A  l’instar du Niger, plusieurs pays africains ont fêté ces jours-ci le 55ème anniversaire de leur indépendance. Cela fait plus d‘un demi-siècle donc, que les fils de ces pays tiennent eux-mêmes les rênes de leurs destinées, avec le sacro-saint devoir de transformer ces entités souveraines en Nations et en Etats démocratiques et prospères. Une tâche d’autant plus ardue qu’en se retirant, le colonisateur avait mis l’économie sous coupe réglée, pourri la société et semé la division dans les rangs politiques locaux. Aussi, pour les pères de l’indépendance, l’urgence était de construire l’unité nationale et un embryon de tissu industriel. Ce ne fût pas sans peine : il fallut couper des têtes et accabler d’impôts les populations. Dès les années 60 d‘ailleurs, les militaires commencèrent à utiliser les mécontentements populaires pour justifier leurs premiers putschs. Un peu partout en Afrique – surtout francophone – ils ont confisqué le pouvoir et l’ont gardé pendant des décennies.

Mais cela n’est qu’un détail, non la question essentielle. Qu’ont fait réellement les élites africaines des indépendances de leurs pays ?

Dans nombre de pays, les militaires sont encore aux commandes, ayant troqué la tenue militaire contre celle civile, et « acquis » des partis politiques pour se mettre au diapason démocratique. Mais en fait, leur but principal est la restauration autoritaire.

Entre coups d’Etat sanglants, rebellions,  guerres civiles et génocides, des pays comme le Niger, le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, le Mali, l’Ouganda, la Guinée-Conakry, la Guinée-Bissau, le Soudan (jusqu’à l’éclatement en 2 Etats), les deux Congo, l’Ethiopie, la Mauritanie, le Tchad, et le Rwanda ont payé un lourd tribut à la stabilisation. Certains, comme la RCA et le Burkina Faso, ne sont pas sortis des régimes dits de transition. D’autres, tel le Burundi, ont un pas des plus mal assurés, comme toutes les démocraties de façade.

La première décennie de souveraineté a été essentiellement celle de la construction de l’unité nationale à laquelle tenaient tant les pères de l’indépendance ; la seconde, celle du lancement des unités industrielles et de l’investissement, mais aussi des… coups d’Etat ; la troisième, celle des programmes d’ajustement structurel ; la quatrième, celle des démocratisations et la cinquième, celle des rectifications ou des consolidations.

Une course de haies, avec des obstacles, des sauts et des chutes, des trébuchements et des relèvements, tel est le parcours.

Il n’est pas besoin de rappeler, dans cette course, toutes les épreuves qu’a connues le Niger. L’important est que, heureuses ou douloureuses, elles aient contribué à nous rendre meilleurs, à nous faire mieux comprendre le fonctionnement de notre pays, nous permettant ainsi d’en actionner les bons  leviers, à bon escient, au bon moment. De mettre l’économie sur la rampe de l’émergence, et la démocratie sur les rails. De mettre en place progressivement, comme s’en félicitait il y a peu le Président Issoufou, ces institutions démocratiques et républicaines fortes et stables, seuls gages de stabilité et de progrès.

Maï Riga (Le Républicain, 6 août 2015)

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