Dans quelques heures, à partir de ce lundi 30 novembre et jusqu’au 11 décembre, se tiendra à Paris la Conférence mondiale sur le Climat, communément appelée COP21.

Pour les béotiens, l’acronyme COP 21 désigne en réalité « 21th Conference of the Parties » ou « 21e conférence des parties » ; les parties constituent outre l’union européenne, les 195 pays signataires de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, paraphée pour la première fois en 1992. L’objectif était, dès le départ, de trouver un accord pour réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES), en d’autres termes réduire le réchauffement climatique.

Au total, 150 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus dans cette « conférence de la dernière chance » pour le climat sur laquelle le président français François Hollande a beaucoup misé et qu’il a défini comme « un moment d’espérance et de solidarité ».

Le Niger sera naturellement représenté au plus haut niveau par le Président de la République venu défendre une position qui concernera tous les pays à faible émission. La centralité de notre pays entre Sahel et Sahara sera mise en avant pour exposer toutes les conséquences de l’augmentation de température due à la forte émission de carbone et par capillarité des conséquences de l’avancée inexorable du désert.

Enjeux de l’accord

La conférence de Paris se donne pour finalité de parvenir à trouver un accord-cadre pour limiter le réchauffement à 2°C d’ici 2100. Il s’agit d’une urgence absolue de ce qu’on pourrait appeler un nouvel ordre écologique mondial. Au-delà de 2°C, la limite du tolérable sera vite atteinte, ce qui peut induire des dérèglements climatiques importants dont on commence à observer les signes avant-coureurs.

  • En 50 ans, le niveau de la mer a augmenté de 10 cm, phénomène dû notablement à la fonte de la calotte glaciaire et des glaciers. Cette montée sera d’un mètre et plus dans les 100 à 200 ans à venir. Elle aura pour conséquence la disparition des îles situées dans le Pacifique (Marshall, Polynésie, Micronésie), de l’Océan indien (Maldives avec 2m d’altitude seulement), certaines régions des Philippines et d’Indonésie et anecdotiquement les neiges éternelles du Kilimandjaro en Afrique. Une étude du CNRS indique que 10 000 à 20 000 îles pourraient disparaitre au courant de ce siècle. Déjà les habitants de l’île de Bikini (Pacifique) ont demandé l’asile climatique aux Etats-Unis. Une nouvelle race de réfugiés voit le jour : les migrants climatiques.
  • Des mégalopoles côtières généralement construites sous le niveau de la mer à l’instar de New-York, Tokyo, Singapour ou Miami pourraient aussi être immergées, sous les eaux.
  • Si l’accord de la stabilisation de 2°C d’ici à la fin du siècle est remis en cause par les parties (ce qui semble être le cas, par les plus gros émetteurs), on pourrait sans doute observer de records de températures jamais relevées. En 2013, le climatologue Thomas Stocker, dans un rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) indiquait que « les vagues de chaleur vont probablement se produire plus fréquemment et durer plus longtemps. Avec le réchauffement de la Terre, nous nous attendons à voir les régions actuellement humides recevoir davantage de précipitations et les régions sèches en recevoir moins». Le GIEC table encore sur une augmentation de 0.3 à 4.8°C selon les émissions de gaz de serre d’ici 2100. On pourra relever à cette date, jusqu’à 40°C à Paris, température qui a cours dans les zones chaudes intertropicales de Niamey, Dubaï ou Bamako. Avec les périodes de pics de chaleur se grefferont divers cataclysmes extrêmes comme les sécheresses, inondations, cyclones, typhons qui, à termes provoqueront de grandes migrations climatiques : environ 250 millions de personnes seront concernées en 2050, soit déjà aujourd’hui plus de migrants climatiques que de guerre. L’ONU annonce que les catastrophes naturelles dues changement climatique ont tué plus de 600 000 personnes et 4 milliards de blessés et de précarisés en 20 ans dans les 6457 inondations, tempêtes, canicules, sécheresses et autres désastres.
  • Le corollaire du réchauffement se traduirait aussi par une expansion de la pauvreté et de la malnutrition. Une étude de la Banque Mondiale souligne que « les populations les plus pauvres seront menacées par les mauvaises récoltes dues à la minoration de la pluviométrie ». Dans le même registre, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, la hausse des températures et du niveau des mers, ainsi que les inondations et les sécheresses auront un impact significatif sur le droit à l’alimentation, donc sur la malnutrition.
  • Enfin, outre la réduction des réserves faunistiques et floristiques, le réchauffement climatique aura une incidence sur la permanence des maladies : selon l’OMS, une élévation de 2-3°C exposera plus de 2 milliards de personnes de plus au risque de transmission de la dengue (sorte de grippe tropicale) et augmentera de 5% le nombre de prévalence au paludisme soit une hausse de 150 millions de personnes.

