Parlant des vertus du silence, Confucius a dit que : « Le silence est un ami qui ne trahit jamais ». Cela est absolument une recette de vie. Nos paroles nous trahissent souvent ou nous attirent des ennuis non désirés.

Toutefois, les hommes de medias ont horreur du silence. Et en l’espèce, « l’assourdissant silence » des avocats de la défense dans l’affaire des bébés importés, après le verdict de la Cour d’appel, intrigue plus d’un journaliste. Est-ce une stratégie de défense ? Est-ce que vrai que ce silence est observé à la demande du bâtonnier comme l’aurait confié Me Mossi ?

L’un dans l’autre, il y a, sans doute, pour la presse et l’opinion en général un goût d’inachevé et ce, d’autant que cela est inhabituel de la part des avocats de la défense et notamment ceux de Hama Amadou. En effet, cette fois-ci au moins les Me Mossi ont perdu leur habitude de croustillants et inquisiteurs commentaires, avant et après chacun « match » dans ce dossier devenu par la force des circonstances un véritable « labyrinthe judiciaire ».

A notre question de savoir si règlementairement le bâtonnier est habilité à empêcher aux avocats de commenter une décision de justice, un juriste nous confie que non. Toutefois, selon l’expert, il peut le faire en son nom personnel en fonction des circonstances ou affinités avec ses collègues mais il n’a pas ce pouvoir d’interdire à la défense d’interpréter un verdict.

Tout de même, ce juriste contacté par nos soins, pense à propos de l’attitude taciturne de la défense, qu’il s’agit plutôt d’une stratégie de la défense des avocats. Car, nous confie-t-il : « Parfois, ça peut être une nouvelle stratégie de défense en évitant les médias pour empêcher d’exercer une pression sur le juge, surtout ce que celui-ci c’était déjà déclaré incompétent, c’est dire qu’il sera délicat de laisser filtrer une information à la presse qui risquerait de tout bouleverser ».

Tout laisse à croire que ce point de vue de notre émérite est plus pertinent dans la compréhension de cette actualité. Et cela est d’autant intelligible dans la perspective d’un pourvoi en cassation. En effet, avec cette option rien n’est encore joué. A en croire notre jurisconsulte : « Ils ont fait appel de la décision de la Cour d’appel au niveau de la juridiction suprême : la cour de cassation. La décision de celle-ci n’est susceptible d’aucun recours. C’est dire que tout est suspendu à la décision de la Cour de cassation qui est la plus haute instance en matière judiciaire. Elle se basera uniquement sur le droit et non sur les faits pour dire si la cour d’appel a bien dit le droit. De sa décision, se dégage alors deux conséquences : la 1ere si elle confirme la décision de la cour d’appel, ils seront obligés de revenir devant le juge correctionnel (le premier juge qui s’est déclaré incompétent) pour y être jugés ; la 2ème : dans le cas d’une infirmation de la décision de la Cour d’appel, c’est la décision du juge correctionnel qui va prévaloir, les poursuites pénales seront alors suspendues au profit de la juridiction civile qui statuera sur la maternité des enfants. »

Et ce processus pourrait prendre du temps. La seconde option donne par conséquent à certaines personnes en cause comme Hama Amadou « l’opportunité politique » de poursuivre leur combat.
A notre question de savoir quel pourrait être le mode opératoire du juge civil pour rétablir la maternité des enfants, notre interlocuteur répondit : «celui-ci peut procéder par tous les moyens légaux pour déterminer la maternité y compris le test ADN. Toutefois, le blocage c’est qu’en réalité, les textes nigériens ne prévoient pas de recours au test ADN et même dans les pays où il est autorisé, c’est avec le consentement de la personne concernée ».

Cependant, quel que soit alpha, le jugement au civil débouchera nécessairement sur les cas de figure suivants : « En réalité, la défense se forme autour de la suspension des poursuites pénales (ce qui garantira une opportunité politique à certains inculpés). Mais la procédure civile suivra son cours et le pénal restera suspendu à la décision du juge civil. Si ce dernier reconnait la maternité aux femmes en cause, là les poursuites pénales seront de facto abandonnées définitivement, dans le cas contraire, le juge pénal reprendra la procédure jusqu’au jugement ».

Au regard, de tout ce qui précède, on comprend aisément la stratégie du silence adoptée par la défense. Et ce, quand on sait les préjudices antérieurs provoqués par certaines interventions évasives et contre productives de certains avocats de la défense, on peut considérer cette que l’Autre partie du procès a su tirer les leçons du passé par précaution.

On le voit, de proche en proche, ce puzzle judiciaire a encore de beaux jours devant lui. Il faut juste savoir donner le temps au temps et surtout laisser la justice faire son travail. L’attitude de mauvais perdant débouchant sur des actions de désespoir est à bannir.

Nous disons cela au regard de certaines informations qui circulent sur les réseaux sociaux qui laissent croire pour certains que le verdict de la Cour d’appel en vaut un jugement définitif. Certes, la démocratie est difficile puisqu’elle consacre ce sacerdoce que sont la contradiction et l’adversité. Mais tout cela doit être géré et vécu par tous et chacun dans un esprit apaisé dans le respect des lois et règlements de la République.

Les uns et les autres doivent se faire violence pour admettre que quoi qu’on dise la justice nigérienne fait montre de dignité et d’indépendance. Sous ce régime comme bien d’autres, nos juges ont eu le courage de rendre les décisions tantôt favorables au pouvoir tantôt à l’opposition. Et si tant est que le pouvoir en place a la latitude de forcer la main aux juges, on n’aurait pas assisté à de revers judiciaires cinglants à l’encontre du régime en place sur des dossiers on ne peut plus hyper politiques.

N’est-ce pas vrai, ce trait d’esprit de Friedrich Nietzsche : « Parfois, les gens ne veulent pas entendre la vérité, parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions se détruisent. » ?

Elh. Mahamadou Souleymane