Décidément, les choses ne s’arrangent pas pour Mahamane Ousmane, après avoir perdu la direction de la CDS/Rahama pour devenir un simple SDF politique, ou si vous voulez, un objet politique non identifié (OPNI), il devra faire face, dans les prochains jours, à ses anciens morts camouflés dans ses placards présidentiels.

En effet, comme vous le savez, la célèbre affaire Taïwan, celle qui aura dura- blement plombé notre démocratie naissante au début de la décennie  90, vient de refaire surface à l’occasion de multiples procès intentés par l’ancienne Ile de Formose contre le Niger pour le remboursement de deux prêts de 50 et 10 millions de dollars US accordés à notre pays en échange de la reconnaissance de Taïwan. Le premier prêt de 50 millions $ avait été contracté en 1992 par le gouvernement de Transition post-Conférence National dirigé par le Premier Ministre Cheiffou Amadou. Ce prêt avait été d’ailleurs immortalisé dans l’esprit collectif par le fameux cri de détresse émis par Bazoum Mohamed, Ministre des Affaires étrangères, au cours d’un débat télévisé sur le bien- fondé de ce prêt, « Taïwan ou le chaos », allusion faite à la situation économique et financière du pays au sortir d’une conférence nationale harassante ayant plongé l’économie dans une profonde léthargie, au point où l’Etat n’arrivait plus à faire face à ses dépenses de souveraineté que sont les salaires des fonctionnaires, les pensions et le fonctionnement courant des administrations publiques.

Cette manne taïwanaise aux allures providentielles s’annonçait donc comme une véritable bouffée d’oxygène pour le Niger de cette époque au bord du défaut de paiement, car l’aide publique internationale s’étant raréfiée pendant cette période noire du pays. Il faut connaître la géopolitique mondiale de cette époque pour comprendre les circonstances et les motivations généreuses de la République de Chine (Taïwan) qui ambitionnait d’étendre sa zone d’influence en Afrique subsaharienne pour y supplanter sa grande rivale, à savoir la République Populaire de Chine. Ce prêt de 50 millions $ était assorti d’une seule conditionnalité : la reconnaissance de Taïwan au grand dam de l’empire du soleil couchant ! Quant au second prêt de 10 millions $, il avait été contracté en juin 1994 par le président Mahamane Ousmane, et non en 1993 comme l’avait laissé entendre le Secrétaire Général du Gouvernement (SGG), Gandou Zakara, lors des renégociations récentes entre les parties nigérienne et taïwanaise en vue d’un règlement consensuel du litige. Mais si le premier prêt de 50 millions $ avait eu une existence officielle, car ayant été ratifié par le Haut Conseil de la République tenant lieu d’organe législatif à cette époque, en revanche, le second prêt de 10 millions n’a cependant pas connu le même sort pour des raisons que nous développerons après la genèse de ces deux prêts.

Malheureusement pour le Niger et pour les autorités politiques qui étaient trempées, ces deux créances ne seraient jamais devenues exigibles si le régime du Renouveau Démocratique du général Baré, isolé sur le plan international pour le hold-up électoral que l’on sait, n’avait renoué les liens diplomatiques entre le Niger et la République Populaire de Chine en 1997. Naturellement et légitimement, l’Etat de Taïwan exigea, illico presto, le paiement des sommes dues par l’Etat du Niger pour avoir rompu le contrat de façon unilatérale. En voilà pour la genèse de ces deux prêts !

La partition en solo de Mahamane pour le prêt de 10 millions de $

Lorsque l’ambassadeur de la République Populaire de Chine faisait ses valises pour quitter notre pays en 1992 après que les autorités de la Transition post-Conférence Nationale eurent pris la surprenante décision de reconnaitre Taiwan, Mahamane Ousmane accompagné d’un membre influent de la CDS de l’époque était la dernière personne à avoir rencontré le diplomate chi- nois et l’avait même accompagné à l’aéroport ! Dans la salle d’embar- quement, le président de la CDS fit alors une confidence au diplomate chinois en lui promettant que s’il était élu président lors des élections censées sanctionner la transition, il rétablirait très vite les relations diplomatiques du Niger avec la République Populaire de Chine. Eh bien, Dieu merci, Nafarko fut effectivement élu, et la première décision qu’il prît était de se rendre très vite à… Taiwan !

Auparavant, c’était le président de l’Assemblée Nationale, Feu Moumouni Djermakoye Adamou (Paix à son âme), qui avait émis le vœu de se rendre sur l’île de Formose.  Malheureusement  pour  le PAN, cette décision avait heurté les susceptibilités au sein de l’AFC, et finalement, devant toutes ces réticences,  y  compris  de  la  part  de Mahamane Ousmane, le sage PF y renonça. Mais à la surprise générale,  Mahamane  Ousmane  alias Nafarko qui caressait le rêve d’aller y faire un tour, franchit le rubicond un jour de l’an 1994. Reçu une première fois en audience par le Président Taiwanais en tête à tête, en l’absence de tout membre de sa délégation, excepté un interprète, Nafarko avait reçu, généreusement, de son interlocuteur la rondelette somme de deux milliards de nos francs à titre de fonds politiques, selon sa version. Visiblement, non satisfait de ce montant, il demanda à son tour un prêt comme cela avait été le cas pour Cheiffou Amadou un an plus tôt. Il obtint alors pour ce prêt la coquette somme de 10 millions de dollars US. Il faut souligner au passage que c’est lui-même le président Ousmane qui y avait apposé sa signature au bas de la convention, et pourtant le Ministre des Affaires Etrangères de l’époque, Abdrouhamane Hama, faisait partie de la délégation présidentielle ! Ce fut donc Nafarko qui empocha le chèque sans qu’aucun membre de sa délégation n’en eût été informé. Ici commence  les  suppositions  pour faire la traçabilité de ce magot Selon certaines sources, arrivé à Paris, Ousmane aurait disparu, momentanément, le temps de se rendre en Suisse pour déposer son chèque à la banque HSBC avant un transfert aux Etats Unis, à Oklahoma City plus précisément où il disposerait d’une modeste ‘’résidence’’ où vivrait une partie de sa famille. De retour au pays, pour couvrir son forfait, il distribua alors les deux milliards de fonds politiques obtenus à Taiwan selon une procédure inspirée du ‘’wassosso’’ (partage) : 200 millions au Parlement, 200 autres millions au gouvernement et 50 millions pour les autres institutions de la république de l’époque, avant de garder pour himself le restant du butin ! Mais des 10 millions, il ne dit mot …