Le défi écologique du Niger

 

Au Niger, le processus de protection de l’environnement est très ancien même si l’efficacité des opérations est sujette à caution. Il équivaut d’une certaine manière, à la lutte contre la désertification et la réduction du réchauffement climatique même si l’émission est très faible (1,216 millions T de CO2, pour moins 1% du total mondial).

Déjà au XVIII è S, le Sultan Tanimoune de Zinder initia un système ingénieux d’agro-foresterie et de sa protection, sur conseils de marabouts de la Cour qui attirèrent l’attention du souverain sur la relation entre la coupe des arbres et le manque d’eau. Le décret royal ne se fit pas attendre : « la vie d’un arbre équivaut à celle d’un homme ». Il fut même mis sur pied un service de renseignement qui contrôlait les abattages clandestins d’arbres et d’une politique de réensemencement d’acacia albida (gao) permettant ainsi de gérer efficacement les aires protégées.

Dans les années 70, les autorités sous l’emprise de la sécheresse, initièrent des actions de reboisement pour régénérer le biotope à travers les bois de village, bois de Samaria, ceintures vertes… lors d’opérations dites « Sahel Vert ». C’était un moment d’intenses mobilisations pour la Samaria d’aller, dans un lieu dédié, planter de milliers d’arbres. Plus tard, ce mouvement sera plus « internationaliste » avec la participation de citoyens du monde.

Prenant la mesure de l’urgence suite à la nouvelle sécheresse qui se profilait et qui risquait de plomber le pays, le président Seyni Kountché annonce en 1983, l’ »engagement de Maradi », débat national sur la désertification qui devait se tenir en mai 1984 par ce message solennel : « Je vous annonce que l’année 1984 sera consacrée année du reboisement national. Nul doute que nous pourrons, à force de volonté, reverdir le Sahel et sauver notre Niger éternel». Suivra le couplage de la fête de l’indépendance du 3 août avec la Fête de l’Arbre. D’énormes moyens financiers pour l’époque ont été consentis pour accompagner ce pari environnemental. Peine perdue. Par manque de suivi, d’entretien mais aussi de vision d’ensemble. Quid des bois de samaria, de ceintures vertes ou de la grande muraille verte intéressant 20 pays et en attente depuis 2002 ?

De toute évidence, même si le Niger n’apparait pas comme un émetteur potentiel en matière de gaz à effet de serre malgré l’utilisation des ressources fossiles (pétrole, charbon), il n’en demeure pas moins qu’il doit participer, comme le souligne Kamaye Maazou du CNEDD (conseil national de l’environnement et du développement durable), à l’effort global de stabilisation des émissions de GES, en présentant ses ambitions et sa capacité à atténuer ses émissions à travers son agriculture et surtout l’élevage (plus de 20 millions de têtes) qui produit du méthane et du protoxyde d’azote, deux gaz à effet de serre à pouvoir de réchauffement global élevé. La priorité pour le Niger sera surtout de se focaliser d’abord sur les stratégies d’adaptation et de résilience aux changements climatiques. Car le pays reste tributaire de changements climatiques : glissements d’isohyète de 200 km du nord vers le sud, réseau hydrographique en baisse, diminution du couvert de biomasse et avancée du désert, tendance à une hausse de la température avec les incidences sur la production agricole, l’exode rural, érosion éolienne…

Il reste que le Niger doit rechercher des alternatives pour réduire l’émission du GES (même si très faible) et prévenir la déforestation qui reste un paradoxe pour un pays à faible couvert forestier. L’initiative de la promotion et consommation du gaz nigérien (44 000 tonnes produites) doit être ainsi accélérée : il faut « accroître la consommation du gaz pour inverser la tendance à la déforestation » dixit le ministre de l’énergie. Quand on sait qu’au Niger, quelques 200.000 tonnes de bois sont ainsi consommées tous les ans, soit l’équivalent de 100.000 hectares de forêt détruits et que plus de 90% des ménages n’utilisent que le bois, alors même que le sous-sol contient du charbon fossile, le pari du gaz mérite d’être tenu. Ainsi la consommation de gaz a plus que quintuplé en trois ans, passant de 3.000 tonnes en 2012 à plus de 17.000 tonnes en 2015 soit 40 000 ha préservés. Malgré ce résultat encourageant, un changement radical de mentalité est nécessaire et obligatoire pour la préservation de notre couvert végétal.

