Je me suis proposé de faire cette mise au point, en ma qualité de Président du Conseil d’Administration de la Société des Mines du Liptako (SML) et ce, suite à l’article paru dans le journal de la place et intitulé « Gestion Scandaleuse de la SML ».

Il s’agit pour moi de donner un certain nombre d’éléments d’appréciation qui, je le pense, éclaireront la lanterne de ceux qui sont à la recherche de l’information ; ainsi pourront-ils à loisir vérifier, comparer et se forger leur propre opinion sur le sujet en question. Mon premier contact avec le dossier « SML » a eu lieu à l’occasion de la réunion du Conseil d’Administration de la SOPAMIN en septembre 2013, Conseil qui devait entériner ma nomination en qualité de Directeur Général de ladite société. A cette session, deux sujets majeurs ont été largement débattus :
La Situation Financière de la SOPAMIN (en raison de son lien avec le second point) ;
Le Rachat des actions de SEMAFO dans le capital de la SML par la SOPAMIN.

Il se trouvait que la mission qui consistait à racheter les 80% du capital de SML détenus par SEMAFO, a été confiée à la SOPAMIN à une époque où elle n’avait pas les moyens en raison de sa situation financière préoccupante ; sa trésorerie en terme de ressources disponibles ou mobilisables correspondait à quelque chose près à ce qu’elle devait à ses fournisseurs SOMAIR et COMINAK au titre du différentiel entre le Prix Niger d’achat du yellow cake et le prix provisoirement appliqué. Le marché de l’uranium, dont le cours était à un niveau très bas n’était pas du tout favorable aux pays et sociétés qui produisent ou commercialisent ce minerai.

Bien que SOPAMIN n’ait pas les moyens de racheter les actions de SEMAFO, le processus était néanmoins, suffisamment avancé ; l’essentiel des étapes ayant été déjà franchies. Il s’agit de : ƒ Les missions de prise de contact et de négociation ; ƒ L’audit réalisé par SRK, une société de référence mondiale ; ƒ L’encadrement juridique de SOPAMIN dans les dé- licates négociations par un cabinet d’avocats basé à Paris : CURTIS. Ainsi donc à ma prise de fonction, une bonne part de ce qu’il fallait faire pour faciliter le processus d’acquisition des parts de SEMAFO avait déjà été effectuée ; des efforts sans lesquels le résultat recherché n’aurait pas été atteint.

Bien entendu, le jeu en valait la chandelle. Cependant, il faut souligner que toutes ces missions (transport, hébergement et autres frais) ainsi que la due diligence réalisée par SRK et la prestation du Cabinet Curtis ont été un énorme sacrifice pour la SOPAMIN. Je salue personnellement ce sacrifice utile et nécessaire consenti par mon prédécesseur et l’équipe de cadres compétents l’ayant appuyé dans ce travail. Ce qui a permis plus tard, en plus de l’acquisition des actions de SEMAFO la reprise de la production à la fin février 2014 et surtout la reprise des centaines d’employés nigériens licenciés par SEMAFO à la fermeture de l’usine en 2013.

La situation financière de la SOPAMIN ne permettant pas alors d’acquérir les actions de SEMAFO dans le capital de SML à fortiori la reprise de la production, le Conseil d’Administration a autorisé la Direction Générale de la SOPAMIN à contracter un emprunt bancaire de 15 millions de dollar US auprès d’Ecobank, montant estimé nécessaire pour la réalisation des opérations de rachat et de redémarrage (besoins en fonds de roulement et règlement de certaines dettes) avant de passer le témoin à un potentiel repreneur à même d’assurer l’exploitation de la mine dans les meilleures conditions de capacités techniques et financières ; l’Etat, il faut le rappeler n’a pas vocation à opérer une mine.

