Amadou Boubacar Cissé vient de prononcer le divorce de son parti Tabbat de la mouvance présidentielle, la MRN via Jeune Afrique ( En France). Dans ce « coup de gueule », l’ex ministre d’Etat d’Issoufou depuis quatre ans a exprimé toute sa révolte mais aussi ses délires sur ses rapports avec ses alliés d’avant-hier. Ses propos ont surpris les nigériens. Ce commentaire revient sur cette actualité qui n’a pas fini de défrayer la chronique.

Amadou Boubacar Cissé dit « ABC » joue-t-il au Ponce Pilate ? Le ponce pilatisme c’est l’ « attitude de celui qui dégage sa responsabilité en usant d’arguments spécieux ». L’Évangile dit que Ponce Pilate se lava les mains pour signifier qu’il dégageait sa responsabilité lors du procès de Jésus.

La lecture de l’interview accordée par Cissé à Jeune Afrique rappelle vraiment Ponce Pilate, ce procureur de la Judée qui aurait sévèrement condamné Jésus selon les récits bibliques. Cet entretien est un bréviaire de haine contre celui qui a fait de lui ministre d’Etat avec la latitude qu’aucun ministre n’a eu avec le président Issoufou.

N’est-ce pas d’ailleurs cette haute considération qui l’a amené à penser qu’il est au-dessus du premier ministre Brigi Rafini lorsqu’il dit : «  Pour moi, être chef du gouvernement ne veut pas dire s’ingérer en permanence dans le portefeuille des ministres pour donner des injonctions et des orientations politiciennes. »

Après plus de quatre ans de sommeil dogmatique, c’est seulement maintenant que Cissé dans une logique de « coquilles vides » se réveille pour dire aux nigériens des choses ahurissantes. L’opinion publique est assez mûre pour discerner le sérieux de cette sortie. D’aucuns diront qu’ABC a raté de stratégie, du moins en voulant passer pour le « principal challenger de Mahamadou Issoufou à la présidentielle ».

Certes il est permis de rêver mais de là à vouloir prendre la vessie pour une lanterne, il y a bien des limites à ne pas franchir. L’opinion peut comprendre cette réaction un peu du fauve blessé qui a envie de tout ravager en attendant l’agonie. Mais l’opinion a saisi également que le super ministre d’Etat a plutôt un problème d’ego. Remercier et humilier pour indiscipline et faute grave, ABC verse dans l’irresponsabilité en se disant homme d’Etat.

A notre sens un homme d’Etat c’est celui qui sait mettre en avant l’intérêt général en avant pas ses petits calculs mesquins. Même en allant dans son sens à savoir que la cause du divorce serait la demande du PR à le soutenir dès le premier tour, alors où  se trouve le mal si le « pompier » contribue à éteindre l’incendie de manière durable au Niger ?

En d’autres termes, ABC sachant qu’il n’a aucune chance devant Issoufou, ne serait-il pas honoré de mettre sa compétence au service du pays ? Mais bien au contraire l’homme essaie de nous convaincre qu’il peut continuer à endetter le pays. Quand on sait que Cissé peut prendre en otage les intérêts du pays à cause de ses commissions, on comprend vraiment de quel genre d’homme d’Etat on a affaire.

Déjà en son temps, l’opposition reprochait à ABC sa propension à endetter le pays en échange de ses commissions. Cette observation a été confirmée par le gouvernement de Brigi Rafini  en mettant en place un comité interministériel pour s’occuper de la question de la dette.

 Et quand Cissé parle de « clash » avec le PM devant le président de la République, il confirme simplement son indiscipline devant son supérieur hiérarchique qui ne se justifie également que par sa volonté hégémonique de dépouiller le PM de ses prérogatives.

 Il va sans dire que malgré sa longue carrière administrative, il ignore certaines règles élémentaires. Et le PM Brigi en professionnel et praticien de l’administration avait bien voulu le mettre à sa place avec bien entendu l’approbation du président de la République qui ne saurait tolérer cette insubordination.

En engageant ce combat d’arrière-garde, Amadou Boubacar Cissé a pris trop de risques politiques notamment lorsqu’il prétend de rester au centre. Le premier ministre de  Mahamane Ousmane de la «très  courte durée » de l’histoire des gouvernements nigériens se lance dans une précampagne assez hasardeuse.

En effet, les opposants constituent à ses yeux une quantité négligeable. Même  Hama Amadou qui a la même prétention que lui ne constitue « aucune menace » pour lui car selon ses prétentions il serait mieux placé que quiconque pour affronter le président Issoufou. Ce dernier, à en croire ABC ne pourra pas passer au premier tour : « Sa cote de désamour auprès des Nigériens ne le lui permettra pas. Le peuple est assez mûr et déterminé pour stopper toute tentative de passage en force ».

De quel oracle détient-il cette information et aussi celle de se considérer comme… le principal challenger de Mahamadou Issoufou ? Seul le futur (proche) nous le dira.

Tiemago Bizo