Qu’est-ce qu’une institution de la République et quel comportement attendre des hommes et des femmes qui l’animent ? Ceci n’est pas un sujet de Droit ou des Sciences politiques mais une interrogation qui rebondit à chaque fois qu’une institution de la République ou un de ses répondants se trouverait dans le collimateur de la presse ou dans le point de mire de la société civile nigérienne du fait de quelque attitude déplacée de sa part.

Depuis le 18 décembre 1958, date de Proclamation de la République, les différents régimes politiques qui se sont succédé dans notre pays et la Loi Fondamentale actuelle en vigueur accordent une importance capitale aux institutions de la République, au rôle qu’elles doivent jouer dans le fonctionnement de l’appareil de l’Etat. Des efforts considérables sont faits, d’autres entrain de l’être pour doter le Niger d’institutions à la fois fortes, crédibles mais aussi et surtout opérationnelles.

Noter que les efforts inlassables des différents régimes aux commandes de l’Etat visent essentiellement à consolider l’Etat démocratique et républicain dont l’existence conditionne évidemment tout le reste. A ce jour, la mise en place du dispositif institutionnel de la 7ème République est effective mais jusque là certaines institutions de la République sont peu connues du commun des Nigériens. Celles qui ont tenté de sortir de leur mutisme se sont vues taxées de ne rien apporté de concret face aux attentes réelles des populations. Le débat reste ainsi posé principalement entre la mouvance au pouvoir et l’opposition politique nationale.

Ce qui est certain, une institution de la République, consécration constitutionnelle, est régie par la Constitution, les lois, les règlements. Les institutions symbolisent la continuité de principes, de valeurs, d’objectifs et une variété de moyens, procédures et priorités du pays. L’institution républicaine, quelle que soit la femme ou l’homme qui la dirige, mérite à la fois le respect et la confiance du citoyen toutes obédiences politiques ou appartenances idéologiques confondues. Cela y va du respect de l’autorité de l’Etat.

Dans cette optique, l’Etat doit être suffisamment fort pour garantir aux citoyens, une vie décente dans la liberté, l’égalité et la justice. Pour promouvoir ces valeurs, le citoyen doit jouir pleinement de ses droits tout en accomplissant ses obligations dans la Fraternité, le Travail et le Progrès. Toutefois, l’Etat de droit auquel tous nous aspirons ne donne pas les droits de faire ou de dire tout ce que l’on veut notamment en jetant l’anathème sur les institutions ou en foulant au pied, de manière subtile, tout ce que les lois permettent.

Malheureusement et cela depuis plusieurs années au Niger, les institutions de la République sont de plus en plus discréditées, spoliées, déshonorées et banalisées. De la fonction présidentielle à celle de Président d’Assemblée Nationale ou de Premier Ministre, du Chef de file de l’opposition au député national, Ministre et chef d’institution de la République, aucune personnalité n’est à l’abri du discrédit, de la diffamation et autres agissements de la part des medias et ou des organisations de la société civile sans oublier le cas de l’opposition politique également.

Le non respect de l’autorité de l’Etat est de plus en plus criard. Pourtant, sans institutions fortes, des hommes et des femmes responsables, respectueux et respectables, qui les animent, travaillant dans le respect de la règle d’équilibre des pouvoirs, il ne peut y avoir de liberté, d’égalité, de justice aussi bien pour les gouvernants que pour les gouvernés. Autrement dit, sans institutions fortes, l’Etat de droit sera toujours une illusion.

Chercher à opposer société civile, médias et opposition politique aux institutions de la République est une aventure dont le Niger n’en a pas besoin. Ce n’est pas un danger si les pouvoirs publics s’emploient au quotidien à réhabiliter l’autorité de l’Etat par le rétablissement du monopole de la violence légitime. Le véritable danger c’est quand les notions de secret d’Etat ou de secret défense sont ignorées, galvaudées ou simplement négligées par des ministres ou chefs d’institution.

Si non comment comprendre que des délibérations du conseil des Ministres ou de la défense nationale, les réunions des commissions parlementaires et autres institutions judiciaires soient suivies en temps réel via des appareils téléphoniques et autres supports électroniques ? Ce sont là entre autres comportements qui préoccupent et inquiètent l’opinion. Dans le même ordre d’idées, il faut déplorer cette nouvelle génération de ministres et chefs d’institution agités proférant des menaces contre le citoyen lambda. Réhabiliter l’autorité de l’Etat c’est aussi interpeller ses représentants en cas d’indécence dans l’exercice de leur honorable fonction.

Pour ce faire, le Chef d’une institution de la République doit incarner l’autorité de l’Etat et ne doit sous aucun prétexte confondre le local de son institution à l’état major de son parti ou à une entreprise familiale. Une institution de la République est faite pour être à l’écoute de l’ensemble des nigériennes et des nigériens puis éventuellement à prendre en charge leurs préoccupations dans la limite de ses prérogatives constitutionnelles. A ce titre, nos institutions doivent fonctionner dans l’équité, la transparence, l’impartialité et la justice de sorte que le citoyen leur face vraiment confiance.

Et ce respect doit transcender les considérations politiques, il doit être pour chaque citoyen une exigence et un devoir. On ne respecte pas une institution de la République selon la personnalité qui la dirige ou la représente. On respecte une institution de la République parce qu’elle incarne l’autorité de l’Etat. On respecte une institution de la République parce qu’elle est le symbole du pouvoir d’Etat. C’est par les institutions que respire le pouvoir d’Etat.

En définitive, les abus ou attitude déplacée d’un chef d’institution, d’une personnalité politique, ne donne, en aucun cas, quitus au citoyen de bafouer la crédibilité d’une institution de la République d’où l’importance du civisme comme fondement d’une morale partagée et du lien social. Le respect de nos institutions s’impose à tous. C’est une vertu civique.

Abdoulaye Abdourahamane Ahamadou (Ecrivain du Sahel)