La mission confiée à SOPAMIN a été très clairement définie : reprendre et céder les parts que SEMAFO voulait placer par elle-même sur le marché. La trésorerie de la SOPAMIN, qui en fin 2013, se chiffrait à -1,4 milliards de francs (déficitaire) nous imposait de créer les conditions que toutes les dépenses effectuées au titre du rachat des actions de SEMAFO soient récupérées d’une manière ou d’une autre ; c’est à dire qu’elles soient remboursées par le repreneur stratégique au cas où il serait trouvé dans les meilleures délais ou directement sur la production de SML, propriété à 100% de SOPAMIN qui vient de sauver SML du naufrage, mais qui ellemême est malheureusement en grande difficulté.

Cette exigence a même été notifiée à tous les candidats ayant tour à tour postulé pour la reprise de SML et le montant des dépenses leur a été communiqué ; aucun de ces repreneurs potentiels n’a objecté, trouvant normal que SOPAMIN se fasse rembourser ce qu’elle a investi. Ce remboursement ayant été en partie effectué sur les recettes de SML, la SOPAMIN a jugé sincère de le porter à la connaissance de ces derniers. Et du coup, cette exigence de remboursement par le repreneur potentiel est tombée. Pour revenir aux sources de financement dont a fait usage la SOPAMIN pour le besoin de la cause, il convient de préciser que nous avons délibérément et souverainement renoncé à la convention de prêt de 15 millions de USD auprès d’Ecobank pour privilégier le recours à des crédits court terme de moindre importance.

La SOPAMIN a négocié et obtenu à deux reprises un crédit revolving de 600 millions avec la Banque Atlantique. Cette option a eu le mérite d’éviter à la SOPAMIN de se retrouver dans l’incapacité de rembourser le prêt de 15 millions de USD que nous avons jugé lourd et onéreux et qui devrait être garantie à la demande d’Ecobank par les ressources futures de SOPAMIN. Par la grâce de Dieu, SML a été sauvée et SOPAMIN épargnée, qui plus est, la situation financière extrêmement difficile de SOPAMIN jusqu’en fin 2013 a cédé la place à une santé financière qui ne fait l’ombre d’aucun doute. Sa trésorerie à date est estimée à un niveau comparable à celui de ses temps de gloire, c’est à dire à l’époque où l’uranium se vendait bien et à bon marché.

Autre rappel, la convention de rachat n’a été signée qu’en décembre 2013 avec SEMAFO après d’âpres et difficiles négociations et au prix de multiples engagements à honorer au regard de l’énorme passif de la SML : 35 milliards de pertes cumulées, des dettes énormes vis- à-vis de plusieurs fournisseurs et prestataires de services (BCM, Total, Nigelec etc.) ainsi que de l’Etat du Niger ; sans omettre que les matériels et équipements de SML d’une valeur estimée à 7-10 millions USD était sous saisie judiciaire. De sa création à fin 2013, SML a été exploitée et gérée par Etruscan et SEMAFO. Tous les résultats enregistrés (positifs ou négatifs) ne peuvent alors en aucune manière être imputés à SOPAMIN qui n’a redémarré l’usine qu’en fin février 2014.

Les résultats positifs des années 2011 et 2012 ont été obtenus par SEMAFO qui a procédé à dessein à un écrémage systématique des réserves minières du site et ce dans la perspective d’un départ programmé en 2013. Qui plus est, toutes les ressources engrangées ont servi à rembourser les avances que l’exploitant disait avoir octroyées à la SML. Pour preuve, les états financiers et comptables à la fin de ces exercices dits bénéficiaires affichaient une trésorerie dérisoire et sans commune mesure avec les chiffres avancés. Attribuer à la SOPAMIN les résultats d’un exercice quelconque de SML avant son acquisition en 2014 relève tout simplement de la mauvaise foi et de l’irresponsabilité.

Aussi, lui reprocher de s’être fait rembourser les sommes qu’elle a empruntées et investies pour la reprise de SML est de notre point de vue proprement scandaleux (dans ce contexte le terme scandaleux revêt tout son sens). Il s’agit pour nous de « l’hôpital qui se moque de la charité » ; et la question que nous posons est la suivante et si la SOPAMIN n’avait pas pu, en raison de ses difficultés du moment, obtenir les moyens de racheter et de faire redémarrer SML. Se serait-on posé la question de la régularité et du remboursement des dépenses engagées ?

