L’Alliance pour la Réconciliation, la Démocratie et la République (ARDR) est morte, cause et circonstances du décès, épuisement après quatre années de traversée du désert, le moral des troupes étant en berne, car aucune perspective heureuse ne pointe à l’horizon. Tout comme son ancêtre, l’ARN (l’Alliance pour la Réconciliation Nationale), sur les ruines desquelles elle avait vu le jour, à la veille du second tour de l’élection présidentielle de 2011, l’ARDR n’avait jamais pu, véritablement, prendre forme sur la scène politique nationale à cause justement d’un certain nombre de raisons propres aux dirigeants mêmes de cette structure politique, aujourd’hui rattrapés par leurs turpitudes et leurs inconséquences notoires. Qui étaient les initiateurs originels de cette ARN qui se mua, avec le temps, en ARDR ?

En effet, comme vous pouvez le constater, l’ARN avant hier, l’ARDR hier et aujourd’hui le FPR ne sont rien d’autres que les ultimes et vaines tentatives d’une certaine classe politique en quête de rachat aux yeux de l’opinion publique nationale, comme si, implicitement, elle faisait son meaculpa face à ses échecs précédents ! En multipliant les appellations ou autres dénominations à l’infini, comme si les sigles suffisaient en eux-mê- mes pour revenir aux affaires, ces politiciens ringards croyaient retrouver une certaine virginité et une certaine fraicheur politiques qu’ils avaient perdues depuis belles lurettes.

Les opposants politiques actuels du Niger présentent cette caractéristique de vivre dans une bulle, complètement artificielle et qui les empêche de voir la réalité telle qu’elle se déroule sous nos yeux. S’accrochant piteusement à des certitudes longtemps surannées, ils semblent en parfait dé- phasage avec l’évolution socioéconomique du pays depuis de nombreuses années. Voyez vous, quelle pourrait être la ressemblance, mieux, le plus petit dénominateur commun entre l’électeur de 2015 et celui des années 90, au moment de l’installation de la démocratie multipartisane dans notre pays ?

Ne dit-on pas que les générations se suivent mais ne se ressemblent guère ? Des années 90 à nos jours, un quart de siècle s’était écoulé, et c’est assez dans l’évolution d’une société. Ces profonds changements de la société nigérienne, nos politiciens de l’opposition ne les ont pas vu venir, et c’est pourquoi aujourd’hui, ils paraissent dépassés par les évènements et n’ont plus d’autres moyens de retarder leur déchéance que par la création de pseudo alliances qui ont toutes en commun le maintien de ‘’la flamme patriotique’’, comme si quand ils étaient aux affaires, ils n’avaient en vue que les seuls intérêts de la patrie.

C’est ce qui explique d’ailleurs cette posture insurrectionnelle, en vue d’amener l’armée à faire irruption sur la scène politique nationale. En vingt-cinq ans d’expérience démocratique, les citoyens nigériens auront certainement mûri beaucoup pour comprendre que la politique ne doit pas être comprise comme l’art de savoir mentir aux masses populaires afin de requérir leurs suffrages, mais bien comme le moyen le plus commode d’impliquer le peuple dans la construction de son devenir. Or, lorsque la manœuvre l’emporte sur la conviction, alors, l’équivoque triomphe, et la politique passe à côté de son objet premier qui est de servir l’intérêt général.

Charriés par les déferlantes démocratiques de la décennie 90 qui gagnèrent les cô- tes africaines après la chute historique du Mur de Berlin (le Rideau de fer), la plupart de ceux qui croassent aujourd’hui au sein de l’opposition politique nigérienne n’ont jamais eu, ni l’âme démocratique, ni l’esprit progressiste, encore moins la flamme patriotique pour porter le grand rêve national à sa réalisation. Tout ce qui les aura préoccupés, c’est-à-dire leur quête éternelle dans la vie, c’était tout simplement l’accumulation primitive du capital, pour parler comme Marx, la course effrénée vers la richesse matérielle en installant à la tête de l’Etat un système de prédation des ressources publiques d’une rare sophistication, au moyen de faux marchés publics et autres surfacturations criminelles.

