L’annonce fracassante de Hama Amadou de rentrer au Niger en dépit du mandat d’arrêt contre lui défraie la chronique dans notre pays. La majorité des gens ne prenait pas cela au sérieux pensant seulement qu’il s’agissait une façon pour l’ancien président de l’Assemblée nationale d’attirer l’attention sur lui. Mais son activisme médiatique de ces jours et ces déclarations très tranchées sur ce retour inopiné au pays natal nous a inspiré ce commentaire.

Selon Nicolas Machiavel : « La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme. » Cette vérité crue du Galilée de la science politique est traduite aisément par l’attitude subite de Hama Amadou, ce passage brusque de l’état de peur panique à la témérité.

En effet, au regard de l’état d’esprit dans lequel Hama Amadou avait quitté le Niger, il y a un an, on pourrait dire que rien au monde n’amènerait Hama au Niger tant que « le monstre » – Issoufou s’entend – serait en place. Sa lettre inaugurant cette fuite est assez mémorable pour croire aux agitations médiatiques de ces jours de l’ex No2 de l’establishment de la 7ème République.

Mais au-delà des apparences, ce jeu de quitte ou double auquel Hama Amadou voudrait s’adonner repose sur une mise en scène digne de celle de la maison mère du studio universel (Hollywood). A la quête d’une intelligibilité de la décision de l’ancien président du parlement de rentrer malgré le mandat d’arrêt qui pèse sur lui, un observateur averti de la scène politique nigérienne interprète cette actualité en ces termes :  « En fait son scénario, c’est que son retour donne lieu à des troubles. La répression qui pourrait suivre lui permettra de diluer son dossier de bébés importés et de conduire le régime dos au mur. Les opposants misent sur une intrusion de l’armée pour se sortir d’affaire. C’est pourquoi, tout est bon pour créer la chienlit. Ils ont voulu faire croire à la communauté internationale que le processus électoral est enchainé par le régime en place. Le diplomate onusien Ibn Chambas a constaté le contraire puisque les représentants de l’opposition continuent à siéger à la CENI, au CFEB et que la Cour constitutionnelle ne saurait être dissoute. Il n’existe aucun mécanisme qui le permet et aucun argument ne milite en faveur de la complaisance de la Cour vis à vis du régime. »

Un autre justificatif de cette témérité de Hama, c’est l’espoir de forcer la main à la communauté internationale pour que sa cause soit entendue. Ainsi en faisant planer la menace d’un embrasement du pays, les amis du Niger pourraient éventuellement initier une médiation. Et sur Rfi, Christophe Boisbouvier avait bien voulu tendre la perche à son invité Hama Amadou sur le dispositif de la CEDEAO qui s’en était délecté à merveille.

Et on comprend facilement les déclarations de cette guerre de la part de ces opposants qui fusent de partout. La plus incendiaire c’est justement celle du député Nassirou Halidou qui peut être oubliant son titre a martelé : « Nous tenons à informer le gouvernement : « que son Excellence Hama Amadou sera au Niger incha Allah qu’il pleuve, qu’il neige ou même qu’il y ait une pluie de feu sur Niamey. »

Ce député qui promet de mettre Niamey à feu et à sang ignore apparemment que lorsque le ministre de l’intérieur dit que Hama Amadou sera arrêté, il n’a dit que ce que tout le monde sait dans la mesure où il existe un mandat d’arrêt contre l’intéressé, il va de soi que Hama sait lui-même à quoi s’en tenir. Il n’a d’ailleurs jamais fait mystère de cela, raison pour laquelle il a, selon ses propres termes « sauver sa peau ».

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Dans cette situation, qu’on ne se méprenne pas : le principe de l’autorité de l’Etat ne s’accommode pas avec les humeurs ou états d’âme. Hama Amadou à la place de Massaoudou aurait dit la même chose. Autrement dit, ne pas arrêter Hama Amadou si d’aventure il parvient à défier l’autorité de l’Etat ce serait une faillite de l’Etat lui-même.

Et on le sait, l’Etat ayant le monopole de la violence, aucun groupe ou regroupement ne saurait déroger à l’application de la loi. En disant que nul n’est au-dessus de la loi, Massaoudou rappelle l’engagement du gouvernement dès le début de cette affaire des bébés importés. En effet, dans un point de presse le ministre de la justice Marou Amadou ne promettait-il pas que ce crime ne sera pas impuni ?

Quand on sait que le ministre d’Etat Abdou Labo a été emprisonné dans le cadre de la même affaire, il y a lieu de dire aux gens que cette guerre n’a pas lieu d’être même si par ailleurs certains pyromanes brandissent l’argument du rapport de force. C’est vrai que tout est rapport de force mais encore faut-il que le contexte soit propice à ce rapport.

Dans cet ordre d’idée, il faut dire à ceux qui par mimétisme voudraient rééditer l’exploit de Issoufou Mahamadou sous Tandja, ceux-là doivent se désillusionner car non seulement les contextes ne sont pas les mêmes mais aussi la nature des crimes ou délits en question sont diamétralement opposés.

Mais on le sait lorsque les esprits préparent la guerre, la raison a tendance à déserter les consciences. C’est le printemps du populisme et de la vantardise : face aux appels au dialogue ou à la retenue on est sourd muet et aveugle.

Tout de même c’est encore Machiavel qui traduit la réalité humaine « Il y a deux manières de combattre, l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes. »

EMS