Le 27 janvier 1996 donc le Colonel Baré prit le pouvoir. Quelques mois après il rompit les relations diplomatiques du Niger avec Taiwan pour renouer avec la Chine Populaire. Surprise, ce fut à ce moment que le gouvernement de Taiwan exigea le remboursement de son argent prêté à l’Etat du Niger, et au lieu de 50 millions de $ US, Eximbank déclara avoir prêté, en plus des 50 millions de $ US connus et acceptés de tous, 10 autres millions de $ US !!! Ce fut, on pouvait s’en douter, la stupeur totale au début, puis la panique complète dans les rangs de la défunte présidence de Mahamane Ousmane. Au début, le Général Baré refusa tout net de reconnaitre les 10 millions de $ supplémentaires, arguant qu’il n’y avait aucune trace de ce prêt dans les livres d’écritures comptables de l’Etat. Mieux encore, ni au Trésor, ni aux finances encore moins dans aucune banque de la place on ne pouvait trouver la preuve de l’existence de ce prêt supplémentaire. Ces fameux 10 millions de $ n’étaient pas aussi passés ni par le conseil de cabinet, ni dans un quelconque conseil des Ministres. Au niveau législatif également, il n’y avait pas de trace de projet de loi demandant l’autorisation de ratification par le Président de la république d’une convention de prêt d’un montant de 10 millions de dollars vis-à-vis de Taiwan. Sommé de rembourser les 60 millions, l’Etat du Niger était alors resté silencieux face aux multiples requêtes des autorités taïwanaises.

Finalement, de guerre lasse, Taiwan se résolut à attraire le Niger devant un tribunal commercial américain aux fins de remboursement des deux prêts. Il faut préciser que le premier prêt de 50 millions de dollars avait pour son remboursement un différé de qua- tre années, c’est-à-dire que le Niger devait commencer à rembourser en 1996, date de l’arrivée au pouvoir du Colonel Baré ! Le Niger fut donc condamné à payer aussi bien le principal que les 10 millions détournés par Nafarko et également les intérêts et autres pénalités y afférents ! Naturellement, le Niger fit appel de cette décision, mais malheureusement, même en appel, le verdict ne changea point.

Au finish, la dette nigérienne vis-à-vis de Taiwan s’élèvera à hauteur de quelques 180 millions de dollars US, en raison bien sûr des intérêts, des pénalités et autres astreintes pour non-exécution du débiteur ! Finalement, les parties nigérienne et taïwanaise trouvèrent un terrain d’entente pour solder les comptes en fin juin 2015. Au terme de ce nouvel accord, la dette du Niger est ramenée à 20 millions de dollars dont cinq millions payables immédiatement, et les quinze millions restants échelonnés selon un calendrier accepté d’un commun accord.

Voilà, chers lecteurs, la trame de la forfaiture qui avait entouré l’obtention du prêt de 10 millions de dollars US auprès de Taiwan contracté par Mahamane Ousmane alias Nafarko. Comme on le voit, sur toute la ligne, en apprenant cette histoire, tout patriote nigérien ne peut être saisi que d’une profonde colère de voir le premier magistrat du pays pris en flagrant délit de forfaiture suprême, c’est-à-dire pris la main dans le sac comme un vulgaire voleur. Mahamane Ousmane a trahi le Niger ; il a trahi ce peuple qui, par accident de l’histoire, avait fait de lui le premier magistrat du pays sans avoir su qu’il n’avait ni les vertus citoyennes et encore moins les ver- tus politiques. Aucune raison, aucun artifice ne saurait justifier que Nafarko continue de jouir des bénéfices de ce vol, c’est pourquoi il doit rendre gorge aujourd’hui en remboursant l’intégralité de la somme détournée plus les intérêts. Pour cela, son immunité présidentielle devrait être impérativement levée afin qu’il réponde de toute cette infa- mie devant la justice nigérienne. Ce ne serait ni une chasse aux sorcières, ni un règlement de comptes politiques, mais il s’agirait, tout simplement, de rendre, pour une fois, la justice, rien que la justice et toute la justice sur cette affaire afin que le commun des mortels nigériens comprenne que la loi est la même pour tous ! Des voleurs de poulets, des maraudeurs croupissent dans les geôles de nos prisons pendant des années sans procès, et il n’y a pas de raison que des voleurs en cols blancs se la coulent douce et nar- guent même les Nigériens en prési- dant  des associations politiques. Trop c’est trop !

 Zak

OPINION  N° 264 DU 07 JUILLET   2015