Non, il ne s’agit pas d’un nouvel axe de la boucle ferroviaire ou de la coopération dans la région ouest-africaine. Nous voulons vous entretenir ici d’échéances électorales qui méritent toute notre attention.

Le président sortant de Guinée, Alpha Condé, candidat pour un deuxième mandat, a été réélu le 11 octobre dès le premier tour. Il a ainsi récolté les fruits d’une campagne soutenue par un bon bilan, mais aussi bénéficié de la désunion historique des opposants guinéens dès que sonne l’heure des élections.

La Côte d’Ivoire vote dans trois jours. Alassane Dramane Ouattara, également sortant et à nouveau dans les starting blocks, aborde ce scrutin comme sur un boulevard, avec beaucoup de sérénité. Tous les observateurs prévoient pour ADO une victoire au premier tour, que favorisent là aussi un bilan honorable, la multiplicité des candidatures de l’opposition et le soutien du très houphouétiste Henri K. Bédié et de l’ex-rebelle Guillaume Soro.

Au Niger, c’est dans trois mois et demi que le peuple est appelé à élire son président et les députés. Dans cette perspective, tous les partis, existants et même à naître, préparent leurs stratégies et dispositifs (certains ont même désigné leurs candidats). Et c’est avec beaucoup d’intérêt que tous regardent vers la Guinée et la Côte d’Ivoire.

Que nous apprennent, en particulier, les élections dans ces pays ? Que les oppositions ont accumulé des inconséquences, qui leur ont été fatales, tout en favorisant le président sortant : elles ont été incapables de faire majoritairement bloc autour d’un candidat dès le premier tour, ce qui a tout naturellement dispersé leurs voix ; elles ont participé de bout en bout à l’édifice électoral, pour le récuser ensuite (le qualifiant même de mascarade), une attitude hautement « discréditante » ; elles ont appelé de leurs vœux et obtenu une observation internationale des élections, pour ensuite balayer d‘un revers de la main les avis des observateurs ; certains partis ont fait campagne sur le communautarisme, et menacé de violences et de représailles si…Cela n’est plus porteur ; et tous ont cru que comme avant, il faudra passer par un second tour et donc des jeux d’alliance où ils trouveraient leurs comptes, mais à l’évidence, les convictions et les votes ont évolué en Afrique. Désormais, il est possible pour un candidat, dans nos pays, de passer dès le premier tour.

Alpha Condé et Alassane Ouattara, pour nous résumer, avaient déjà pour eux un bilan honorable et une coalition politique plus ou moins solide. Leurs adversaires ont été assez crédules pour croire qu’on peut vaincre sans s’unir, qu’on peut gagner sans bilan ni campagne, ou que nos pays, comme s’ils étaient figés, resteraient toujours abonnés à un second tour. Ils se sont trompés lourdement et devront attendre encore, avec la consolation que pour les présidents réélus, les mandats qui commencent sont aussi les derniers.

Au Niger, les prochaines semaines nous diront si la classe politique a tiré des leçons des scrutins guinéen et ivoirien.

Maï Riga (Le Républicain, 22 octobre 2015)

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