Maître Bachir est un juriste. Libre penseur et très prolixe, aux allures d’un « think tank » sur les réseaux sociaux, ce jeune nigérien est très engagé sur le terrain du droit et les dynamiques sociales. Ne ménageant ni pouvoir ni opposition, avec un style incisif et même parfois iconoclaste, cet avocat aime bien s’inviter à tous les débats. A tous les combats. Aussitôt, apprend-t-il que l’opposition ARDR récuse la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), il a cogité cette réflexion que Niger Inter publie ici. Ce coup de gueule se veut un appelle citoyen à l’endroit de la classe politique à se reprendre et à l’endroit des citoyens à s’assumer. Ce billet de Maitre Bachir doit être médité à juste titre car cette attitude de l’ARDR frise la démission et l’irresponsabilité à son paroxysme.

L’attitude de l’opposition politique nigérienne, risquerait fort, d’avoir des conséquences fâcheuses sur sa politique. Je la résumerais en quelques mots : sous prétexte de changer la société, elle met le Niger en pièces, sous prétexte de préserver les acquis démocratiques, elle met en péril la crédibilité souhaitée des élections, et, sous prétexte de lutte politique, elle nous fait chavirer dans l’abime.

A vous, mes concitoyens, épris de paix, de justice et de démocratie, je dirais autre chose :
Ce qui se passe doucereusement, sournoisement, aujourd’hui au Niger, est redoutable.
Je connais des vrais opposants qui sont des humanistes et des hommes d’Etat : de Djibo Bakari à Moumouni Adamou Djermakoye, (Paix à leurs âmes). Ce sont des véritables démocrates, des opposants politiques avec lesquels on peut traiter et agir, tant leur objectif est l’intérêt supérieur de la nation. Maintenant, il se passe autre chose au Niger.

Le pouvoir est livré au parti socialiste, parti despotique et de subversion, qui s’infiltre dans tout l’appareil de l’Etat et à tous les niveaux.

Mais l’opposition politique ne semble présenter aucune alternative, pire, elle inquiète par son comportement désormais stigmatisant et infamant. La mécanique implacable de l’opposition, dans sa lutte pour la conquête du pouvoir a tout broyé de la discipline et de la tolérance sociales. Et ce sont leurs victimes pantelantes que l’on a ensevelies.

S’il est vrai que le pouvoir est livré à un parti socialiste irrationnel, incompétent et dogmatique, ou si ce parti est essentiellement marxiste, composé de fonctionnaires, qui, pour la plupart, vivent les yeux fixés sur leur idéologie et leurs intérêts corporatifs, conduit par d’irréelles obsessions théoriques, ignorants du Niger et ignorant le Niger ; il est aussi vrai que jamais nous n’avons eu une opposition politique avec autant d’œillères, plus étrangers aux Nigériens. C’est une opposition anarchiste et presque « Tazartchiste » pour beaucoup de ses membres qui, par la volonté et la duplicité des uns, la faiblesse des autres, l’inconscience de tous, nous conduit insensiblement à la destruction de notre société de liberté (ou de ce qui en reste), sur les décombres de laquelle peut se construire une véritable démocratie populaire, avec des garanties d’une bonne tenue des élections, sans contestations aucune.

La politique ne doit pas diviser, mais rassembler, elle ne doit pas séparer mais réconcilier, elle ne doit pas non plus détruire mais construire. Voilà, à mon humble avis, ce que devrait être, le credo d’une opposition qui se propose comme alternative à un pouvoir de plus en plus impopulaire.

Aux Nigériens épris de justice sociale et animé d’une flamme patriotique, il faut garder à l’esprit qu’à l’allure où semble aller les choses, peut surgir devant nous une situation proche de la légitime défense. Que l’esprit et la lettre de la Constitution viennent à ne plus être respecté de part et d’autre, au risque de mener à une incessante crise politique, il nous faut alors nous assumer pour la faire respecter car la démocratie exige toujours des défenseurs de la cause citoyenne.

Ouvrons donc les yeux et regardons !
Déjà la République n’est plus républicaine
La constitution n’est plus séduisante dans les cercles politiques. Pourtant, c’est sur elle que nous voyons des orages menaçants : viol en réunion, tripatouillage, filtrage, interprétations tendancieuses et laconiques, tous sont adoptés les uns après les autres.

Et n’échange que reçois le peuple ? Rien, ou plutôt moins que rien : la décadence économique, la rupture sociale et le déclin politique. Le désastre et les menaces que nous font subir les politiques actuelles, je les énumère avec angoisse et tristesse.

J’aurais préféré vous entretenir des espoirs que peut nourrir notre pays, et je l’ai souvent fait en évoquant son avenir et toutes les rudes épreuves qu’il a parfois dû surmonter.

Mais pour nous libérer, nous devrons d’abord être conscients de la véritable nature de notre mal, de ses causes et des grands dangers qu’il nous fait courir. Nous devons parer au plus pressé, lutter contre lui. Il nous faut bien le connaître pour mieux l’encercler et mieux préparer aussi les temps qui lui succéderont.

Il nous faut bien le comprendre, car il ne s‘agit pas seulement des erreurs d’un homme, mais avant tout de celles d’un système et d’une idéologie.
Et il serait bien inutile, le jour venu, de remplacer un pouvoir impertinent par une opposition insouciante, irréaliste, désorganisée et prétentieuse.

Alors arrêtez !
Arrêtez de jongler avec le Niger
Arrêtez avant qu’il ne soit trop tard votre travail de sape,
Respectez la volonté du peuple exprimée dans sa Constitution et organisez des élections libres, transparentes et acceptées de tous. Ce n’est pas l’élection d’un candidat qui nous fera jubiler, mais assurément, la préservation du cadre démocratique qui est le système politique qui émane directement du choix du peuple nigérien.

Chers amis politiques de tous bords, Sachez que la tenue de ces élections dans les formes et délai constitutionnels n’est pas une condition négociable et la viabilité de notre système démocratique est désormais un impératif à prendre en compte.
Alors Attention à l’effet boomerang!

Maître Bachir, Doctorant enseignant à l’université de Toulon, France