Vous l’aurez constaté, nous ne savons plus appeler par son vrai nom l’opposition politique nigérienne actuelle, tant elle aura rivalisé avec l’état civil en changeant plusieurs fois de nom, comme le font, régulièrement, les petits malfrats lorsqu’ils sont arrêtés et traduits devant la Justice afin d’éviter l’aggravation de la peine due à la récidive. En effet, elle (l’opposition) s’était au début fait appeler ARN (Alliance pour la Réconciliation Nationale), puis, elle s’était muée en ARDR (Alliance pour la Réconciliation, la Démocratie et la République), pour finir aujourd’hui par s’appeler FPR (Front Patriotique et Républicain), le tout, en l’espace seulement de quatre années !

Cette inflation nominale de l’opposition politique nigérienne est aussi révélatrice des incohé- rences et des contradictions profondes qui la régentent toute entière, car toutes ces alliances étaient simplement circonstancielles pour espérer s’inscrire dans la durée politique. Nous avions d’ailleurs suffisamment développé cet aspect fortuit de la chose dans plusieurs de nos éditions précédentes en affirmant que l’ARN ou l’l’ARDR était semblable à du feu allumé par des randonneurs hivernaux, qui s’éteint aussitôt avec la chute des premiers flocons de neige, après le départ de ceux-ci !

Ce qui nous intéresse aujourd’hui chez elle, c’est son attitude actuelle face aux élections générales de 2016 dont elle espé- rait la tenue seulement dans son cœur mais pour lesquelles elle ne semblait pas, visiblement, prête, puisqu’ayant perdu tout son temps et toute son énergie à fomenter des complots politiques, voire des mouvements insurrectionnels afin d’obliger l’armée à faire irruption sur la scène politique nationale. On s’en souvient, elle avait commencé par bouder les réunions du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) sous le fallacieux prétexte que les décisions de cet organe ne seraient pas consensuelles.

S’apercevant sans doute de la stupidité de cette position, car le CNDP avait continué à fonctionner sans les gens de l’opposition, ces derniers reprirent leur place, toute honte bue, au sein de cette instance. Ensuite, ils s’en prirent violemment à la Cour Constitutionnelle (CC) dont ils avaient remis en cause l’impartialité et la probité morale de ses honorables membres dans leur fameux Livre Blanc sur les institutions de la république dont le tome 1 avait été justement consacré à cette CC. Le prétexte saisi pour cela était les multiples requêtes adressées à la Cour par les députés de l’opposition relativement à un certain nombre de questions politiques nées de la formation du gouvernement d’union nationale et du départ de la majorité du Lumana/FA.

Pourtant, dans toutes ces requêtes, la majorité n’avait pas été toujours bien servie, mais cela ne suffisait pas à nos chers amis de l’ARDR qui voulaient, comme c’étaient eux, avoir raison sur tous les points ! Il n’en fallait pas plus à l’opposition pour dire qu’elle refusait d’aller aux élections avec la CC dans sa composition actuelle. Concrètement, cela voulait dire deux choses : primo, amener le Président de la République à dissoudre l’actuelle CC pour violer ainsi son serment constitutionnel qui consiste à protéger la Constitution dans toutes ses dispositions ;

secundo, l’opposition ne souhaite pas prendre part aux échéances électorales prochaines, car elle sait très bien que même si le PR le voulait pour lui faire plaisir, il ne pourrait pas dissoudre, constitutionnellement parlant, l’actuelle CC sans se rendre coupable de parjure coranique comme l’avait fait un certain Tandja Mamadou pour les besoins de son tazarchè. Cependant, certains esprits tordus, des mercenaires du droit, qui avaient déjà conduit, six ans plus tôt, Tandja à sa perte, avaient préconisé, à la place de la dissolution de l’actuelle CC, une modification constitutionnelle de celle-ci, afin de prendre en compte les desiderata de l’opposition !

Du Maître Souley ou de Djibrilla Abarchi à l’état pur ! D’entrée de jeu, nous répondons à nos chers révisionnistes que l’on ne légifère pas en fonction des desiderata de X ou d’Y, mais bien en fonction de l’intérêt général. Ainsi, pour réformer ou réviser quoi que ce fût dans la Constitution, faudrait-il qu’il y eût un consensus général autour de cette nécessité impérieuse de modifier la loi afin de l’adapter aux besoins de la société. Or, est-ce le cas de la CC actuelle qui ne semble gêner que nos amis de l’opposition ? Non, car depuis qu’il existe une Cour Constitutionnelle au Niger, elle a toujours été composée comme telle, et cela n’avait jamais, outre mesure, dérangé personne avant l’ARDR !

