que j’ai eu la chance de voyager et d’être invitée dans plusieurs pays ou j’ai pris la parole afin de montrer haut et avec fierté notre fanion Orange Blanc et vert avec le disque orange au centre qui symbolise la paix que nous chérissons tous.

 Niger Inter : C’est quoi le bonheur pour toi, c’est-à-dire comment te vois tu heureuse ?

Roukaiyatou Ali Hamani : Le bonheur…..un simple mot mais pourtant si compliqué à la fois. Pour moi c’est une succession d’instants magiques. Oui, »des instants » c’est tout ce que nous avons et il ne faut pas les gaspiller, on est tous entourés de petites choses qui peuvent nous procurer de grandes joies et immenses d’ailleurs. Je suis heureuse quand je peux partager ces moments avec des êtres chers qui rendent chacun de ces instants uniques et inoubliables. Je me sens heureuse quand je rends service aux autres. Quand je rencontre des gens avec lesquels j’apprends cette dimension universelle de l’Homme qui fait qu’on soit blancs, noirs ou jaunes, nous n’avons de valeur que lorsque nous sommes attachés au progrès de l’humanité, a la réalisation de ce qui humain en nous.

Niger Inter : Peux tu citer deux Femmes modèles pour toi au Niger ?

Roukaiyatou Ali Hamani : J’ai nommé tout d’abord Mme Mindaouadou, une dame qui a de la prestance et qui ne  se laissait pas intimider par les hommes. Elle inspirait le respect et quand elle prenait la parole, elle a toujours donné envie de l’écouter car elle avait un discours captivant et plein de bon sens. J’étais vraiment très fière quand elle détenait le portefeuille des Affaires Etrangères du Niger avec tout ce qu’elle a comme charisme.  Je ne finirais jamais de parler d’exemple sans citer également cette jeune et battante sœur qui est aussi une source d’inspiration pour moi. Il s’agit de la toute 1ère présidente du parlement des jeunes du Niger et première fille de nationalité nigérienne à être actuellement à Havard University Kennedy school, qui plaide la cause de la jeune fille et très sensible aux conditions de vie féminines ; que vous serrez certainement enchanté de connaitre. J’ai nommé Halimatou Hima Moussa Dioulla.

Niger Inter : Tu es également poète à tes heures perdues. Peux-tu nous édifier sur le secret de ta plume en poésie ?

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Roukaiyatou Ali Hamani © NigerInter.com

Roukaiyatou Ali Hamani : Si je vous le dis ce ne serait plus un secret alors ……(rires) .Non mais plus sérieusement, je pense que le plus dur dans l’écriture c’est d’oser s’y mettre… Il faut oser exprimer ses émotions, se libérer et se laisser évader comme un poisson dans l’eau ; parce que l’écriture (la poésie) est un voyage dans lequel on emmène le lecteur à s’identifier à nous et à voir le monde tel que nous le voyons nous-mêmes.

Niger Inter : En tant qu’étudiante en droit, peux tu nous donner ton opinion sur le leadership dans un  contexte autocratique et démocratique. Par exemple Kountche est un exemple de leader apprécié des nigériens bien qu’il a géré le pays dans un contexte autocratique. D’aucuns pensent que la démocratie est un système trop exigeant pour un leader.

Roukaiyatou Ali Hamani : Le leadership dans un contexte autocratique est difficile a cerner d’autant qu’il s’agit d’une dictature ou les relations sont plus ou moins imposées. Mais dans les dictatures éclairées, cas de Kountché, la confiance réside dans les actes et actions du chef. Il doit prêcher par exemple, le nationalisme, l’intégrité, l’autorité de l’Etat, le respect de la loi, le souci du développement et de l’indépendance, la souveraineté…etc Kountche a laissé cette image bien qu’il soit dictateur ; c’était l’air des temps. Par contre en démocratie, c’est la résultante de l’élection. Les citoyens font confiance à quelqu’un  et lui confient leur destin sur la base d’un idéal ou de promesses électorales. Ils demeurent tout de même arbitres parce qu’ils peuvent lui retirer cette confiance par des mécanismes préétablis par la loi. Par conséquent, c’est un rôle délicat puisque les libertés consacrées permettent de critiquer et de proposer d’autres alternatives. Reste au leader de se montrer à la hauteur des aspirations des citoyens  pour ne pas perdre cette confiance. En gros, c’est un jeu d’équilibre entre les intérêts des citoyens donc du pays et ceux de la géopolitique dans ce contexte mondialisé et globalisé.

Niger Inter : En tant que lectrice de Niger Inter nous acceptons avec plaisir tes critiques et observations…..

Roukaiyatou Ali Hamani : Je crois que a présent pas besoin de vous faire de remarques négatives dans la mesure où moi personnellement je trouve que c’est une première ce que vous faites comme boulot en tant que médias, nous avons nettement besoin de vous pour pouvoir nous exprimer et nous faire entendre, faire en sorte que lez nigériens prennent conscience de l’existence et de la détermination sans faille de cette mine d’or que constitue la jeunesse nigérienne que nous sommes et nous représentons. Alors Niger Inter, bravo pour ce que vous faites et bravo pour ce que vous êtes !!!

Interview réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane