Nous l’avions déjà écrit dans ces colonnes, l’opposition politique nigérienne regroupée au sein de l’Alliance pour la Réconciliation, la Démocratie et la République (ARDR) n’avait jamais eu l’intention de se présenter aux élections générales prochaines. Comme prétexte avancé, l’ARDR avait pointé du doigt la Présidence de l’honorable Cour Constitutionnelle (CC) dont elle avait mis en cause l’impartialité et l’intégrité morale de ses membres.

A la base de leur récrimination contre cette institution constitutionnelle se trouvent toutes les requêtes que l’opposition parlementaire avait envoyées à la Cour dans des questions de droit qui l’opposait à la majorité. L’ARDR avait donc estimé que les arrêts rendus par cette haute juridiction avaient été en faveur du régime en place. Pourtant, rien de tout cela ne fut vrai, car dans certains arrêts, le pouvoir en place avait bel et bien perdu, mais pour nos chers opposants, cela ne suffisait pas, il fallait à tout prix avoir raison sur tous les points ! On peut d’ailleurs rappeler à ce sujet, quelques arrêts rendus par la CC dans cette histoire.

Il y a eu d’abord des requêtes relatives à la formation du Bureau de l’Assemblée, celle relative à la situation incongrue du pré- sident de l’Assemblée (Hama Amadou) qui, élu sous un mandat de cinq ans sous la bannière de la MRN, c’es à dire la majorité, s’était retrouvé, du jour au lendemain, farouche opposant à cette même majorité, en ralliant l’ARN qui devint par la suite ARDR ! Ensuite, il y a eu la requête relative à l’affaire judiciaire qui concernait le PAN, précisément l’affaire dite des bébés importés du Nigeria.

On connait la suite de cette histoire amorale mais strictement judiciaire qui ne concernait que les tribunaux de l’ordre judiciaire situés en dehors du champ de la compétence de la CC. Pour résumer cette cabale de l’ARDR contre la CC, on ne manquera pas de mentionner le fameux livre blanc qu’elle avait sorti au mois d’Avril 2015 pour s’attaquer de manière violente et personnelle aux membres de cette vénérable juridiction. On était au comble de l’indécence et de l’irresponsabilité politique. Après donc le prétexte de la CC, l’ARDR avait créé, de toutes piè- ces, des montagnes blanches afin de pouvoir toujours justifier son refus de participer aux élections.

Ainsi, dans le même ordre d’idées, elle avait commencé par boycotter les travaux du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP), une originalité nigérienne dans la prévention des conflits politiques sous le fallacieux prétexte que les décisions prises par cette institution n’étaient pas … ‘’démocratiques et consensuelles’’. Heureusement, grâce à la sage médiation du Premier Ministre Brigi Rafini, notre chère ARDR était revenue à la raison et avait repris, toute honte bue, sa place au sein de ce cadre de dialogue permanent. A présent, c’est le fichier électoral qui se trouve dans la mire de l’ARDR.

Un problème s’était posé au niveau du CNDP concernant ce fichier électoral : fallait-il confectionner un fichier électoral biométrique ? Devant l’énormité des difficultés techniques rencontrées par le pouvoir dans la faisabilité, pour la toute première fois, d’un fichier électoral biométrique au Niger à moyen terme, cette option a été reportée sur avis du CNDP auquel l’opposition avait bel et bien participé. Cependant, les textes législatifs et ré- glementaires relatifs à ce fichier électoral biométrique ont déjà été adoptés. Il fallait donc mettre en place, à tous les niveaux, les organes de gestion de ce fichier pour mettre en place un fichier électoral classique.

A ce niveau également, l’ARDR avait voulu faire de la résistance, mais très tôt cette position a é té brisée par la sagesse de la majorité. En fin de compte, il a été décidé d’aller au recensement électoral avec l’encadrement des structures du fichier électoral biométrique en vue de confectionner un fichier électoral classique. Là encore, le pouvoir ne fut pas au bout de ses peines, puisque l’ARDR s’était mise à pinailler sur cette question, allant jusqu’à remettre en doute la sincé- rité du recensement des Nigériens à … l’extérieur !

Voilà en substance, les quelques prétextes échafaudés par l’ARDR pour se dérober à son obligation de se présenter aux élections générales prochaines. Ce qui est sûr, c’est que personne au Niger ne peut dire à l’avance quelle sera l’exacte position finale de l’ARDR face aux élections à venir. Plus énigmatique que l’ARDR, tu meurs ! En réalité, la préoccupation de l’ARDR était ailleurs, et les raisons pour lesquelles elle ne voulait pas aller aux élections étaient tout autres.

ARDR ou l’histoire d’une mayonnaise qui n’a jamais pris

Les raisons profondes pour lesquelles l’ARDR craint les élections gé- nérales ne sont pas celles qu’elle claironne officiellement dans les médias et dans ses meetings. En règle générale, sous nos tropiques, les oppositions politiques nous ont habitués à une autre conception des élections, aux antipodes de celle affichée par l’ARDR nigérienne pour qui aller aux élections constitue l’enfer. Ce sont en effet, généralement, les pouvoirs en place qui appréhendent ces échéances électorales pour des raisons bien évidentes, car la flamme électorale ne brûle que les mains de celui qui se trouve au four et au moulin !

