A peine quatre escapades, une certaine opinion commence déjà à s’inquiéter : Buhari voyage trop au lieu de se concentrer sur les problèmes réels du pays. C’est du moins les échos ressassés cette semaine par nos confrères de la BBC hausa. Ces derniers avaient eu le réflexe d’interroger un diplomate sur ces voyages présidentiels.
En substance, selon ce diplomate nigérian, un chef d’Etat serait aujourd’hui comme un homme d’affaire qui ne doit plus faire du sur-place. Il a démontré qu’à l’occasion de ces sorties, Buhari est allé rechercher le soutien de ses partenaires pour faire face à une question qui lui tient à cœur comme à son peuple à savoir la sécurité des nigérians.

Que dire alors du président nigérien Issoufou Mahamadou qui serait selon le Courrier « Entre villégiatures et mépris » ? Ou le Canard Déchainé qui se demande : « Que trouve-il donc dans ces voyages onéreux qui ne nous rapportent pratiquement rien et qui vident le trésor public du peu que versent la DGI et la douane ? »
Ces voyages présidentiels qui continuent de faire « baver » seraient-ils une promenade de santé que s’offre le président Issoufou ? Ces visites dites de travail seraient-elles intempestives, inopportunes comme le rabâchent les fossoyeurs des actions du président de la République ? Ces voyages n’indiquent-ils pas aux yeux du monde le dynamisme de notre diplomatie ?

Les historiens avaient retenu le caractère extraverti du style de gouvernance de Feu Diori Hamani. Sous Diori, le Niger était ouvert aux autres pays et le président Diori était tout aussi visionnaire, grand idéologue pour comprendre que la diplomatie c’est un art qu’un pays doit savoir capitaliser pour atteindre ses objectifs.

Dans son ouvrage « Biographie politique de Diori Hamani, premier président de la république du Niger », le Pr André Salifou fait le témoignage suivant : « Diori Hamani révélera aussi une stature de leader international, en particulier dans sa prise de position contre la guerre de sécession du Biafra, et aussi en pilotant l’organisation de la Francophonie, dont il est un père fondateur, enfin diversifiant malgré les réticences de la France, sa politique de coopération internationale. » C’est ce dynamisme de Diori qui fait notre fierté lorsqu’on cite objectivement les grands leaders africains à l’instar de N’krumah, Sékou Touré, Modibo Keita pour ne citer que ceux-là, Diori vient en tête de liste.

Ce style particulier de Diori Hamani en politique étrangère, Issoufou s’en inspire. Il est même, si j’ose dire, un adepte zélé de l’offensive diplomatique. Tout comme Diori, Issoufou mène le jeu diplomatique nigérien. On l’a vu tour à tour dans la cour des « grands » tout comme chez les anticonformistes et iconoclastes de la Communauté internationale.

Cette offensive diplomatique a non seulement pour conséquence d’élargir la carte diplomatique de notre pays mais aussi et surtout de raviver les relations entre le Niger et ses amis tout initiant de nouveaux axes de coopération en fonction des priorités contextuelles de notre pays.

On le sait, au Niger tout est prioritaire. Fort de sa traversée du désert d’opposant historique, le président Issoufou est certes venu avec un programme – le seul à en avoir un – selon même certains de ses opposants. Mais l’état de délabrement du pays, les maux du Niger avaient atteints un seuil tel que toute action d’urgence ne serait qu’une goutte dans un océan.

Il fallait alors des actions réfléchies et planifiées pour redresser ce pays où les gens ont plus développé un esprit de critique au lieu d’être des hommes pragmatiques et positifs enclins à accompagner la volonté politique en action pour un Niger qui gagne dans le concert des nations.

Dans ces déplacements qui font couler tant d’encre et de salive, le président a eu à visiter des pays susceptibles d’accompagner notre volonté de sortir de la précarité pour nous diriger résolument vers le développement. Le président était en effet sur les grands chantiers des pays amis justes aux fins d’observations et d’études.

Ces visites sur le terrain ami, ne seraient-elles pas plutôt la voie la plus directe et idoine pour transférer des technologies et des moyens nécessaires pour que les « Nigériens nourrissent les nigériens », pour que nos besoins énergétiques soient satisfaits, pour que nos problèmes de santé, d’eau potable, nos écoles aient enfin des solutions durables au grand bonheur du peuple nigérien ?

Cette vision, cette démarche, cette dynamique ne peut être appréhendée par des esprits qui trouvent onéreux les déplacements du chef de l’Etat. C’est vraiment cela la mentalité de sous-développement lorsque l’esprit se limite à la superficie au lieu d’aller au fond de la chose.

C’est justement cela l’esprit du sous-développement lorsqu’on voudrait le résultat d’une action diplomatique dans l’immédiateté. Et d’ailleurs, même dans ce sens combien de fois, ces visites présidentielles sont assorties de communiqués conjoints pour annoncer au monde comment le Niger et son ami du jour entendent orienter leur coopération avec des engagements pris de part et d’autre ?

Aux partisans de l’instantanéité de la portée de l’offensive diplomatique du président de la République, nous disons qu’il faut savoir laisser aux historiens le temps de l’histoire. On ne peut pas semer un arbre tout de suite et s’attendre à des fruits ici et maintenant. C’est contre la loi de la nature. C’est anormal. Chaque chose a son temps. Libre à tout le monde de témoigner sur le jugement de l’histoire.

