Celui qui aime le Ramadan se dit: oh que c’est rapide! Déjà deux décades passées ou perdues! Qu’est-ce que j’ai fait de bon dans ces deux décades passées et comment agir pour mieux faire dans le reste du mois? Ou comment faire pour conserver mon élan de départ jusqu’à la fin du mois? Ou Comment me rattraper avant qu’il ne soit trop tard?

Celui qui n’aime pas le Ramadan se dit: oh que c’est lent! On n’a eu que deux décades! Il reste encore toute une décade! Est-ce que je peux tenir jusqu’au bout, c’est dur! Mon corps s’affaiblit, mon poids a diminué… Comment faire pour supporter ce calvaire jusqu’à la fin?

Voilà les monologues de celui qui aime le Ramadan et de celui qui n’aime pas le Ramadan. C’est totalement opposé et cela est dû à la compréhension que chacun a du mois de Ramadan. Le premier considère le Ramadan comme une occasion d’or pour se reformer sur tous les plans, pour augmenter ses bonnes œuvres, pour diminuer ses fautes et péchés et pour se rapprocher de son Seigneur et renforcer le contact avec Lui…

Au contraire, le second considère le Ramadan comme une prison qui l’empêche tous ses plaisirs, qui affaiblit son corps, diminue son poids et le contraint à faire certaines adorations malgré lui…
Oui, voilà deux décades déjà écoulées, nous serons bientôt dans la dernière décade parmi les trois décades principales qui composent le mois béni de Ramadan. Ce dernier est comme un régime médical spirituel auquel le Seigneur Très Haut soumet Ses serviteurs durant un mois.

Nous sommes aujourd’hui à la porte de la dernière décade de l’observation de ce régime.
– Avons-nous alors constaté un changement ou des changements positifs dans notre état spirituel?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à augmenter notre piété dont l’obtention constitue l’objectif principal du jeûne?

– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à augmenter nos bonnes œuvres?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à abandonner même temporairement certains péchés et mauvaises habitudes?

– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à entreprendre certaines activités ou adorations qui ont rendu notre Ramadan positivement différent des Ramadans précédents? Ou bien c’est la routine annuelle qui continue?

– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à purifier nos cœurs et nos œuvres de toute ostentation et hypocrisie?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à décanter nos cœurs de toute haine à l’égard des musulmans?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à penser à nos frères qui sont dans le besoin de notre aide morale, physique et financière?

– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à nous familiariser avec le Saint Coran et les adorations?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à renforcer notre contact avec Allah soubhanahou wa taala?
– Est-ce que les deux premières décades nous ont aidés à aimer davantage Allah soubhanahou wa taala, Son Saint Livre, Son Messager Mouhammad çallallahou alaihi wa sallam et Ses serviteurs soumis?…
Autant des questions auxquelles nous devons répondre correctement et sincèrement pour savoir si le Ramadan exerce ou non un impact sur nous.

Ce qui est dramatique c’est que même pendant ce mois de retour à Dieu et de réconciliation avec Dieu et avec Ses serviteurs, nous trouvons encore des musulmans qui haïssent d’autres musulmans, d’autres frères et sœurs, d’autres compatriotes, pour des considérations toutes bidonnes les unes que les autres telles les considérations politiques, tribales, raciales, associatives, voire des considérations de goût et de forme…

– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas aimer nos frères et sœurs en Islam et nos compatriotes, quand est-ce que nous pourrons alors les aimer?
– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas pardonner à nos frères et sœurs en Islam et à nos compatriotes, quand est-ce que nous pourrons alors leur pardonner?

– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas faire l’unité avec nos frères et sœurs en Islam et nos compatriotes, quand est-ce que nous pourrons alors le faire?
– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas cesser de calomnier et de critiquer nos frères et sœurs en Islam et nos compatriotes, quand est-ce que nous cesserons de le faire?
– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas maîtriser nos passions et nos désirs interdits, quand est-ce que nous pourrons le faire?

– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas avoir la victoire sur notre âme et sur Satan, quand est-ce que nous pourrons l’avoir?
– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas penser à nos frères les besogneux, quand est-ce que nous pourrons le faire?

