Emoi dans le milieu médiatique et le microcosme politique. Par la magie des medias dotés d’une grande capacité d’amplification, le départ d’un ambassadeur de France, à la mi-juillet, est devenu un événement.

C’est vrai que M. Antoine Anfré était ambassadeur de France, et cela a son importance. C’est vrai aussi qu’il n’avait que 15 mois de fonctions à Niamey (sur les 36 règlementaires), et cela peut susciter des questions. Mais de là à en parler comme si un tel phénomène se produisait pour la première fois dans le monde, il y a quelque part une réelle volonté de manipulation. Tout se passe comme si les acteurs de medias et les hommes politiques qui se sont saisis de cette affaire veulent trouver des nuages (et même des orages) dans les relations franco-nigériennes. Le lien qui est fait avec les futures élections au Niger n’est pas fortuit : le départ de l’ambassadeur de France, que l’on dit basé sur des divergences de vues avec les autorités sur le processus électoral, apporte de l’eau au moulin de l’opposition politique, qui a déjà émis des doutes sur la transparence et la sincérité des scrutins  à venir.

Comme dans tout plan, tout s’enchaîne…

Mais revenons donc au départ d‘Anfré. Tout le monde sait qu’un ambassadeur n’est remplacé et ne quitte ses fonctions que selon des règles conventionnelles bien déterminées, et respectées par tous les Etats. Or, s’agissant de l’affaire qui nous concerne, la nouvelle est  venue non pas du Quai d’Orsay, de Matignon ou de l’Elysée, mais d’un site Web (Mondafrique), dont on connaît les opinions tendancieuses sur le Niger et surtout l’aversion envers les Autorités de Niamey. C’est l’une des tribunes préférées et toujours ouverte pour l’un des principaux opposants au Président Issoufou, qui a pour signes distinctifs le refus de répondre à la justice de son pays et l’ambition quand même d’en être le futur président. Après donc que Mondafrique eût  lâché l’information, celle-ci est largement relayée par les medias locaux, les partis de l’opposition et les réseaux sociaux. La chose est présentée comme gravissime, extraordinaire. Or, il n’y a rien d’extraordinaire.

Il y a quelques années, et pour ne citer que des exemples bien connus, un autre ambassadeur de France et une ambassadrice d’Allemagne avaient vu leur mandat écourté. Parmi tous ceux qui s’agitent aujourd’hui, qui s’en était vraiment ému ? De plus, dans tout ce qui est dit et  écrit à propos du départ d’Anfré, a-t-on seulement entendu celui-ci ? Ni lui, ni son gouvernement, ni le gouvernement du Niger, ne se s’étaient quand les medias nationaux et internationaux se sont mis à gloser sur l’affaire Anfré, assumant seuls la responsabilité de prêter aux Autorités nigériennes et françaises et au diplomate français des propos qu’ils n’ont jamais tenus et des actes jamais qu’ils n’ont jamais posés. Ils assument seuls la responsabilité de spéculer de manière oiseuse, non fondée, sur la transparence et l’honnêteté des futures élections.

Les Gouvernements du Niger et de France, et l’Ambassadeur Anfré ont le dos large, pour recueillir toutes les affabulations, encaisser tous les mensonges, supporter toutes les manipulations et intoxications par medias interposés. Pour tout dire, eux font la politique autrement. De la belle manière…

Maï Riga (Le Républicain, 23 juillet 2015)