Evidemment, cette conception rentière de la politique a eu comme conséquence majeure le déclin de l’esprit civique dans notre pays avec le règne du fric et de la frime. Comme le disait si justement un des grands esprits des Lumières, Voltaire, plus dans une société le mérite individuel est recherché et valorisé, plus cette société sera prospère et viable ; et plus les titres l’emportent, plus elle se sclérose et décline ! Au demeurant, que peuvent valoir L’ARN, l’ARDR et le FPR, des beaux sigles somme toute, quand ils manquent d’hommes assez vertueux pour les porter haut, mieux les incarner dignement ?

Qu’on ne s’y trompe pas, il y a deux façons de gouverner : donner à chacun ses droits ou ne pas reconnaître ces droits. La première façon correspond à la démocratie et la seconde à la dictature. Heureusement, l’histoire politique récente du Niger permet de situer chacun des acteurs politiques par rapport à ces deux catégories là. Aujourd’hui, c’est le monde à l’envers, lorsque ce sont les fossoyeurs de la démocratie nigérienne (le tazarché) qui appellent à la constitution d’un front patriotique pour soi-disant barrer la route au passage en force du Président Issoufou Mahamadou, comme si celui-ci était un usurpateur qui n’aurait pas conquis le pouvoir suprême de façon légitime par les urnes !

Pourtant, depuis l’instauration du multipartisme au Niger au début des années 90, le PNDS/ Tarayya, un parti de Gauche, la Gauche telle que l’avait conçue Jean Jaurès au début du 20ème siècle, n’avait jamais louvoyé pour emprunter d’autres voies que celle des urnes pour aller à la conquête du pouvoir. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste pour une raison ou pour une autre, force est de reconnaître que ce parti politique a toujours eu partie liée avec la promotion de la démocratie au Niger, seul salut pour lui dans un environnement sociopolitique instable où les vieux démons de remise en question du processus démocratiques rôdent toujours.

Les deux fois (Baré et le tazarché de Tandja) où la promesse démocratique avait été mise à rudes épreuves, le parti rose fut là pour assumer son rôle historique de gardien du temple démocratique nigérien, souvent, au péril de la vie de ses vaillants dirigeants dont à leur tête Zaki. Comme on le voit, on connaît au Niger les soldats de la démocratie qui ne sont nullement ces nageurs en eaux troubles tapis dans des partis politiques ‘’bandits’’ et une société civile sous-marine, à l’instar de Labizé d’Ousseini Salatou, de MDC Adaltchi de Me Souley Oumarou, ou encore de l’ORDN Tarmamoua du duo Tchangari / Mamane Sani, des formations politiques qui ne peuvent remplir d’électeurs même une ‘’404 Bâchée’’ de Katako.

Le cas de l’ORDN Tarmamoua est encore plus emblématique de cette inconsistance politique de l’opposition politique nigérienne, jaloux sans doute du succès populaire d’un parti de gauche comme lui, à savoir le PNDS qui est arrivé au pouvoir pendant que lui descendait les marches de l’enfer ! Ainsi donc, le FPR, tout comme ses devanciers l’ARN et l’ARDR, n’est rien d’autre qu’un ramassis d’aigris et de frustrés politiques qui ont cependant en commun la haine contre le Président Issoufou, et d’une manière générale, contre le PNDS dont le seul pêché est d’être devenu un parti politique majeur en l’espace seulement de deux décennies.

Au finish, le résultat reste le même : ARN + ARDR + FPR= 0. Notre seul regret dans cette affaire reste la décision du Ministre de l’Intérieur, Hassoumi Massaoudou, qui déclarait illégale la constitution de ce front. Nous comprenons bien le souci légaliste de Mass, mais peut-on faire le baptême d’un bébé mort né comme le FPR. Car, comme l’écrivait le grand philosophe italien du début du 20ème siècle, Gramsci : « Le paradoxe, c’est quand le vieux meurt et que le neuf ne peut pas naître » ! Il en est ainsi du FPR et c’est bien dommage !

 ZAK (OPINIONS N° 270 DU 09 SEPTEMBRE 2015)