Cinquante-cinq ans après les indépendances, dans nombre de pays africains, la frayeur ou l’inquiétude se saisissent des gens dès qu’approchent des élections multipartites. En général, parce que les règles de base du processus démocratique et électoral établies ne l’ont pas été de manière inclusive, consensuelle et dynamique. Chaque élection est un recommencement et, au bout d’une longue série de négociations entre le pouvoir et les partis politiques, souvent avec une médiation extérieure, la voie de sortie s’obtient plus à l’usure qu’à la compréhension mutuelle. D’où, dans bien des cas, des élections truquées ou boycottées, des résultats contestés et une atmosphère insurrectionnelle dans le pays ; l’élu doit souvent recourir à la force pour se maintenir et son mandat s’avère loin d’être un long fleuve tranquille.

Les systèmes électoraux ont besoin d’une fondation solide, de stabilité et de durabilité, sans quoi les pouvoirs seraient assis sur des braises et les notions de majorité et d’opposition n’auraient aucune signification.

Depuis plus de vingt ans, le Niger est cité en exemple de pays ayant mis en place un cadre électoral fiable, rapide et efficace. La classe politique, dans son ensemble, a toujours fait confiance à nos commissions électorale et du fichier, ainsi qu’à la structure de promotion du dialogue politique (CNDP) et à celle du contrôle à posteriori des élections (la Cour constitutionnelle).

Les modes généraux de désignation des membres et de fonctionnement de ces instances n’ont jamais été modifiés, ils ont au contraire connu des améliorations avec le règlement des points faibles notés lors des scrutins tenus. Il était donc surprenant qu’une partie de la classe politique, composée d’ailleurs des mêmes personnalités que les années précédentes, tente de les remettre en cause. Heureusement qu’elle se ressaisit depuis quelques semaines et reprend peu à peu toute sa place dans un débat de plus en plus serein sur l’organisation des élections générales du premier trimestre 2016.

La CENI et le CFEB se sont mis au travail depuis plusieurs mois maintenant et ne demandent que la sérénité du climat politique pour nous mener vers des élections honnêtes, libres et transparentes. On ne peut trouver cette sérénité que dans une union sacrée, en mettant au-dessus de tout l’intérêt national et la stabilité de nos Institutions. Bien entendu, les questions de personnes, dussent-elles être importantes (ces personnes), n’ont pas à interférer ici.

Aussi, est-il déplorable que le dossier majeur de nos élections soit insidieusement associé au retour de M. Hama Amadou ou à son impunité dans une affaire de justice qui encore une fois n’a rien à avoir avec les élections ? Il est tout aussi déplorable que cinquante-cinq ans après l’indépendance, nous en sommes encore à prendre à témoin l’opinion internationale sur les risques que nous feraient encourir nos propres compatriotes assis là à côté, sous l’arbre à palabres.

Nous croyons encore attirer les foudres du monde sur nos propres parents, en les traitant de tout sur les medias internationaux. Nous préférons les tribunes du monde à nos propres instruments de régulation et de dialogue. Nous trouvons que le monde serait meilleur sans certains des nôtres, et notre pays bien gouverné quand seuls certains en tiennent les commandes. Nous ne nous faisons pas confiance et nous jouons à nous faire peur.

Nigériens de tous les bords, ressaisissons-nous. Gérons nos affaires et réglons nos problèmes. Comme des grands !

Maï Riga