Même en l’absence d’instituts de sondage pour le confirmer, le Président Issoufou Mahamadou qui ne fait pas mystère de briguer un second mandat, voit sa cote de popularité s’effriter, sous les coups de boutoirs de l’opposition certes, mais surtout, à cause de certaines « choses » que ses concitoyens ont, de plus en plus, de difficulté à digérer. Voici un petit florilège de situations et comportements qui tirent le Président vers le bas.

Le roi de la bougeotte : L’une des choses que lui reprochaient ses compatriotes dès les premières heures de sa prise de pouvoir, était son gout très prononcé pour les voyages, surtout les voyages à l’extérieur, notamment en France, l’une des ses destinations préférées. A l’époque, les nigériens l’avaient affectueusement surnommé « Rimbo », du nom de l’une des compagnies privées de transports dans son pays. Depuis, le Président Issoufou n’a pas véritablement changé. On ne compte plus désormais le nombre de ses voyages à l’extérieur. Pire, aucune circonstance (Inondation, épidémie, attaque terroriste) n’a pu contrarier son nomadisme, comme cela se passe avec d’autres présidents, sous d’autres cieux.

A contrario de ses multiples voyages à l’extérieur, le Président Issoufou a très peu voyagé à l’intérieur de son pays. En quatre ans de fonction, il n’a jusqu’à présent pas effectué sa première « tournée en profondeur » comme le faisait ses prédécesseurs. Son entourage le défend en arguant que, du temps où il était opposant, il a quasiment sillonné tous les villages du Niger. Rien de suffisant pour convaincre des nigériens toujours de plus en plus exigeants envers le prince qui les gouverne. Cette absence de proximité entre le peuple et son président contribue, pour une bonne part, à entretenir un « désamour » que l’opposition cherche naturellement à amplifier pour en tirer le meilleur des profits.

« La main lourde » et « le silence complice » : Ces groupes de mots reviennent souvent pour qualifier l’absence de réactivité du Président Issoufou face aux agissements peu orthodoxes de certains de ses lieutenants qui prennent un malin plaisir à faire « le malin » à leurs compatriotes. Au point où les nigériens se demandent aujourd’hui, qui de Mahamadou Issoufou ou de son entourage, gouverne réellement leur pays. En l’occurrence, l’impunité est totale pour ses amis politiques, particulier pour les membres du G8, aujourd’hui devenus des citoyens au dessus de la loi. Le président ne peut ni freiner leurs ardeurs, encore moins les écarter pour les indélicatesses commises. Il se contente juste de les soustraire des feux des projecteurs, pour après les recycler dans le système, au détriment de l’intérêt général,  de la morale publique et du devoir d’exemplarité.

A propos du devoir d’exemplarité : les épisodes des ministres qui tapent des femmes ou qui s’invectivent en public, y compris devant des « étrangers » ; les présomptions d’enrichissement illicite de la plupart des barons du système, ont gravement entaché la crédibilité de l’entourage du Président. Pourtant, en 2011 les nigériens ont plébiscité le Président Issoufou, parce qu’il leur a été présenté comme étant un « zaki », c’est-à-dire un « lion » en Haoussa. Les nigériens à l’époque, avaient en effet besoin d’un homme de poigne capable de mettre un terme aux détournements des deniers publics, à l’enrichissement illicite, à l’indiscipline et à l’arrogance des gouvernants. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ne comprennent plus pourquoi « le lion de l’Ader » est incapable de rugir pour chasser les prédateurs de la République.

« Quand le tigre proclame sa tigritude » : S’agissant de la communication gouvernementale, là aussi, il y a un gros bémol. Celle-ci ressemble plutôt à un « bourrage » et à un « matraquage » médiatique qu’à tout autre chose de raffiné, de comestible ou d’agréable. En surexposant maladroitement dans les médias proches du pouvoir, « le Programme de la Renaissance » ou les « réalisations du Président de la République », le nigérien lambda a la désagréable impression qu’on veut lui forcer la main et lui faire avaler une pilule, voire même une couleuvre. L’avalanche de chiffres combinée à la litanie des actions, débitées à longueur de journée par le Président Issoufou lui-même et par son entourage, donnent en effet l’impression aux nigériens que le tigre ne fait que proclamer sa tigritude, alors que c’est la réciproque qui devrait être valable.

Sur un autre plan, les meetings de Bazoum Mohamed à l’intérieur comme à l’extérieur et ceux organisés par de zélés acolytes dans les régions,  alors que le pays est en pleine tourmente sécuritaire, apparaissent aux yeux de l’opinion comme une méprisante  insulte, au mieux une grossière provocation. Les gesticulations et les récriminations du Ministre Hassoumi Massaoudou, les arrestations d’opposants, de journalistes, d’acteurs de la société civile, souvent sans fondements, contribuent pour une bonne part à diaboliser « le régime guriste » et semer ainsi le doute dans les têtes de nigériens sur la capacité de leur Président à diriger sereinement le pays.

Le côté « Charlie » du Président Issoufou inquiète également ses compatriotes. L’on se souvient, au lendemain de  l’attentat qui a endeuillé le journal satirique français, spécialiste en blasphème contre le Prophète des musulmans, le Président Issoufou s’est empressé de proclamer qu’il était « Charlie » en solidarité au peuple français. Il n’en fallait pas plus pour provoquer à Zinder, Niamey et Agadez, les pires émeutes anti chrétiennes jamais enregistrées au Niger et qui, de peu, ont failli emporter son régime.

Au delà de l’anecdote, ce qui heurte la conscience des braves nigériens, c’est la trop forte inclinaison du Président de la République et de son entourage à s’aligner derrière les français et à subir leurs désidératas. Déjà, lors des interminables négociations Niger-AREVA, les dirigeants nigériens ont fait preuve d’une mollesse déroutante. Certains d’entre eux sont allés jusqu’à reprendre les arguments d’AREVA et les ont honteusement rabâché à leurs compatriotes, histoire de les convaincre à accepter le deal boiteux. Pour les milliers de nigériens, cette posture du Président Issoufou, n’apportera rien de positif dans le règlement du « contentieux historique » qui oppose la France à leur pays.

El Kaougé Mahamane Lawaly,

Le Souffle Maradi.

Niger Inter

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