Il est facile de comprendre, de nos jours, pourquoi dans ses déclarations, l’opposition fait feu de tout bois. L’accident de la Mecque ? C’est Issoufou. Boko Haram ? Encore lui. Les crises au Mali et en Libye ? Toujours lui. Le Président, qui a le dos large, serait aussi, aux dires de l’opposition, à l’origine des épidémies de méningite et des déficits pluviométriques.

Trop facile, dirait-on, de se coucher pendant cinq ans et de mettre tous les maux du pays au compte de quelqu’un, fût-il le Président de la République. Mais c’est justement ce que fait l’opposition regroupée sous sa nouvelle enseigne Front patriotique et républicain. Les membres du FPR, tout comme la cigale qui chanta tout l’été, avant de se retrouver « fort dépourvue », apparaissent en cette veille d’élections, sans prévoyance ni préparation aucune.

Pendant que le Président et son Gouvernement étaient à la tâche pour rattraper des décennies de non construction nationale, ils étaient occupés à mener des actions de sape et à se prélasser dans les salons, distillant mensonges, rumeurs, intoxications et fausses informations. Ils ont prié pour le chaos (d’où qu’il vienne, peu importe), et pour que le pouvoir soit ébranlé par les crises libyenne, malienne et par Boko Haram. Ils ont prié pour que Condé ne gagne pas en Guinée et pour que Diendéré s’installe durablement au Burkina Faso, suivant le bon principe : les amis de nos ennemis sont nos ennemis.

Lorsque pendant cinq ans on n’a rien fait pour le peuple hormis lui souhaiter des malheurs et dormir, on se réveille groggy ; lorsque pendant cinq ans on n’a pas pour une once préparé l’alternance qu’on a appelée de tous ses vœux, l’on n’a pas à être surpris que celle-ci s’éloigne. Que dire au peuple en ces temps de pré-campagne, alors que durant toute la législature, on n’a posé aucun acte positif pour le Niger ? L’opposition a certes un bilan, mais il n’est guère avouable. Pour les élections, elle cherche donc ses marques, le pied sur lequel danser. A trop vouloir forcer le destin, elle s’est jetée dans l’abîme et ne peut compter que sur elle-même pour en sortir.

Elle devra, pour y parvenir, surmonter dans de brefs délais ses propres contradictions et aller à la conquête d’une crédibilité : l’opposition, comme dans une rengaine, continue de contester la légitimité des organes électoraux, alors que les fondements de ceux-ci sont restés les mêmes, y compris lorsque c’est elle qui gagnait les élections ; l’opposition, plutôt que de se livrer comme les autres formations à une pré-campagne saine et civilisée, continue d’intoxiquer le bon peuple et d’attendre un messie qui n’en finit d‘arriver.

Laissant ainsi croire que pour elle, sans Hama, point de salut ! L’opposition mène campagne non pas vers les électeurs, mais en direction des chancelleries étrangères, pour que celles-ci fassent plier le pouvoir de Niamey sur des questions constitutionnellement indiscutables. En pensant les rallier à sa cause (perdue), elle sous-estime la capacité d’analyse de ces chancelleries et méprise leur sens de la jugeote ; l’opposition devra enfin –et ce n’est pas le plus simple- régler la question du leadership entre ses leaders : il est clair que Mahamane Ousmane, Seyni Oumarou et Hama Amadou ne sont que des alliés de circonstance, chacun feignant la fidélité à une alliance en réalité sans âme (comme dirait l’un des trois), en espérant rafler la mise au final. Mais nous le savons tous, personne ne croit en la sincérité de cet attelage marqué de part et d‘autre par la rancune et le ressentiment.

Maï Riga