Enfin, au vu des enjeux qui nous attendent, le Niger ne peut faire l’économie d’un ministère de l’écologie de plein exercice pour planifier et coordonner les actions pérennes de lutte contre la désertification et le réchauffement au lieu de « mesurettes » qui se sont révélées inefficaces depuis plus de 50 ans. Retenir pour l’anecdote, qu’en 1974, en pleine période de famine, le nouveau chef de l’Etat, Seyni Kountché mettait en place « un ministère du climat »… (et de l’aide aux populations) confié à Ali Saibou qui n’aura duré le temps d’un harmattan.

Que faut-il attendre de la COP21 ?

Rien à vrai dire ne sortira de ces rounds de négociation de la COP 21 du Bourget. Pour le moment 55 articles sont susceptibles de poser problème à un accord à l’unanimité, nécessaire pour la réussite de la COP21, tant les intérêts des pays pollueurs paraissent non négociables. Déjà, John Kerry annonçait le 12 novembre dans le Financial Times que l’accord ne sera pas juridiquement contraignant. Tous les protocoles depuis la conférence de Berlin (COP1 en 1995), Kyoto (COP3 en 1997) en passant celle de Copenhague (COP15 en 2009) ont été voués à l’échec par manque justement d’un accord contraignant qui obligerait les parties les plus « pollueuses » à réduire leur taux d’émission en dioxyde de carbone.

Mais la France met la pression sur ses partenaires africains, qui avaient un temps boudé le texte préparatoire, afin de signer le texte final : le continent africain émet moins de 4 % des émissions mondiales de CO2, pour environ 17% de la population, mais François Hollande et son gouvernement ont besoin du soutien de l’Afrique pour amener les principaux pays pollueurs, les États-Unis (14% du total mondial) et la Chine (28%), à adopter un accord contraignant et approuvé par le plus grand nombre. « Les risques climatiques menacent la vie et la prospérité dans de nombreuses parties de l’Afrique et il existe des signes clairs que les impacts du changement climatique se font déjà sentir », selon le 5e rapport (2014) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Mais il faut dire que les États africains, regroupés dans un « groupe Afrique », appartiennent au G77, qui comprend 133 pays (il y a 195 États parties de la convention-cadre de l’ONU) et a la particularité d’être associé à la Chine pour ces négociations sur le climat : on parle ainsi du « G77 plus la Chine ». Ce qui ne facilitera pas la partie française, déterminée à réussir ce que Laurent Fabius, chef de la diplomatie, appelle « le plus grand événement international jamais organisé sur le sol français » qui rassemblera plus de 50 000  personnes.

Il reste la question centrale concernant le financement (ou de la compensation des parties moins polluantes) pour lequel les ONG Oxfam, le Réseau Action Climat Europe et WWF sont attentifs : Selon eux, il faut mettre en place un projet concret pour le financement climatique qui précisera notamment la manière dont l’argent sera versé aux pays en développement. C’est le cas du « Fonds Vert » pour lequel les pays développés (pollueurs-payeurs) ont annoncé l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars (environ 92 milliards d’euros) par an d’ici à 2020 pour aider les pays du sud à lutter contre le réchauffement du climat. En septembre 2014, des dirigeants ont lancé un appel en faveur d’une capitalisation initiale à hauteur de 10 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros) alors que les pays les moins avancés (PMA) économiquement attendaient 15 milliards. Sur les 10 milliards promis, seuls 5,8 milliards avaient fait l’objet d’accords signés début octobre. Manque notamment la contribution des Etats-Unis qui se sont engagés sur 3 milliards mais n’ont toujours rien versé. On est encore loin du compte.

L’urgence est là, le climat est un fait social, affecté par les décisions politiques. D’ailleurs le prix Nobel de la paix, la kenyane Wangari Maathai s’inquiétait que «  le dérèglement climatique est la vie ou la mort. C’est le nouveau champ de bataille mondial ». Plus prosaïquement, une intervenante africaine lançait au conseiller du président français, Nicolas Hulot que « la COP 21 donnera le quitus de qui doit vivre ou mourir » ou bien le changement climatique n’est pas un problème pour les générations futures, c’est un sujet d’aujourd’hui quelque soit son degré de pollution. Ce n’est pas seulement un enjeu de système énergétique, de modèle économique et de rapports de force géopolitiques. C’est juste une question vitale. En attendant la COP22 de Marrakech en 2016.

Aboubakar K. LALO

Professeur

France