Ces derniers temps, Seini Oumarou, l’homme que les Nigériens avaient apprécié, un moment, pour son tempérament pondéré, son aimable courtoisie et sa générosité du cœur, sera devenu méconnaissable pour beaucoup d’observateurs. Autant naguère, il forçait le respect de tous par son élévation d’esprit en toutes circonstances et en tous lieux, autant aujourd’hui, son discours politique est devenu plus violent, à la limite, injurieux, où l’image de l’homme sage a fait place à celle du voyou politique, du populo-démago qui affectionne et accrédite un logos trivial, rabaissant ainsi la parole publique au stade primaire des états d’âme d’un homme, visiblement, en proie à une crise d’identité certaine. Depuis les monumentaux travaux de Freud ayant ouvert la voie au développement foudroyant de la psychanalyse, l’on en sait un peu plus aujourd’hui sur certains troubles de la personnalité telle que la perte d’identité qui peut affecter certains sujets.

Le symptôme le plus marquant de cette pathologie est sans doute la perte de confiance en soi chez le sujet atteint qui se réfugie alors derrière une personnalité d’emprunt qu’il croit être la sienne. Parmi les causes profondes de cette pathologie réductrice, on note l’accumulation des frustrations libidinales violemment refoulées chez le patient atteint. Jean Paul Sartre avait tenté de traduire en des termes plus concrets cette réalité psychique à travers un de ses personnages de roman, ‘’Le garçon du Café’’, un jeune homme en proie à une crise d’identité. Après ces digressions liminaires sur les contours de la crise identitaire, revenons à notre personnage principal, en l’occurrence, Seini Oumarou, pour constater que ce dernier en souffre terriblement aujourd’hui.

En effet, depuis quelques mois, en tant que chef de file de l’opposition politique, il ne cesse de déjouer carrément ce rôle, voire de vouloir, bien des fois, le sur-jouer, en reniant toutes les valeurs qui avaient semblé être les siennes dans une vie antérieure. Il aura ainsi troqué, à vil prix, les vertus de sagesse et de la mesure contre les sirènes de la vanité politique et son cortège écumeux de factices et de clinquants, comme les éphémères traces des pneus d’un véhicule sur les dunes volatiles du Ténéré. A force de vouloir trop subir l‘influence des faucons de l’opposition qui lui reprochaient d’être ‘’très gentil dans son rôle de chef de file de l’opposition’’, il avait fini par céder à leurs pressions, balbutiant et bafouant ainsi son soft style politique qui avait fait jusque-là son originalité dans la classe politique nigérienne pour aujourd’hui injurier, mentir et travestir la réalité sous un ton, presque, ordurier !. En se pervertissant, en se flétrissant, bref, en dédoublant sa personnalité, Seini Oumarou aura vendu son âme au diable, mieux au ‘’Fugitif’’, son mentor politique dont on avait pensé, un moment, qu’il s’était émancipé pour lui avoir arraché la direction du MNSD-Nassara. Hélas, le réflexe du soumis était resté vivace chez lui, car souvent, la liberté est plus difficile à être exercée qu’à être conquise chez d’individus restés longtemps enchaînés, comme l’avait su bien montrer Franz Fanon dans son ouvrage majeur, « Les damnés de la Terre » ! Ainsi, tout ce qu’il avait construit durant la période de ses velléités d’émancipation vis-à-vis de Hama Amadou, notamment sa qualification au second tour de l’élection présidentielle de 2011 lui conférant, ipso facto, le leadership de l’opposition politique, eh bien, tout cet important capital engrangé dans la construction et la solidification de sa carrière est en train de s’évaporer dans la nature.

En voulant usurper la nature foncière de ses camarades de l’ARDR (Hama et Nafarko), Seini Oumarou, tel un masochiste, s’est tiré, exprès, une balle dans le pied. Autant le rôle de figurant semblait lui convenir à merveille dans cette ‘’ trilogie infernale’’ de l’ARDR, autant les premiers rôles négatifs collaient à la peau de ses deux compagnons politiques d’infortune qui sont aimés ou détestés des Nigé- riens pour leur sale caractère. A la vérité, on ne comprend pas pourquoi Seini Oumarou aimerait tant jouer une partition qui ne correspondait pas à sa nature véritable. Dans ce rôle du méchant, les Nigériens ont déjà leurs personnages favoris, plus talentueux, ma foi, plus impitoyables et sans limites dans l’incarnation du mal suprême. C’est pourquoi, lorsque Seini Ouamarou s’arrache, ces derniers temps, pour essayer de donner le meilleur de lui-même en sur-jouant ce rôle maléfique, les Nigériens sont surpris et dégoûtés sans doute par le forcing d’un piètre acteur qui pourrait recevoir, s’il existait, au Festival de Cinéma de Cannes ou à Hollywood, le prix de la plus mauvaise interpré- tation ! En règle générale, les gens cherchent à masquer leur mauvais caractère en se drapant des plus grandes vertus sous des dehors trompeurs, mais chez Seini Oumarou, on observe plutôt le contraire, le personnage s’obstinant à apparaître méchant quand il est trahi par une nature immuablement autre. Lors de son prétendu contrebilan de quatre années de mise en valeur du programme de la renaissance du Niger du Président Issoufou, dans un discours ampoulé, sans doute rédigé par ses ‘’Henri Gaïno’’ (du nom de celui qui rédigeait les discours les plus controversés de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier trônait à l’Elysée), le chef de file de l’opposition avait touché le fond de l’imposture suprême en politique en s’empêtrant dans des logorrhées qui ne seyaient pas à un caractère si calme et si mesuré d’ordinaire. En voulant à tout prix incarner un rôle qui irait bien à un certain Hama Amadou ou un Nafarko, Seini Oumarou, personnage fortement complexé, aura fini par convaincre les plus sceptiques sur son incapacité maladive à se prendre en charge politiquement pour tracer son propre sillon dans la construction de sa carrière politique. Du moins, aurait-il accrédité l’adage populaire selon lequel « A force de fréquenter des cannibales, on finira, tôt ou tard, par goûter à la chair humaine » ? En termes plus prosaïques, sa fré- quentation de Nafarko et sa réconciliation avec son ancien mentor politique n’auraient-elles pas eu, finalement, raison de son légendaire tempérament d’homme de paix par lequel il s’était découvert aux Nigé- riens lors de son entrée en politique ? A la lumière de l’attitude actuelle du personnage, la réponse à cette question est, hélas, oui et c’est bien dommage pour un homme politique si prometteur avant d’être rattrapé par les ombres de la politique politicienne !

Zak

ECHOS DU NIGER N° 02 – DU 10 JUIN 2015

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