En termes plus prosaïques, c’est quand on est aux affaires qu’on est le plus exposé aux humeurs des électeurs ! Ces appréhensions normales se maté- rialisent souvent par toute une batterie d’attitudes visant à retarder au maximum ces échéances fatales : on reporte, on ne donne pas suffisamment de moyens à la CENI locale pour bien fonctionner, on bâcle volontairement le recensement, bref c’est l’empire de la mauvaise foi politique. Or, si les élections doivent avoir des hérauts, ce sont bien les opposants politiques rongés par de longues années d’opposition et qui rêvent, par conséquent, de parvenir enfin à la lumière. Mais que constatons-nous au Niger ?

L’ARDR censée être l’alternative électorale de 2016 refuse d’enfiler cette robe ! Mais pourquoi diable la logique habituelle ne fonctionne point chez nous ? A-t-elle trouvé une autre voie pour accéder au pouvoir sans passer par la case démocratique, c’est- à-dire les élections ? En tout état de cause, l’attitude actuelle de l’ARDR est sujette à caution (Lire à ce sujet l’article ‘’ARDR : un regroupement de démocrates ou de simples putschistes ?’’ ). En fait, les malheurs et les appréhensions de l’ARDR face aux élections pourraient bien se comprendre objectivement.

En effet, les principaux animateurs de cette alliance ne pourraient jamais bénéficier d’une quelconque virginité politique auprès des électeurs nigériens afin d’amener ceux-ci à croire qu’ils sont meilleurs que les gouvernants actuels. Tous, à un moment ou à un autre, ont eu à assumer de hautes responsabilités dans ce pays et les traces de leur passage aux affaires sont bien la vivace preuve de leur incompétence managériale et politique. Nos concitoyens les connaissent tous pour les avoir pratiqués au quotidien dans leur chair et dans leur âme.

Ils n’ont jamais été porteurs d’une vision politique cohérente s’articulant autour de thèmes forts importants pour donner des solutions à la problématique de développement qui se pose avec acuité au Niger. A un moment de leur parcours, ces gens ont tout simplement bénéficié d’un hasardeux concours de circonstances qui les avait amenés à ramer dans le sens du courant de l’histoire. Tellement imbus de leurs petites personnes, ils ont fini par croire que tout autres qu’eux à la tête du pays constitue un avatar, un accident qu’il faudrait vite corriger.

Pour ces ‘’démiurges du Sahel’’, habités par ce complexe sans raisons valables, ils finissent par succomber aux charmes destructeurs de la vanité humaine qui leur fait croire qu’ils sont naturellement prédestinés à toujours jouer les premiers rôles dans la société. Leur malheur est d’être restés fermés aux mutations sociologiques et sociétales qu’aveugles ils n’ont point vu venir, pour s’être refugiés dans un conservatisme béat en totale rupture avec le monde présent. Le Niger de 2015 est à tous points de vue, totalement différent du Niger des années 90 et début 2000.

Beaucoup, beaucoup d’eau ont bien coulé sous le ponts Kennedy et comment ne s’en sont-ils pas rendu compte ? En réalité, l’ARDR est bel et bien consciente de ses faiblesses et de ses insuffisances, et c’est pourquoi elle tente de les masquer par des faux-fuyants, des artifices trompeurs et surtout autres manœuvres dilatoires pour justifier et tenter d’explique l’inexplicable. Jetez simplement un coup d’œil ne serait-ce que furtif sur les formations politiques qu’ils dirigent et vous constaterez certainement que ni la quiétude, ni l’unité et encore moins la cohésion ne semblent les habiter.

Du morceau de MNSD de Seini en passant par le SDF, président du COSMO (Comité de Soutien à Mahamane Ousmane) Mahamane Ousmane, pour finir avec Kay na turay, Hama Amadou, l’on se rend compte que les troupes de l’ARDR ne sont pas, visiblement, en ordre de bataille. Or pour aller à des élections et espérer les remporter, il faudrait plus d’unité et de cohésion et non des lambeaux qui peuvent être charriés par les moindres torrents. Voilà donc l’état des lieux catastrophiques dans lequel végètent les partis de l’ARDR face au rouleau compresseur de la MRN prête à défendre son éloquent bilan de renaissance du Niger. Mais qui sera face au candidat de la MRN en 2016 dans ce cas ?

Les différents scénarii

Ne dit-on pas souvent que les absents ont toujours tort ? Pour éviter cet adage, les animateurs de l’ARDR n’ont guère chômé en imagination afin de ne pas laisser la voie libre au candidat de la MRN malgré son bilan flatteur. Ainsi, plusieurs scénarii ont été identifiés pour ne pas faire le vide en 2016 du côté de l’ARDR. Le premier scénario tournerait autour de la personnalité de l’ancien président, Tandja Mamadou. Pour les stratèges de ce scénario, l’ancien président aurait l’avantage de faire, à peu de frais, l’unanimité au sein des militants de l’ensemble de l’ARDR.