Non, on aurait tout simplement reproché ou condamné les responsables de SOPAMIN pour avoir failli à leurs devoirs et mission Autre question : comment alors SOPAMIN aurait-elle pu rembourser les emprunts bancaires sans courir le risque de sombrer dans une situation, dont peut-être elle ne s’en serait pas sortie ? Si je me suis appliqué à faire rembourser à SOPAMIN les sommes qui ont permis de parvenir au résultat escompté et réalisé (dont le plus important : la réembauche des centaines de nigériens licenciés ne serait-ce que cela) c’est parce, je crois toujours que la cause est juste et louable.

Et, faute de cela, je m’en voudrais de pousser à l’agonie (courte ou longue) la poule (SOPAMIN) qui a permis à l’œuf (SML) de s’éclore. Toujours, sur les dépenses engagées pour la reprise de SML je voudrais dire ceci aux auteurs et commanditaires de l’article paru dans le journal Enquêteur le mardi 21 avril dernier : ƒ Mon prédécesseur a initié des missions à l’extérieur et en a réalisé un certain nombre. Je les approuve car elles ont permis de nouer des contacts et de réussir plus tard les négociations. C’est pourquoi avec la même équipe, nous avons poursuivi ces missions jusqu’au terme des négociations, le 2 décembre 2014 et même au-delà dans le cadre de la recherche de potentiels repreneurs stratégiques.
ƒ Mon prédécesseur a commandité une due diligence par SRK, audit sans lequel l’état exact, les potentialités ainsi que les perspectives envisageables pour assurer la pérennité de la mine ne seraient pas connus. ƒ Mon prédécesseur a contracté avec le Cabinet d’avocats français Curtis pour bénéficier de son savoir-faire dans les négociations Internationales et acquérir les actions de SEMAFO à des conditions fortement acceptables, donc à l’avantage de la partie nigérienne. Je voudrais dire donc à ces passionnés de sensationnel que je marque ma totale approbation à tous les actes antérieurs à mon arrivée à la SOPAMIN ; actes sans lesquels l’équipe qui a œuvré avec responsabilité et courage à l’accomplissement de la mission, n’aurait pas enregistré les résultats ainsi obtenus.

Ceux qui, du haut de leur position actuelle, dé- ploie une masse d’énergie pour ternir l’image de la SML et compromettre par la même occasion le processus en cours de revente d’une partie des actions de son capital gagneraient plus à accompagner et à soutenir les efforts qui ont permis que des familles entières retrouvent le sourire et la quiétude et que eux-mêmes puissent prétendre continuer de bénéficier des retombées de la reprise de la SML ; sans cette reprise, qui serait intéressé à venir en prendre les commandes et vouloir s’y ancrer ? Il est important de souligner que tout ce chemin parcouru jusqu’au redémarrage de l’usine de Samira n’a pas consacré la fin des difficultés pour lesquelles des solutions urgentes attendaient d’être trouvées.

Les questions liées à la situation de faillite de la SML et la saisie judiciaire de ses engins devraient être urgemment réglées. A propos de la faillite de SML, c’est un rappel l’ancien exploitant SEMAFO a mis l’usine en « care and maintenance » avec un très lourd passif dont des pertes estimées à environ 35 milliards de francs, correspondant à plus de 50 fois les capitaux propres, beaucoup plus qu’il en fallait pour constater la cessation de paiement et prononcer la faillite de la société. SML n’existait donc plus juridiquement et il fallait sans attendre remédier à cette situation. Et pour ce faire, deux possibilités s’offraient à nous : de l’avis des spécialistes en la matière que nous avons consultés à cette fin, SOPAMIN peut faire usage d’une partie de ses créances sur SML pour régler la question.

Ces créances, d’un montant de 50 milliards de francs que SEMAFO a enregistrées dans les livres de la société comme étant des avances qu’elle a octroyées à celle-ci sur la durée de son exploitation, pour l’aider à résorber selon ses dires les pertes de gestion enregistrées, SOPAMIN les a rachetées à 1 USD symbolique et devrait les récupérer sur les productions à venir de SML jusqu’à épuisement total. (Ceux qui se plaignent de ce que SOPAMIN s’est fait rembourser les quelques 1,9 milliards peuvent alors, à moins qu’ils ne l’ignorent, se faire à l’idée que la SOPAMIN est en droit d’exiger à tout moment le remboursement de cette créance.

