Le coup de force au Burkina a connu un dénouement acceptable au détriment des putschistes qui, par la voix de leur chef a tiré sa révérence. Le caractère événementiel du putsch a focalisé l’opinion nationale et internationale sur le Général Diendéré, qui, selon toute vraisemblance, est une fois de plus en mission commandée.

Le recoupement des événements hors du Burkina, les motifs avancés pour faire passer la poudre aux yeux des Burkinabé semblent corroborer que Gilbert Diendéré n’est que le personnage principal d’un complot politique à l’image de ceux passés à la belle époque de la France-Afrique. Certains faits, même s’ils sont au stade de la rumeur ne sont pas gratuits.

LES MOUVEMENTS DE BLAISE

Voilà un homme que la presse a présenté comme un grand malade suite à une chute qui lui a valu une hospitalisation d’urgence au Maroc, qui, à moins d’une semaine, aurait rencontré Hollande au Maroc, séjourné au Gabon, et au paravent a été avec Diendéré pendant cinq jours en Côte d’Ivoire. Que se sont-ils dit ? Au cœur de l’événement même, une coïncidence insoupçonnée a fait que c’est Maky Sall et Yayi Boni dont les accointances avec Ouatara ne sont pas un secret de polichinelle qui concoctent un accord carapace à Diendéré.

DES COINCIDENCES POLITIQUES AU NIGER

Une semaine avant, Hama Hamadou, bien qu’étant en fuite et sous un mandat d’arrêt, a surpris même ses amis de l’opposition par un activisme politique avec son investiture par son parti Lumana FA à la candidature aux présidentielles de 2016 en grandes pompes à Zinder situé à plus de 900 km de Niamey.

L’occupation médiatique des chaines et journaux de Paris, les propos tout azimut sur Facebook annonçaient que cet autre protégé de Blaise aurait eu l’assurance d’un changement imminent au Burkina, seul espoir pour lui d’être plus prêt de ses militants. Mais à peine l’échec du coup d’Etat annoncé, sa prétention de revenir au Niger pour battre campagne, selon lui, s’est effacée tant sur les écrans de télévision que sur Facebook.

Un autre fait, qui a pesé dans la reconsidération – dictée par le metteur en scène -de Diendéré à renoncer au pouvoir, est la position sans langue de bois des Présidents nigérien et tchadien, Mahamadou Issoufou et Idrissa Deby Itno soutenue par celle de Mohamed Buhari par rapport à la situation, décision qui certainement a motivé l’armée loyale du Burkina à passer à l’action.

Le manque de discrétion des partisans de Hama Hamadou qui ont porté le voile de noces avant le mariage, une indiscrétion probable de l’Elysée à l’oreille de ses protégés d’Afrique ont certainement poussé Mahamadou Issoufou à jeter le bébé avec l’eau de bain. En effet, le retour du clan Blaise au pouvoir serait une vraie menace pour Niamey situé à moins de 500 km de Ouagadougou.

UNE CRISE A PORTEE GEOPOLITIQUE

La crise au Burkina a une fois de plus démontré qu’il existe bel et bien une géopolitique africaine entre présidents libéraux (Sénégal, Côte d’Ivoire, Benin, Togo, Gabon) et socio-démocrates (Niger, Mali, Guinée, Nigéria, Tchad…). Les résultats des élections prochaines au Burkina, avec la disqualification des grandes figures du clan Blaise, annoncent la prise probable du pouvoir par un camp favorable aux socialistes avec bien sûr les bons auspices de Salifou Diallo, l’homme de l’ombre et un des artisans de la chute de l’enfant prodigue de Zinaré. Tout semble faire croire que le putsch au Burkina est une guerre par procuration que les Burkinabé ont évitée par la clairvoyance du Moro Naba et la détermination des soldats.
Une question reste en suspens : la contribution financière et militaire des présupposés soutiens individuels de Dendiéré.

Saley Boubé Bali