Depuis quelques semaines, le débat politique nigérien est tombé si bas pour prendre la tournure d’une véritable  »guerre d’invectives » opposant des activistes mal inspirés de nos formations politiques. En lieu et place du débat d’idées et de la confrontation des arguments, d’aucuns ont réussi à ramener le niveau du débat au plus bas de l’échelle en y introduisant les insultes et la vilénie. C’est ainsi que certains activistes de différents bords politiques, qui excellent dans l’art de jeter l’opprobre sur ceux d’en face, nous abreuvent de messages livrés dans un style imbuvable, par le biais des réseaux sociaux comme Whatsapp et Facebook.

Des messages chargés du venin de la haine et du germe de l’indécence sont quotidiennement relayés sur ces réseaux sociaux par des personnes qui ne semblent pas bien mesurer la gravité d’une telle rhétorique, au relent purement guerrier. Certains y ont poussé l’inconscience jusqu’à oser tenir des propos boutefeux et proprement incendiaires, du genre à remettre en cause les fondements de l’unité nationale, de la fraternité et de la paix au Niger, des valeurs sacro-saintes dont les Nigériens sont unanimement jaloux, car elles constituent le béton infrangible de la conscience partagée de notre communauté de destin. Aujourd’hui, nul ne doit perdre de vue que ce langage guerrier et obscène ne sied pas à notre société où l’injure publique porte en elle le germe de la déchirure. C’est pourquoi l’honneur des uns et la dignité des autres doivent être préservés à tout prix, au risque de plonger notre pays dans une situation cruelle et douloureuse. N’oublions jamais que quand on en vient à perdre la paix, c’est qu’on a tout perdu. Tout !…

Voilà pourquoi devant la persistance et la gravité de ces messages et déclarations de bas étage, le Premier ministre, SE. Brigi Rafini a jugé utile de saisir l’opportunité de la réunion, samedi dernier, du Conseil national de Dialogue Politique pour appeler les uns et les autres à la retenue.  »Nous sommes tous sidérés d’apprendre et d’écouter certains propos qui relèvent de l’indécence totale. Nous lançons un appel à nos concitoyens pour qu’ils se ressaisissent en cessant de s’insulter, de se dire des mots déplacés. Il faudrait de l’accalmie parce que nous sommes des croyants. Il faut que nous respections la dignité de la personne humaine. Les insultes et les mots indécents n’ont pas leur place dans la société nigérienne », a notamment lancé SE. Brigi Rafini.

Même son de cloche du côté du barreau qui, le même jour, a également lancé un appel aux Nigériens. «Le barreau constate avec inquiétude que l’atmosphère sociale délétère s’installe, mettant en péril notre bien commun le plus cher, l’unité nationale. En effet, depuis quelques jours, certaines personnes se livrent allègrement, par médias interposés ou au travers des réseaux sociaux, à des propos injurieux, haineux, claniques et ethnocentriques d’une extrême violence. Le barreau connaît la puissance destructrice de tels actes. Les drames que ce type de propos ont engendrés dans certains pays sont encore frais dans la mémoire collective», a averti l’Ordre des avocats du Niger, qui a demandé que des poursuites conséquentes soient engagées contre les auteurs de tout propos haineux,  »quelle que soit leur place sociale, leur rang social ».
Du reste, doit-on constater, cette montée en puissance de la violence verbale n’a point sa raison d’être dans notre pays, à en juger par les messages de paix mille fois réitérés par le Président de la République. Il l’a fait dans le vibrant message à la Nation qu’il a prononcé au lendemain des tristes événements des 16, 17 et 18 janvier 2015, par un appel solennel à tous les fils du Niger : « Je lance un appel au calme à tous ! La paix, comme vous le savez, est notre bien le plus précieux. Je vous demande, par conséquent de vous démarquer de ces agitations. Je vous demande de contribuer à préserver la paix et la quiétude qu’on nous envie tant ». Il l’a répété dans son Appel de N’Gourti où, après avoir appelé de tous ses vœux la tenue d’élections «apaisées, justes, crédibles et transparentes» et des  »débats sereins, programme contre programme», le Président Issoufou Mahamadou a lancé ces mots assurément pertinents pour répondre au contexte actuel dominé par les dérapages et la montée des passions : « Prions tous, ensemble, pour que ceux qui sont habités par la haine et l’envie guérissent de ces terribles maladies […]. Tous les enfants du pays doivent se tendre la main. Je réaffirme, solennellement, depuis N’Gourti, que la mienne reste toujours tendue ».
Aussi, pour joindre notre voix, à celles de toutes ces personnalités, nous demandons à tous et à chacun d’agir, toujours et en toute circonstance, dans le sens de la préservation de la paix et de la quiétude sociale, pour que vive et prospère le Niger.

Assane Soumana(onep)