Les tenants de cette ligne sont tout simplement des nostalgiques d’un passé encore récent que nos compatriotes voudraient, à jamais, refouler dans leur subconscient, tellement cette période fut noire et signe annonciateur du dé- clin du Niger dans tous les domaines. Il faudrait casser ici ce mythe sciemment élaboré autour de la personnalité de Tandja Mamadou, à tel point que si cet homme n’avait jamais accédé à la magistrature suprême, très certainement, les militants MNSD lui auraient érigé un piédestal pour l’immortaliser en regrettant que le Niger fût passé à côté de quelque chose de grandiose avec sa présidence !

Heureusement, Dieu faisant toujours bien les choses, Tandja Mamadou était arrivé bel et bien aux affaires et y avait passé une décennie. Son bilan à la tête de l’Etat fut tellement maigre qu’il avait été obligé de quémander ‘’trais années de bonus ‘’ pour rattraper une décennie de dormition (dix ans de kouana ou djirbi, ou enfin de sommeil ) Pendant cette décennie de règne, nous avions tous été témoins des limites intellectuelles de celui qui se nommait le ‘’goni’’ (connaisseur) du Niger.

Aujourd’hui, Tandja ne peut faire rêver personne au Niger, surtout affublé d’un âge canonique qui ne lui permet plus d’avoir un brin de lucidité, en dehors, bien sûr, de quelques passéistes comme de pauvres hères comme les Ali Sabo et autres. Une autre grande inconnue de ce scé- nario d’aventure résiderait dans la réponse des trois principaux leaders de l’ARDR face à cette option. Le deuxième cas de figure envisagé par certains stratèges de l’ARDR, consisterait à présenter Mahamane Ousmane aux élections présidentielles 2016 sous les couleurs du Lumana FA.

En effet, Hama Amadou et Mahamane Ousmane ont aujourd’hui en commun un destin politique tragique. Le premier semble définitivement out pour les élections présidentielles de 2016 pour les raisons que l’on sait, tandis que le second est privé de son habituel moyen de transport qu’est la CDS/ Rahama dont il a perdu la direction au profit d’Abdou Labo. Face à une tragédie commune, les âmes sont souvent enclines à se rapprocher et à s’unir dans le malheur.

Eh bien, le malheur semble faire son œuvre, car depuis un certain temps, certains partisans de Hama Amadou, réalistes, seraient allés trouver Mahamane Ousmane pour lui proposer, comme les chances de leur poulain diminuent de jour en jour, de porter les couleurs du Lumana/FA aux élections présidentielles de 2016. Pour les élections législatives, les partisans de Hama Amadou proposeraient que chacune des deux parties appuie la liste de députation de l’autre dans ses fiefs électoraux. Ainsi d’après ce schéma, Lumana ne présenterait pas de liste dans la région de Zinder et demanderait à ses militants de la région de voter la liste de Mahamane Ousmane.

Idem pour Nafarko à Niamey, Tillabéry et Dosso, fiefs traditionnels du Lumana, qui appellerait ses partisans à voter les listes Lumana dans ces trois localités. Pour les quatre régions restantes (Agadez Tahoua, Maradi et Diffa), chaque partie se débrouillerait seule. Les auteurs lumanistes de ces propositions seraient parvenus à la conclusion que les carottes seraient définitivement cuites pour Hama Amadou dans la course pour le fauteuil présidentiel en 2016, et dans un souci de pragmatisme politique, il vaudrait mieux trouver une solution à moyen terme pour garder en vie leur parti.

Pour ces lumanistes, il vaudrait mieux accepter le leadership de Nafarko que celui de Seini Oumarou dont ils n’ont jamais oublié la trahison à l’endroit de leur mentor. Evidemment, Mahamane Ousmane aurait été enchanté par cette proposition, lui qui rêve de reconquérir la présidence après l’avoir perdue en janvier 96. Cependant, pour nous autres observateurs, on peut s’interroger sur la pertinence de ce mariage de raison d’autant plus qu’il est très difficile pour le moment de connaître le vrai poids électoral d’un Mahamane Ousmane en dehors de la CDS qui l’a plus fait qu’il ne l’a faite, même à Zinder, sa région natale, a fortiori dans les autres circonscriptions électorales du pays où la CDS a pratiquement disparu.

C’est conscient de sa dépendance vitale vis-à- vis de la CDS que Nafarko aura tout déployé pour conserver la direction de ce parti historique. On peut légitimement se demander si le reliquat des militants CDS qui lui soient restés fidèles accepterait de l’accompagner dans cette nouvelle aventure vouée d’avance à l’échec. C’est donc cette grande inconnue  l’équation personnelle de Nafarko  qui enlèverait, en fin de compte, toute pertinence et toute crédibilité à ce mariage forcé ! !

Le troisième et dernier cas de figure serait de se regrouper derrière le courant d’air, l’image subliminale d’un Seini Oumarou reconverti en ‘’insulteur public N° 1’’ ! Mais de cela, comme de la réponse de Hama pour faire de Ousmane ‘’président’’, nous y reviendrons dans notre prochaine parution.

ZAK

OPINIONS N° 264 DU 07 JUILLET 2015

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