En tout état de cause, même si par consensus, la modification de la CC venait à être adoptée, au nom du principe légal de la non-rétroactivité de la loi nouvelle, cette révision ne pourrait pas s’appliquer à la CC actuelle, mais devrait régir plutôt la CC future, ce qui ne ferait pas les affaires, visiblement, de l’opposition politique actuelle. Dommage, même dans ce cas de figure, le souci principal de l’ARDR ne semble pas réglé et elle devrait réfléchir davantage à d’autres moyens plus productifs pour servir sa cause !

Sa nouvelle trouvaille fut donc la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), mise en place de façon consensuelle au sein du CNDP, devenue aujourd’hui la cible privilégiée d’une opposition enfant gâtée qui pleure pour qu’on lui donne la lune dans sa blancheur boréale ! Auparavant, elle avait tenté de remettre en question la reprise du Fichier Electoral en exigeant le recours au biométrique dont elle savait pertinemment, que pour des problèmes de temps, ce type de fichier ne pouvait pas être appliqué aux élections générales du début de l’année 2016.

Finalement, se sentant ridicule, la queue entre les pattes, elle accepta, du bout des lèvres, le maintien de l’ancien système. En fait, il faut comprendre la démarche de l’opposition qui n’est pas une démarche somme toute rationnelle, mais bien du dilatoire pour masquer son impréparation à aller aux élections, car même si c’est le biométrique qui était arrêté, elle trouverait toujours le moyen de dire qu’elle préférait le système traditionnel au système biométrique qu’elle craindrait de voir manipuler par le pouvoir en place. C’est hélas cela l’opposition politique nigérienne, imprévisible dans sa démarche et inconséquente dans ses choix !

Aujourd’hui, c’est le chronogramme des élections générales de 2016 établi par la CENI qui est le nouveau jouet d’une opposition puérile qui aura définitivement perdu le sens de la réalité en s’enferrant dans une position ridicule et grotesque pour voir dans ce chronogramme une manœuvre du pouvoir en place. En effet, la CENI avait établi un chronogramme des élections au terme duquel les élections présidentielles premier tour couplées aux législatives auront lieu, plaise à Dieu, le 21 février 2016, le second tour de l’élection présidentielle pour le 20 mars et les locales pour le 09 mai 2016.

La CENI avait justifié ce choix de chronogramme par des arguments juridiques. En tenant les locales avant mai 2016, on risquerait de réduire de six mois la durée constitutionnelle des mandats des élus locaux ! En réalité, en voulant que ces élections locales aient lieu avant les présidentielles et les législatives, comme c’était le cas en 2011, l’opposition nigérienne semblait confondre la date des élections avec la prise de fonction effective des élus locaux, c’est-à-dire plus exactement, la date à partir de laquelle doit courir le mandat municipal. Or, il s’était écoulé près de six mois entre la proclamation des résultats globaux définitifs par la CC et la date exacte de la prise de fonction de ces élus municipaux, mandats fixés d’ailleurs par une décision de justice intervenue en juin 2011.

Comme on le voit bien, la CENI n’avait fait que respecter tout simplement la loi. Cependant, les préoccupations de nos amis de l’opposition étaient ailleurs : c’est uniquement pour des calculs politiciens qu’ils auraient souhaité que les locales se tiennent d’abord avant les présidentielles et les législatives, car pour eux, le scrutin local devait servir de test grandeur-nature afin de jauger leur capacité de mobilisation après la saignée de quatre ans de galère ! Voilà en fait, toute la trame de ces gesticulations, de ces faux –semblants pour contester le chronogramme établi par la CENI !

En fait, il faut les comprendre, l’opposition récuse la brutalité des élections présidentielles et législatives qui auront inéluctablement des incidences sur les scrutins locaux, car en règle géné- rale, comme le disent les juristes, ‘’l’accessoire suit le principal’’, c’est- à-dire plus exactement, qui remporte les élections présidentielles et législatives a toutes les chances de le faire pour les locales ! Voilà l’alpha et l’oméga de toute la stratégie de l’opposition qui ne semble avoir qu’un seul agenda politique : situation insurrectionnelle, chienlit, irruption de l’armée sur la scène politique nationale !

C’est ce qui explique le fait qu’ils se soient cloués à Niamey dans leur salon climatisé, sans jamais braver la poussière de nos villes et campagnes afin d’aller battre campagne pour espérer remporter les élections. Ils ne sont pas fous ni idiots, mais ils savent que dans une élection normale, ils n’ont aucune chance devant le bilan flatteur du régime de la renaissance. Pour cela, ils sont prêts à tout, y compris au pire, mais qu’ils sachent que Mass les a bien à l’œil au Ministère de l’Intérieur !

ZAK (OPINIONS N° 271 DU 16 SEPTEMBRE 2015)

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