Finalement, après avoir essuyé plusieurs refus de la part des autorités gouvernorales pour non-respect des formes légales prévues en la matière, l’opposition politique nigérienne a pu tenir sa marche suivie de meeting sur la Place de la Concertation, le week-end dernier. Avant, on nous avait rabâché les tympans avec cette manif qu’on annonçait exceptionnelle pour en découdre, une fois pour toutes, avec le régime de la Septième République.

Eh bien, la manifestation tant annoncée en grandes pompes par les thuriféraires du FPI, pardon, du FPR, a été, cette fois-ci, autorisée et elle a bel et bien eu lieu. Comme d’hab, elle n’avait rien eu d’exceptionnel et se rangeait précisément dans les standards traditionnels d’une opposition en perte constante de vitesse dans l’opinion publique nationale et internationale. On peut donc affirmer, sans risque de se tromper, que la montagne aura accouché d’une petite souris, mais là n’est pas, à proprement parler, l’objet de notre dissertation du jour.

Ce qui nous intéresse dans cet unième débrayage du FPR, c’est plus la teneur du discours trop controversé prononcé à cet effet par le chef de file de l’opposition, Seini Oumarou, dont les échos, fort retentissants, restent encore audibles dans nos oreilles trois jours après l’événement. Que Seini Oumarou traite le Président de tous les noms d’oiseaux existant sur cette terre, qu’il pourfende le régime de la Septième République auquel il ne reconnaît aucun mérite, qu’il raille la gouvernance actuelle, qu’il qualifie de profondément corrompue, ou enfin, qu’il proclame sa flamme à sa doucemoitié d’épouse, c’est-là, assurément, quoique contestable, son droit le plus absolu en tant qu’opposant.

Ce n’est donc pas cette partie du discours qui pose problème et soulève notre indignation en tant que démocrates, mais bien la désinvolture avec laquelle il traite la Cour Constitutionnelle (CC) du Niger qu’il qualifie d’ ‘’institution politique’’ et non de juridiction. L’affirmation est énormissime et pourrait prêter à sourire s’il ne s’agissait d’une chose aussi gravissime touchant au gardien du temple constitutionnel qu’est la CC. En effet, où Seini Oumarou était-il allé dénicher cette ‘’ trouvaille’’ que personne ne connaissait au Niger avant lui.

Même à propos de la Cour Constitutionnelle controversée mise en place par Tandja pour légitimer son Tazarché, c’était-là un pas que les démocrates nigériens s’étaient gardé de franchir en disant simplement que cette Cour était illégale et illégitime, mais pas qu’elle était une institution politique. Or la nature juridictionnelle de la CC ne souffre d’aucune ambiguïté, puisque c’est la Constitution ellemême qui règle la question en disposant que le pouvoir judiciaire est détenu concurremment par la Cour Constitutionnelle, la Cour de Cassation, le Conseil d’Etat, la Cour des Comptes, les Cours d’Appel, les Tribunaux et les Chambres Consulaires !

Alors, Seini Oumarou porte-il seulement des lunettes en bois pour ne pas voir ce qui est écrit noir sur blanc, ou bien au contraire, ferait-il simplement preuve de mauvaise foi manifeste de politique politicienne ? Le plus grave est à venir. Parlant de la recomposition de la CC, le président du ‘’MNSD coquille vide’’ assure que les démocrates nigériens ne sont pas au bout de leurs peines :

« Pour refuser de revoir la composition actuelle de la Cour Constitutionnelle, le Président de la République s’abrite derrière le fallacieux prétexte de la Constitution ».

Ces propos scandaleux sont ceux de Seini Oumarou et tout citoyen nigérien normal, et saint d’esprit et de corps, peut en mesurer aujourd’hui la portée exacte. Que voulait-il insinuer parlà ? Aurait-il voulu traiter la Loi fondamentale de fallacieuse, ou bien, sa mauvaise maîtrise de la langue de Molière aurait-elle simplement trahi une pensée ayant du mal à s’énoncer clairement ? Dans tous les cas, en qualifiant la CC ‘’d’institution politique’’, en refusant à celle-ci son caractère juridictionnel qui en fait le juge impartial dans une démocratie pluraliste comme la nôtre, le chef de file de l’opposition nigérienne remet en question toute la construction démocratique du pays par cette affirmation.

Dans sa mission de juge électoral, la CC est amenée à se prononcer uniquement sur les procès-verbaux des résultats globaux provisoires qui lui sont transmis par la Commission Electorale Indépendante. Comme on peut le voir, l’enjeu autour de cette CC parait pluslimité que l’opposition ne veut le faire croire. En réalité, l’opposition s’est, sans doute, totalement gourée aussi bien dans ses choix que dans ses stratégies politiques en faisant une fixation dé- placée sur la CC, alors que la bonne logique aurait voulu qu’elle se préoccupe davantage de ce qui se fait au niveau de la CENI où elle dispose, là-encore, de repré- sentants pour veiller, en principe, sur ses intérêts !

Personne ne comprend alors cette fixation de l’opposition sur la CC au point de demander, publiquement, mais naïvement, au Chef de l’Etat de violer son serment constitutionnel en procédant à une dissolution, pure et simple, de l’actuelle CC ! Comprend-t-elle seulement que permettre au Président de la Ré- publique de modifier à tous bouts de champs la Loi Fondamentale, c’est ouvrir ainsi la boîte à Pandore pour toute velléité dictatoriale, et toute ‘’tropicalisation’’ de notre système démocratique, car comme le disait si justement Montesquieu : ‘’Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, et il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir’’ !

Si d’aventure le Président de la République accédait à la requête de l’opposition, c’est-à- dire celle de dissoudre l’actuelle CC, et comme la CC est une ‘’institution politique’’, alors, de quelle garantie disposerait-elle pour s’assurer que le Président Issoufou nommerait Ousseini Salatou, président de cette nouvelle CC ‘’tropicale’’ ? De la droite française on avait dit jadis qu’elle était la plus bête du monde. Ne serions nous pas tentés de dire la même chose sur notre opposition ? C’est aujourd’hui triste de faire le constat que nous ne sommes guère en présence d’une opposition démocratique et républicaine.

Peut-être que nous avions trop surévalué ces acteurs politiques en oubliant simplement que, pour la plupart d’entre eux, ils étaient les mêmes thuriféraires du tazarché qui avaient invité Tandja Mamadou à démolir toute l’architecture constitutionnelle de notre pays pour s’offrir un ‘’bonus’’ de trois ans, comme si la Constitution était comme le cola qu’on se partage entre amis ! C’était aussi les mêmes qui avaient vu la démocratie s’installer au Niger à leur corps défendant.

Sous des dehors trompeurs et vêtus d’oripeaux démocratiques artificiels, ils avaient profité autant de la démocratie tant qu’elle les arrangeait, et desservi la cause de celle-ci le cas échéant. Donc point de surprise aujourd’hui que Seini Oumarou et consorts traitent notre constitution de ‘’fallacieux prétexte’’ qu’il faut abroger pour son plaisir.

ZAK (OPINIONS N° 277 DU 04 NOVEMBRE 2015)