En son temps SEMAFO n’hésitait pas à rapatrier dès que l’occasion se présentait une partie des revenus issus des ventes de SML en remboursement de ces dites avances ; et pourtant aucune voix ne s’est élevée pour en dénoncer l’irrégularité. Cela est-il peut-être normal dès qu’il s’agit d’une société étrangère qui se comporte ainsi ? Mais anormal et inacceptable lorsqu’une société nationale procède de la sorte. ) La première option consisterait en un abandon de créances à hauteur des pertes cumulées par SOPAMIN au profit de SML, ce qui entrainerait du coup l’extinction des pertes ayant engendré la situation de faillite. Et donc, par voie de conséquence la faillite elle-même.

Malheureusement, cette solution n’est pas à la portée de SML car d’un point de vue fiscal elle est considérée comme une opération commerciale assujettie au paiement de la TVA de 19% des 35 milliards de francs, soit environ 7 milliards de francs. L’autre solution serait la recapitalisation de la SML : par une double opération dans la limite du montant des pertes ; en augmentant le capital du montant des pertes, 35 milliards et en procédant à sa diminution du même montant (ce que d’aucuns appellent le coup de l’accordéon). Et c’est celle-ci qui a emporté l’approbation du Conseil d’Administration de la SML par une résolution prise à cet effet.

Cette solution présente l’avantage d’être nettement moins onéreuse que la première et c’est ce qui fut fait pour permettre à SML de ne pas demeurer dans l’irrégularité, de continuer de produire, de donner de l’emploi aux nigériens et de continuer à payer les impôts, taxes et redevances à l’Etat. Ce travail fut réalisé par acte notarié ; toutes les procédures légales depuis le rachat des actions SEMAFO jusqu’à la recapitalisation ont couté 1% du montant des pertes éteintes pour tous frais et taxes à payer. Et pour terminer définitivement avec les difficultés héritées de la gestion de SEMAFO, la SOPAMIN ayant lors des négociations pour la signature de la convention d’achat des actions SML demandé et obtenu que le parc des engins appartenant à SEMAFO et qu’elle envisageait de transférer sur sa mine du Burkina Faso, lui soit cédé, en contrepartie d’un certain nombre d’engagements dont celui de prendre en charge le contentieux BCM/ SEMAFO ; BCM a opéré une saisie judiciaire sur les engins de SEMAFO pour la contraindre à régler ses dettes d’un montant d’environ 3 millions USD.

La valeur estimée de ces engins était de 7 voire 10 millions USD. BCM, pour faire aboutir sa cause a fait recours aux services d’un redoutable avocat de la place. Obtenir la main levée sur ces engins et permettre à SML de les utiliser en jouissant de la pleine et entière propriété sur ceux-ci, tel que l’a recommandé le Conseil d’Administration de la SML, n’était pas gagné d’avance. Le montant de cette opération qui a coûté environ 145 millions de francs, rapportée à la valeur des équipements peut- être jugée raisonnable. Un succès en plus quoi qu’on dise. Pour rappel, les avocats à l’international travaillent à l’heure et facturent des honoraires sur un barème qui est sans commune mesure avec les tarifs pratiqués au Niger. Dès lors qu’il s’agit d’honoraires pour des prestations même de grande importance ou grand intérêt, malheureusement, une certaine opinion est prompte à dire et à redire.
Notre mission sur la SML est censée aboutir avec la conclusion d’un accord de cession d’actions à un nouveau partenaire. Cette finalité tant souhaitée n’est pas du goût de tous les acteurs. Nous conclurons notre contribution par ceci : Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut ; quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. Et quand on le fait, il faut avoir le courage de l’assumer. Point.

Mahamadou Zada D.G SOPAMIN

Niger Inter

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