Que ce soit dans la microfinance, l’agroalimentaire ou la banque, elles sont incontournables. Portrait de trois businesswomen qui prouvent que l’esprit d’entreprise n’est pas réservé aux hommes.

Tagaza Djibo

Reki Moussa, PDG fondatrice d’Asusu © Tagaza Djibo/J.A.

Réki Moussa 45 ans, PDG d’Asusu

La rencontrer relève de la gageure : elle enchaîne les réunions, les heures de travail et les voyages aux quatre coins du pays. Au siège de l’établissement de microfinance que Réki Moussa a créé, les incessants va-et-vient témoignent de la vitalité d’une institution qui a changé la vie de milliers de Nigériens. Société leader dans le domaine de la microfinance au Niger, Asusu propose des crédits et des produits d’épargne aux petits entrepreneurs et aux familles modestes dans l’ensemble du pays.

Pour Réki Moussa, l’aventure a commencé dans les années 1990. Au sein de l’ONG Care, elle s’occupe alors du projet Mata Masu Dubara, qui consiste à créer dans les villages de petites caisses d’épargne et de crédit gérées par les populations elles-mêmes. Persuadée que ce projet peut se décliner à l’échelle nationale, elle démissionne et, en 2005, crée l’association Asusu Ciigaba.

Aujourd’hui, plus de 300 000 personnes, essentiellement en zone rurale, bénéficient des produits financiers d’Asusu

Le succès est immédiat. En trois ans, elle parvient à réunir plus de 120 000 épargnants et 50 000 emprunteurs, ce qui, en 2008, la pousse à transformer l’association en entreprise. Aujourd’hui, plus de 300 000 personnes, essentiellement en zone rurale, bénéficient des produits financiers d’Asusu, qui compte 300 salariés à travers le pays.

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Zeinabou Maidah, PDG de la société Niger Lait © Tagaza Djibo/J.A.

Zeinabou Maidah 53 ans, PDG de Niger-Lait

«Pour chaque porte qui se referme, une autre s’ouvre. » L’adage s’est vérifié pour Zeinabou Maidah. Ingénieure agroalimentaire, elle est victime d’un licenciement abusif en 1992 et, après un passage par la case tribunal, obtient une importante indemnité, qu’elle investit aussitôt dans la création de sa petite entreprise, Niger-Lait, en 1994. Son ambition est double : fournir à la population, notamment aux enfants, des produits laitiers et dérivés à forte valeur nutritionnelle, et valoriser les salariés en cultivant chez eux un véritable sentiment d’appartenance à l’entreprise.

Zeinabou Maidah débute son activité dans son garage de 20 m2, avec cinq employés, et jure de faire de ce petit « atelier de travail » une véritable industrie agroalimentaire. Pari tenu : vingt ans plus tard, Niger-Lait, désormais installé sur un immense site industriel de plus de 5 000 m2, est devenu l’un des fleurons de l’industrie nigérienne. La société réalise un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros), contre 15 millions de F CFA lors de sa première année d’exercice.

Ses prochains défis : s’impliquer davantage dans le social et créer une école de référence consacrée à l’agroalimentaire

Elle emploie 118 salariés et affiche une capacité de production de 55 000 litres par jour, tous produits confondus, lesquels sont distribués dans toutes les régions du pays (hormis celle de Diffa). Niger-Lait s’était déployé dans la sous-région, mais des contraintes douanières l’ont obligé à marquer un arrêt ; des négociations sont en cours avec des entreprises locales au Bénin, au Togo et au Burkina Faso, pour que la société y développe de nouveau ses activités.

Zeinabou Maidah s’amuse des préjugés auxquels elle a été confrontée lors de la création de son entreprise (« les femmes baissent toujours les bras à la première embûche », s’entendait-elle dire) et estime avoir relevé tous les défis qu’elle s’était fixés, sauf un : trouver localement toute la matière première nécessaire…

Moins de 10 % proviennent de son réseau de 472 éleveurs réunis en coopératives ou en associations, et elle doit donc importer du lait des pays de l’Union européenne ou d’Amérique du Sud, pour un montant annuel de 3,5 milliards de F CFA. « Avec une telle somme, regrette Zeinabou Maidah, le gouvernement aurait pu élaborer une stratégie plus dynamique pour développer la filière et lutter contre la pauvreté. » Ses prochains défis : s’impliquer davantage dans le social et créer une école de référence consacrée à l’agroalimentaire.

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Nana-Aissa Ango Koussa (DG du groupe Banque Atlantique) © Tagaza Djibo/J.A.

Nana-Aissa Ango Koussa 48 ans, directrice générale de Banque Atlantique Niger

Il n’y en a qu’une. Depuis 2009, Nana-Aissa Ango Koussa est l’unique femme directrice générale d’une banque au Niger. Après avoir fait ses premières armes chez Ecobank au Sénégal, la jeune femme a pris en main la filiale nigérienne du groupe Banque Atlantique dès qu’elle a ouvert à Niamey, en 2005. Enceinte de six mois, elle en est alors la seule employée et travaille de chez elle. Dix ans plus tard, battant en brèche nombre de préjugés, Nana-Aissa Ango Koussa a quelque 170 salariés sous sa responsabilité.

La banque, c’est un métier de terrain et de contacts, avec toutes les couches de la population, souligne Nana-Aissa Ango Koussa

Qu’importe si certains la trouvent « dure », le pari de celle qui se veut simplement « dynamique et travailleuse », c’est de contribuer à améliorer le taux de bancarisation de ses concitoyens, qui est le plus faible de la région (seulement 3 %). Pour elle, la bancarisation permet de lutter contre la pauvreté, puisque la détention d’un compte permet plus facilement d’épargner pour financer ses futurs projets. « La banque, c’est un métier de terrain et de contacts, avec toutes les couches de la population », souligne Nana-Aissa Ango Koussa. Y compris avec les plus démunis, ajoute celle qui suit avec attention les différents projets de la fondation créée par le groupe Banque Atlantique concernant ces derniers.

Clarisse Juompan-Yakam ( Jeune Afrique)