Nous le savons tout ce qui brille n’est pas de l’or. Loin de nous cet esprit malsain contraire au débat démocratique, à la contradiction comme essence de la démocratie, mais estimons que ces jugements sur les voyages du président sont très hâtifs et souvent hasardeux en ce sens qu’on semble faire peu de cas de la vision et de la stratégie du président.

Certains sont devenus réactifs et réduits à comptabiliser les voyages présidentiels. Récemment, on pourrait lire sur le mur d’un opposant qui s’offusque que le président était à son 126ème voyage en 4 ans ! L’esprit est canalisé de telle sorte que la raison du voyage du chef de l’Etat importe peu, tout ce qui compte c’est l’arithmétique.

Pourtant pour les esprits positifs peuvent voir une vitalité de notre diplomatie. Une audience pour notre pays. Des opportunités et l’image de marque de notre pays en train de se redorer car quoi qu’on dise notre pays reste très mal connu des autres. Ceux qui voyagent, savent tout ce malaise de revisiter l’histoire et la géographie pour faire comprendre à d’autres nationalités où se trouve le Niger.

Mais ce qui est rassurant, ces commérages et diffamations ne désarment pas le président Issoufou. Bien au contraire. Il mène son action diplomatique avec aise et assurance. Car celui qui sait où il va n’a pas besoin de s’agiter sur la route du succès.

Parmi les pourfendeurs du président sur le chapitre de ses sorties à l’extérieur, il y a ceux qui racontent que le président est en rupture avec son peuple. « Zaki et son peuple : le divorce », argue le Canard Déchainé. Le Monde d’aujourd’hui s’indigne dans un nigéro pessimisme alarmant : « …..les mots du lexique français sont certainement insuffisants pour exprimer les maux qui minent le Niger et son peuple depuis 4 ans qu’Issoufou Mahamadou est aux commandes ».

Pourtant, les signes d’un président en rupture avec son peuple sont tout sauf des villégiatures. Les présidents qui n’ont pas confiance en eux-mêmes ne voyagent pas. Ils ont peur. Tout le contraire de la sérénité affichée par le président Issoufou. Ce qui constitue en soi un démenti cinglant à ces prophètes de malheur.

Il faut se réjouir du fait que notre président puisse aller partout dans le monde sans couac car le diplomate nigérian dont nous évoquions plus haut, nous rappelle les cas désolants de Robert Mugabe, El Béchir qui sont privés de ce loisir de porter la voix de leurs peuples aux confins du monde.

Il faut se réjouir que malgré la médisance ambiante, le Niger est véritablement présent dans les relations internationales. Nous sommes à un tournant décisif de notre histoire diplomatique, pourrait-on dire. A ce sujet, c’est une fierté que le Niger ne fasse plus de la figuration comme par le passé dans les grands rendez-vous du monde.
Une autre fierté, c’est que chaque personnalité du monde qui rencontre le président Issoufou est séduite par la culture de l’homme et sa vision pour son pays, l’Afrique et le monde, nous confie un observateur averti de la scène internationale. Ce qui n’était pas gagné d’avance juste dans un passé relativement récent.

En dehors de toute considération politicienne, il faudrait, par amour à notre pays, qu’on se le dise : le Niger vient de loin. Il n’y a pas de baguette magique pour solutionner tous ses maux que le travail et le sens de l’intérêt général. Les défis qui assaillent notre pays sont tels que si nous perdons notre sens de la réalité, la situation pourrait se dégrader plus que jamais. Il nous savoir consolider nos acquis. Et nous osons espérer que les germes de l’offensive diplomatique entreprise par le président Issoufou porteront leurs fruits tôt ou tard.

En fin observateur de la scène internationale et africaine, le doyen Béchir Ben Yahmed, en tenant compte du contexte et défis contemporains décrit la voie de la réussite à nos chefs d’Etat en ces termes : «… une bonne partie des dirigeants africains sont confrontés à l’équation suivante, difficile voire impossible à résoudre : comment participer avec le maximum d’efficacité à cette « guerre contre le jihadisme », dont l’issue n’est pas pour demain, tout en continuant à se consacrer, pendant de longues années, à l’indispensable croissance économique ? Seuls ceux d’entre eux qui parviendront à concilier ces deux impératifs mériteront de se maintenir à la direction des affaires de leurs pays. »

On pourrait dire, à la suite d’Andé salifou qu’Issoufou Mahamadou est mu par cette même « grande utopie fondatrice, qui continue à marquer aujourd’hui la vie des nouvelles générations africaines ». Cette utopie fondatrice qui a fait rêver justement le président Diori Hamani.

Et l’historien André Salifou de nous renseigner sur Diori Hamani : « Dans cette immense aventure, le premier président du Niger a toute sa place, que reconnaissait le général de Gaulle dans le premier tome de ses Mémoires d’espoir :  » A l’image de son pays où se joignent le désert et la savane, Diori Hamani sait unir les vues lointaines et le sens pratique dans l’action qu’il mène au-dedans et au-dehors. »
Que retiendrons les historiens d’Issoufou ? Qui vivra, saura !

Elh. Mahamadou Souleymane