– Si pendant le mois de Ramadan, nous ne pouvons pas faire preuve de générosité, de miséricorde et de compassion à l’égard de l’Humanité, quand est-ce que nous pourrons le faire?
Si rien de tout cela n’a pas été fait encore, eh bien ne désespérez pas car vous avez encore la plus belle et la plus importante occasion de vous rattraper pendant le reste du mois surtout dans la dernière décade de Ramadan.

Chers frères et sœurs en Islam, faites votre propre bilan et votre autocritique!
– Faites votre compte vous-mêmes avant qu’on ne le fasse pour vous!
– Pesez vous-mêmes vos actions avant qu’on ne le fasse pour vous!
– Jugez-vous, vous-mêmes avant qu’on ne vous juge!

– Considérez de près votre responsabilité dans la division des musulmans et des compatriotes par le biais de vos agissements, de vos considérations et de vos instructions que vous donnez aux autres! Chaque musulman ou groupe de musulmans s’est transformé aujourd’hui en une instance islamique qui émet des fatwas décrétant l’appartenance ou l’exclusion des individus du cercle de l’Islam et ce, pour avoir lu quelques livres sur l’Islam. Ils disent ainsi -par leurs comportements- à la société et à l’Etat qu’ils sont en train de perdre leur temps et leur argent en créant des écoles et en engageant des enseignants puisqu’il suffit de lire un livre sur l’Islam pour devenir savant voire Imâm comme il suffit de lire un livre sur la médecine pour devenir médecin qui érige là où il veut sa clinique médicale pour achever les malades.

Chers frères et sœurs en Islam, rappelez-vous ce que votre Seigneur a dit:
وَاعْتَصِمُوا بِحَبْلِ اللَّهِ جَمِيعًا وَلَا تَفَرَّقُوا
«Et cramponnez-vous tous ensemble au câble (Qour’ân) d’Allah et ne soyez pas divisés». Sourate 3, verset 103.
Et rappelez-vous aussi ce que le Prophète çallallahou alaihi wa sallam a dit et qui est valable en tout temps et en tout lieu:

المسلم من سلِم المسلمون من لسانه و يده
«Le musulman est celui dont les autres musulmans sont à l’abri du mal de sa langue et de sa main».والذي نفسي بيده ،لا تدخلوا الجنة حتى تؤمنوا و لا تؤمنوا حتى تحابوا أولا أدلكم على شيء إذا فعلتموه تحاببتم؟ أفشوا السلام بينكم
«Je jure par Celui dans la Main de qui se trouve mon âme, vous n’entrerez pas au Paradis jusqu’à ce que vous ayez la foi et vous n’aurez la foi jusqu’à ce que vous vous aimiez! Voulez-vous que je vous indique quelque chose qui vous permet de vous aimer mutuellement: « Répandez la paix entre vous »». Rapporté par Mouslim.
Beaucoup de musulmans me diront qu’ils connaissent bien ce verset et ces Hadîs mais qu’ils se rappellent qu’en Islam, la connaissance théorique ne sert à rien, au contraire c’est un argument contre son détenteur jusqu’à ce qu’il la mette en application.

Je regrette profondément de vous dire la triste réalité suivante:
«Le malheur de la Oummah Islamique ne réside pas dans son manque des intelligences ou des richesses et des potentialités mais dans ses leaders politiques et religieux qui ne s’aiment pas localement et internationalement (pour ne pas dire qu’ils se haïssent) et qui incitent leurs partisans et leurs disciples à la haine, à la division, au rejet et à la négation des efforts des autres et à l’exclusion de leurs personnes. Et tant que ces têtes politiques et religieuses ne feront pas l’unité au plus haut sommet, il n’y a aucun espoir pour les musulmans d’être unis et soudés un jour pour pouvoir travailler ensemble et faire développer et progresser la Oummah localement et dans son ensemble!».

Et je termine en disant comme le croyant de la famille de Pharaon:
فَسَتَذْكُرُونَ مَا أَقُولُ لَكُمْ وَأُفَوِّضُ أَمْرِي إِلَى اللَّهِ إِنَّ اللَّهَ بَصِيرٌ بِالْعِبَادِ
«Bientôt vous vous rappellerez ce que vous-je dis; et je confie mon sort à Allah. Allah est certes, Clairvoyant sur les serviteurs». Sourate 40, verset 44.

Cheikh Boureima Abdou Daouda