Programmée fin mai, mais reportée à cause de la visite du nouveau président du Nigéria, la manifestation de la Société civile a pu finalement se tenir le samedi dernier sur la Place de la Concertation. Comme on le sait, l’idée de cette manif était née de l’interpellation de deux activistes de la Société civile, Moussa Tchangari d’Espaces Alternatives, et Nouhou Arzika du MPCR, auxquels il était reproché un certain nombre de griefs par la Justice.

Pourtant, ce prétexte ayant disparu avec la libération des deux interpellés, néanmoins inculpés et mis en liberté provisoire par le Juge d’instruction en charge du dossier, les organisateurs de la manif avaient maintenu leur mot d’ordre de manifester. Effectivement, le meeting en question avait drainé pas mal de monde sur la mythique Place de la Concertation, en dépit des températures thermiques qui régnaient ces derniers jours sur la capitale. Cette grande mobilisation à l’appel des organisations de la Société civile n’était pas sans rappeler les heures glorieuses des ‘’ faran houlla’’ (bonnets blancs symbolisant le pouvoir civil) dans la deuxième moitié de la décennie 2000, lorsque, par la marche historique de mars 2005, la Cinquième République du duo Tandja/Hama avait failli être emportée par la Coalition-Equité-La Lutte contre la Vie Chère dirigée à l’époque par Nouhou Arzika, Marou Amadou, Moustapha Kadi, Moussa Tchangari et bien d’autres animateurs de la Société civile. En ces temps-là, la Société civile nigérienne était à son âge d’or, car les thématiques qu’elle abordait et développait au cours de ses sorties médiatiques étaient véritablement porteuses d’espoirs, puisque s’articulant autour des conditions de vie des citoyens nigériens broyés par la montée vertigineuse et quotidienne du coût de la vie. En défendant la cause de la veuve, de l’orphelin, de l’opprimé, du faible et de tous les laissés pour compte de la société, les organisations de la Société civile nigérienne avaient incarné au Niger, un moment, la grande espérance sociale pour la quête de laquelle les partis politiques au pouvoir à cette époque avaient semblé décevoir les citoyens. Cependant, ces immenses attentes populaires furent très tôt déçues, lorsque la Société civile, pourtant censée incarner la liberté et l’indé- pendance citoyennes, commença à flirter avec les gouvernants de l’époque, trahissant ainsi la grande confiance que les citoyens avaient placée en elle pour l’avènement d’une société plus juste et plus égalitaire. L’imposture atteignit son paroxysme en 2009, quand le président de la république sortant, Tandja Mamadou, au terme de son second et dernier mandat constitutionnel, voulut modifier la Constitution afin de demeurer au pouvoir. C’est alors que, sevré de soutiens politiques solides dans le pays, l’imposteur Tandja dut recourir aux funestes services d’une partie de la Société civile qui apparut ainsi au grand jour aux citoyens dans sa complicité désormais avérée avec les tenants du pouvoir politique de cette époque. Certainement de cette période noire date le désamour grandissant des citoyens nigériens pour la Société civile dont aujourd’hui on a du mal à distinguer la ligne de démarcation avec certains milieux politiques bien connus. Déjà, dans une analyse fort intéressante, notre confrère de ‘’L’Evénement’’ avait mis en lumière certaines accointances entre Société civile et partis de l’opposition politique, notamment dans la mise en exécution du plan de déstabilisation du régime de la Septième République après l’échec de la Cohabitation pour laquelle le ‘’Fugitif’’ avait tout mis en œuvre avant de prendre, lâchement, la fuite vers l’extérieur. Ce samedi 06 juin 2015, ce n’était donc pas la Société civile nigérienne que l’on avait vue sur la Place de la Concertation, mais bien l’ombre d’une certaine opposition politique réduite aujourd’hui à soustraiter avec des subversifs pour tenter de donner un caractère légitime et républicain à son mal de vivre actuel. Pour s’en convaincre, il suffisait simplement de faire un tour sur place pour découvrir la réalité ! Même les plus sceptiques ont fini par accepter l’idée que la Société civile actuelle nigérienne, dans son écrasante majorité, a désormais vécu, celle que l’on voit aujourd’hui n’est que l’ombre fantomatique qui hante les anciens lieux de sa gloire passée. Aujourd’hui, plus personne de sérieux au Niger ne s’illusionne à propos du rôle de bouclier social que devrait remplir une société civile avant-gardiste, qui sache placer le curseur au bon endroit en toute indépendance d’esprit. En vendant son âme au diable, la Société civile nigérienne, dans sa composante actuelle, aura durablement dégringolé du piédestal citoyen sur lequel elle avait brillé de mille éclats avant de s’éteindre piteusement, pour avoir succombé aux sirènes de la vanité humaine. C’est triste et regrettable pour une si noble ambition, celle qui fit jadis la renommée de l’auteur espagnol Don Quichotte, ou d’un Robin des bois en France !

Adamu Bako

ECHOS DU NIGER N° 02 – DU 10 JUIN 2015

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