Hama Amadou va-t-il enfin rentrer au pays?

Cette question mérite d’être posée. En effet, son parti, le MODEN (Mouvement démocratique nigérien), vient de l’investir comme candidat à la présidentielle 2016. Or, on le sait, l’ex-président de l’Assemblée nationale nigérienne avait pris la poudre d’escampette, en août 2014, pour se réfugier en France, dès que l’affaire de trafic de bébés dans laquelle il serait impliqué, a éclaté. Maintenant que son parti veut qu’il brigue la magistrature suprême,  va-t-il se décider à rentrer au bercail pour faire face à la Justice? Rien n’est moins sûr. Certes, il vient d’affirmer sur les ondes de RFI qu’il a l’intention de regagner très prochainement Niamey parce que ses partisans le réclament. Mais le fera-t-il vraiment? On attend de voir. Car, les paroles d’un politicien sont comme des pailles qui s’envolent et changent de direction au gré du vent.  Du reste, on se demande si cette investiture de Hama Amadou ne constitue pas une défiance vis-à-vis du pouvoir en place, étant donné que le patron du MODEN est sous le coup d’un mandat d’arrêt et qu’il ne jouit plus d’une quelconque immunité qui pourrait empêcher ou retarder son arrestation. Mais il n’est pas exclu que cette investiture soit en réalité un ballon de sonde pour tester la réaction du pouvoir de Mahamadou Issoufou que le MODEN n’a eu de cesse  d’accuser de s’acharner contre son mentor. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en investissant Hama Amadou comme candidat à la prochaine présidentielle, le MODEN est en train de marcher sur les pas du Front Populaire ivoirien (FPI) tendance Abou Drahamane Sangaré.

On se rappelle en effet que cette aile dure du FPI avait aussi investi l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, comme candidat du parti à la présidentielle 2015, bien qu’il soit incarcéré à la Haye. Et ce, dans le secret espoir que la CPI le relaxe afin qu’il puisse prendre part à l’élection. Il se peut donc que le MODEN soit en quête d’une stratégie pour permettre à l’enfant terrible de Youri aux ambitions présidentielles  de rentrer au pays sans être inquiété par la Justice. Ou du moins, de parvenir à transformer une affaire de droit commun en une affaire purement politique.  Cette investiture pourrait bien être un piège tendu au pouvoir nigérien. En l’état actuel des choses, il est évident que si Hama Amadou met les pieds  au Niger, la probabilité qu’il soit « cueilli » à l’aéroport par la Justice est grande. Or, si la Justice l’empoigne, ses partisans crieront sur tous les toits que le président Mahamadou Issoufou veut écarter un adversaire politique  de la course à la présidentielle.

Hama Amadou a  l’occasion de regagner le pays et de se mettre à la disposition de la Justice

Mais cette stratégie pourrait se révéler inopérante. Il est difficile dans un contexte où une vingtaine de personnes dont un ministre, passent sous les fourches caudines de la Justice, qu’un autre accusé, fût-il homme politique d’envergure, puisse y échapper. Il aurait été plus réaliste pour le MODEN de chercher à positionner un autre candidat dans les starting-blocks que de s’obstiner à désigner une personne qui pourrait, du jour au lendemain, se retrouver en prison. En tout cas, c’est un gros risque que le parti prend, car il pourrait, à cause de ce choix, ne pas pouvoir prendre part à la présidentielle. En vérité, cette décision des cadres du MODEN montre qu’ils sont plus attachés à un individu qu’au parti. Or, comme on le sait, nul n’est indispensable. C’est connu, lorsque des militants sont plus attachés au leader qu’au parti, la démocratie cesse d’exister en son sein, si ce n’est pas le parti lui-même qui disparaît. En tout état de cause, le candidat investi a là l’occasion de regagner le pays et de se mettre à la disposition de la Justice. S’il sort blanchi, cela ne fera qu’augmenter sa popularité. Mais s’il est condamné, qu’il assume ! Car, nul n’est au dessus de la loi.  Dura lex sed lex.  Pour une personne qui caresse le rêve d’un destin présidentiel, Hama Amadou doit se montrer juste et respectueux des textes de son pays en ne cherchant  pas à se soustraire à la justice à tout prix.

Dabadi ZOUMBARA ( Le Pays )