Hama Amadou ne manquera pas à l’appel. Désigné candidat à la présidentielle de 2016 par son parti, le Mouvement démocratique nigérien (Moden), à Zinder, le 13 septembre, l’ancien président de l’Assemblée nationale promet de rentrer « bientôt » battre campagne, même si le gouvernement menace de l’arrêter dès son arrivée. Mis en cause dans l’affaire des bébés volés, il réside en France depuis un an, mais veut croire en ses chances.

Jeune Afrique : Votre investiture vous a remis un peu de baume au cœur. Qu’avez-vous fait pendant votre année d’exil ?

Hama Amadou : J’ai voyagé en Europe et sur le continent. Je me suis aussi inquiété, comme tous ceux qui ont un tropisme nigérien, des conditions dans lesquelles se préparent les élections. Et puis j’ai élargi mon réseau de relations, un groupe d’amis sincères, dont je tais l’identité. Parmi eux, de nombreuses personnalités du monde politique africain, des chefs d’État qui me connaissent aussi bien que je les connais.

Est-ce avec leur appui que vous préparez votre retour au Niger ? Avez-vous encore peur pour votre vie ?

Je suis arrivé en France sans l’aide de personne, j’en repartirai de la même façon. S’il me fait tuer ou emprisonner, M. Issoufou devra assumer. M’arrêter donnerait un bon coup de pouce à ma campagne. Je n’aurais alors qu’à tenir mon rôle de candidat-martyr.

Des contacts ont-ils été établis avec le président Issoufou ?

Je ne vois pas pourquoi il y en aurait. Selon lui, ce qui nous oppose, c’est un dossier judiciaire. Or le traitement qu’en fait son gouvernement regorge d’arrière-pensées politiques. Je n’ai pas cherché à nouer de contacts avec le président, et lui n’a pas cherché à en nouer avec moi. Il ne croit qu’en ses intérêts. Donner des coups en dessous de la ceinture ne lui fait pas peur.

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Où en est cette affaire dite des bébés volés ?

En pourvoi de cassation pour les préliminaires. L’affaire en elle-même n’est pas encore jugée. Doit-on s’attaquer à une femme et à des bébés pour des raisons politiques ? Le président Issoufou et sa femme, Malika, ont vu mon épouse enceinte. Sa grossesse a été certifiée dans une clinique à Niamey. On lui fait le grief d’avoir accouché à l’étranger ? Toutes celles qui vont accoucher aux États-Unis ou en France achètent-elles leur bébé ?

L’opposition a constitué un Front patriotique républicain, dont certaines formations se disent prêtes à empêcher la tenue des élections si le calendrier et le fichier électoral ne sont pas revus…

Je suis contre le boycott. Il sert l’adversaire. Cela dit, il faut se battre et créer les conditions d’élections libres et transparentes.

Il n’y a donc rien à porter au crédit de Mahamadou Issoufou ?

Son gouvernement est passé maître en matière de corruption et de pillage des deniers de l’État. Nous tenons une liste de pauvres de 2011 devenus milliardaires en 2015 et qui ne peuvent justifier d’où vient leur fortune. Issoufou fait de grandes promesses, pose nombre de premières pierres, mais rien ne se concrétise. C’est pour cela que les Nigériens ne voteront plus pour lui. Il est le président démocratiquement élu le plus impopulaire que le pays ait jamais connu.

Vous ne disposez d’aucun sondage d’opinion…

Peut-être. Mais sur huit régions, il ne contrôle que celle de Tahoua, ce qui promet à l’opposition une écrasante majorité législative. Les fiefs Tillabéri-Niamey me sont acquis depuis 1991. Les formations des ex-présidents Tandja et Mahamane Ousmane l’emporteront respectivement à Maradi et Zinder.

Les électeurs votent pour une personnalité, pas pour un parti. Pour la présidentielle, pas besoin de constituer un front dès le début : ce serait faciliter la fraude que le président tente d’organiser. Nous mobiliserons nos partisans en présentant nos leaders au premier tour. Au second, nous nous rassemblerons autour du candidat de l’opposition le mieux placé.

 

Jeune Afrique

 

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