Du 11 au 12 juin dernier, le Président Issoufou Mahamadou a pris part à Abuja, au Nigeria, aux cotés de ses homologues du Nigeria, du Tchad, du Cameroun et du Bénin, à un sommet régional de lutte contre le groupe terroriste Boko Haram. Au cours de cette rencontre, les chefs d’Etat de cinq pays de la sous-région engagés dans la lutte contre la secte islamiste ont eu pour objectif notamment de finaliser leur plan de lutte contre les terroristes autour d’une force multinationale composée de plus de 8000 hommes, apprend-on d’une source proche du dossier.

Cette rencontre fait suite à une tournée du Président nigérian, Muhammadu Buhari, quelques jours seulement après son investiture, au Niger et au Tchad, essentiellement axée sur la lutte contre Boko Haram qui sème la terreur dans la sous-région. Dès sa prise de fonction, M. Buhari a décidé du transfert du centre de commandement de la lutte contre Boko Haram de la capitale fédérale, Abuja, à Maiduguri, fief historique du groupe terroriste dans le nord-est du Nigeria. Il est à rappeler que l’armée nigé- rienne est déjà engagée au Nigeria, depuis plusieurs mois, au sein d’une coalition avec d’autres forces notamment tchadiennes, camerounaises et nigérianes, dans la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram. Cette intervention nigé- rienne a été surtout suscitée par une série d’attaques de la secte notamment des localités nigériennes de Bosso et Diffa (extrême-est, proches de la frontière du Nigeria), qui ont fait plusieurs dizaines de victimes civiles comme militaires. Le groupe terroriste Boko Haram qui sévit dans le nord du Nigeria depuis 2009, et dans le bassin du lac Tchad avec des incursions au Niger, au Tchad et au Cameroun, a fait plus de 15.000 morts et plus de 1,5 million de déplacés, selon les autorités sécuritaires. Il est à souligner que le Niger et le Nigeria partagent une frontière commune de près de 1 500 km, avec de part et d’autre les populations parlant les même langues, le haoussa, le kanouri et le peulh, entre autres.

«Le Nigéria doit conserver le commandement »

Lors dudit sommet, le chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari, s’est opposé à l’idée d’un commandement tournant de la force tous les six mois entre les cinq pays. La Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) en discussion jeudi doit être dotée de 8?700 militaires, policiers et civils, et son quartier général sera installé à N’Djamena, la capitale tchadienne. Il était déjà entendu qu’elle serait commandée à son lancement par un général nigérian, Tukur Buratai. «Le Nigeria doit conserver le commandement de la MNJTF durant l’ensemble de la durée de l’effort de guerre », a estimé M. Buhari.

Un commandement unique améliorera « l’efficacité de la stratégie militaire, dans la mesure où le Nigeria va fournir le gros des troupes et où le principal théâtre des opérations se situe sur le sol nigé- rian », a-t-il insisté. Ces derniers mois, irrité par la passivité de Goodluck Jonathan, le précédent président nigérian, face à la menace de Boko Haram sur la stabilité ré- gionale, le Tchad avait pris l’initiative des principales opérations militaires dans la région du lac Tchad.

L’intervention de M. Buhari confirme le changement de ton à Abuja sur le dossier Boko Haram depuis que l’ancien général a pris ses fonctions le 29 mai. Pendant sa campagne, il s’était déjà engagé à vaincre la longue insurrection qui a fait plus de 15?000 morts depuis 2009. Sitôt investi, il a visité ses alliés au Tchad et au Niger. Puis il s’est rendu au G7 en Allemagne le week-end dernier pour appeler les dirigeants des pays riches à le soutenir davantage dans sa lutte contre les islamistes armés. Il a aussi ordonné le transfert du centre de commandement militaire nigérian d’Abuja à Maiduguri, la grande ville du nord-est du pays, au cœur de l’insurrection. L’activisme de M. Buhari, 72 ans, contraste avec les années d’inaction sous son prédécesseur. « Il doit aller le plus vite possible » pour profiter de son état de grâce après son élection, juge l’analyste politique Imad Mesdoua, du cabinet Africa Matters de Londres. La création de la force régionale avait été décidée en mai 2014, après le rapt de plus de 200 lycéennes à Chibok, au Nigeria, qui avait choqué le monde entier. Elle aurait dû déjà être opé- rationnelle en novembre dernier, mais les mésententes entre le Nigeria anglophone et ses voisins francophones ont retardé sa mise en place. La force a été relancée en janvier alors que Boko Haram menait des attaques quotidiennes dans le nord-est du Nigeria et contre les territoires frontaliers du Cameroun, du Niger et du Tchad. Boko Haram a depuis fait allégeance, en mars, à l’organisation jihadiste État islamique (EI), qui contrôle un vaste territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie. Devant cette escalade, les pays de la région, Tchad en tête, étaient intervenus militairement, mais en ordre dispersé. La MNJTF doit prendre le relais, sous une forme plus organisée et avec le soutien de l’Union africaine.

Le Tchad et le Niger s’étaient notamment plaints d’un manque de coordination avec l’armée nigériane, et d’avoir été empê- chés de conduire des opérations en profondeur en territoire nigérian. Les insurgés ont cependant subi de sé- rieux revers, perdant le contrôle de plusieurs localités stratégiques dans le nord-est du Nigeria et sur les rives du lac Tchad. Mais Boko Haram a récemment démontré que sa capacité de nuisance demeurait élevée: depuis l’investiture de M. Buhari, le groupe a multiplié les attaques dans le nord-est du pays, faisant au moins 109 victimes. Le quartier général de la nouvelle force coûtera quelque 30 millions de dollars durant les 12 prochains mois, a indiqué mercredi Sanusi Imran Abdullahi, chef de la Commission du Bassin du lac Tchad. Selon des experts, l’attitude du nouveau pré- sident nigérian rassure en tout cas la communauté internationale. «L’engagement sans précédent du G7 à soutenir le pays – dont les modalités doivent encore être mises au point – montre que les dirigeants internationaux ont une grande confiance en M. Buhari », estime Malte Liewerscheidt, analyste Afrique chez Verisk Maplecroft. Selon lui, « un soutien international accru sera crucial pour l’effort à long terme nécessaire pour battre l’insurrection islamiste ».

Envoyé spécial Zak

ECHOS DU NIGER N° 03 – DU 17 JUIN 2015