C’est un truisme de dire que le printemps burkinabé a été inspirant en Afrique et dans le monde entier. Mais au regard du déroulement dubitatif de la transition burkinabé, il est fort à parier si l’on ne s’achemine pas vers la contre-révolution.

Le moins qu’on puisse dire, si on n’y prend garde, les forces vives du Burkina Faso risquent de voir leur victoire récupérée par des forces rétrogrades et surannées. Cette nécrose se manifeste à travers les épreuves subies par le premier ministre Yacouba Isaac Zida de la part de ses anciens compagnons d’armes notamment le Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) à savoir l’ancienne garde rapprochée de Blaise Compaoré.

La dernière crise a failli balayer le premier ministre Zida tant ces hommes armés sont déterminés à se positionner dans la nouvelle marche du Burkina malgré leur rôle à contre-courant de l’histoire de ce pays pour protéger un système décadent mais aussi et surtout leurs intérêts mesquins au détriment du peuple burkinabé.

Il y a lieu de se demander, où sont-elles ces forces vives ? Disposer des armes suffit-il dans le contexte burkinabè actuel pour prendre le mouvement révolutionnaire en otage ? Ne risque-t-on pas une récupération de ce mouvement social très applaudi dans le monde entier ?

Faut-il croire à cet « aveu de puissance » du président de la transition Michel Kafando, disant « j’ai décidé du maintien du premier ministre » dans un style à la Mubutu ou Omar Bongo ? Autant d’interrogations qui appellent à la vigilance des forces vives et de la Communauté internationale disposée à accompagner le peuple burkinabè.

Il y a des raisons de s’inquiéter lorsqu’on apprend que dans les clauses de l’accord précaire entre le gouvernement actuel et les militaires, ces derniers ne voudraient pas absolument que la justice les inquiète à propos entre autres des dossiers comme les assassinats de Thomas Sankara et le journaliste Norbert Zongo.

C’est un signe qui ne trompe pas sur les velléités de ces militaires de se positionner en gardiens de l’ancien ordre et du coup s’affichant comme l’ennemi N01 de la révolution bis du peuple burkinabè. Ces militaires finiront, si on n’y prend garde, par interrompre le processus en cours pour un Burkina nouveau.

Et la récente victoire de l’ex parti de Blaise à la Cour de justice de la CEDEAO est de nature à renforcer les forces du mal contre la révolution burkinabè. Il se dessine, au Burkina Faso,  ce gout amer d’instrumentalisation et récupération du mouvement social à l’image du printemps arabe où, il faut le dire, pour le dénoncer, ces mouvements sociaux restent comme un cauchemar à telle enseigne  qu’on se demande vraiment à quoi bon ?

Pourquoi tant de sacrifices par les peuples pour si peu ?  A la vérité, c’est cela un des piège de la démocratie libérale qui gouverne notre monde où n’arrivent au pouvoir que les plus riches ou ceux qui ont leur caution. Si on laisse les choses se passer «  démocratiquement » au Burkina Faso, il est probable de voir à la tête de ce pays un président contre-révolutionnaire, loin d’incarner l’initiative historique du « balai citoyen ».

Il y a très malheureusement une répétition de l’histoire en perspective de la même façon que Blaise à comploter contre la révolution, autant les officiers de ce tristement célèbre RSP sont en train de conspirer contre les forces vivent au Burkina Faso.

Et comparaison pour comparaison, il en de même de la conférence nationale souveraine du Niger, cette révolution du peuple initiée par les scolaires et travailleurs qui a fini par être usurpée par des forces qui n’étaient pas de cœur avec la dynamique du changement.

Faut-il en déduire que « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » n’est qu’une utopie de plus ? Telle est la question essentielle face à l’échec de tous ces printemps et mouvements progressistes issus des peuples comme résistance dans un monde où de plus « le statu quo est invivable et la révolution impossible ».

Elh. Mahamadou Souleymane