Le fugitif est enfin rentré de son exil volontaire de 15 mois en France, samedi 14 novembre, par un vol régulier d’Air France. Sous la pression voire la menace de ses partisans restés au pays et le mensonge de ceux qui lui ont fait croire que le mandat d’arrêt émis contre lui est caduque sur la base d’une lecture opportuniste du droit. Pour eux, le juge qui l’a décerné n’étant plus là, le mandat n’est plus valide. Pur simplisme. Pourtant, pour ceux qui ne sont pas amnésiques, ils se rappelleront que la Cour d’appel de Niamey, saisie par les avocats de Hama, avait confirmé, il y a 4 mois, la validité de ce mandat. Depuis lors, il n’y a pas eu une décision contraire émanant d’une juridiction supérieure.

Certainement qu’en décidant de mettre fin à son exil, il a voulu démontrer qu’il n’est pas le lâche que les « mauvaises langues » des rangs de la majorité voudraient voir en lui. Comme si ce n’était pas lui qui, le 28 août 2014, a fui le Niger dans des conditions rocambolesques pour trouver refuge à plusieurs milliers de kilomètres de la justice de son pays qui voulait l’entendre à propos de la honteuse affaire de supposition d’enfants du Nigeria et du délit de faux et usage de faux. Plutôt que de répondre à la convocation du juge, il a préféré se répandre dans les médias hexagonaux pour discréditer les institutions de la République y compris la justice nigérienne dont il doute de l’indépendance. A la place de celle-ci, il a préféré faire à la justice française. Pour revenir au Niger, Hama s’est fait escorté par quelques amis de la droite française. Ils font office de témoins de l’accueil qui sera réservé à Hama, de son influence dans l’opinion. Comme si le Niger est une République bananière. Ces mercenaires des temps nouveaux ont été simplement refoulés pour retourner de là où ils venaient.

Bien plus. Les jeunes des quartiers voisins de l’aéroport mobilisés comme une chair à canon étaient là pour créer le drame en misant sur une bavure des forces de sécurité mais aussi faire échec à l’exécution d’une décision de justice. Rappelez-vous du G15, cette initiative de regrouper des milliers de jeunes pour offrir leur vie à Hama, dont nous avions fait cas dans une de nos précédentes livraisons. Toute bavure aurait alors permis à Hama non seulement de quitter l’aéroport comme n’importe quel honnête citoyen mais aussi de chasser le président Issoufou du palais présidentiel. Mal leur en pris. Les forces de sécurité ont géré cet événement avec professionnalisme et efficacité. Il n’y a pas eu d’incident. L’attroupement armé et non déclaré, donc illégal, des partisans de Hama a été dispersé sans coup férir.

Aujourd’hui, la supercherie a été détectée : un enfant dont l’âge varie entre 12 et 15 ans a mortellement été percuté par un motocycliste qui faisait manifestement partie de l’attroupement illégal. Très vte, des partisans du fugitif ont cherché à porter la responsabilité sur les policiers mais tous les témoignages concordent sur les circonstances exactes de sa mort. Les forces de sécurité n’y étaient pour rien. L’enquête le confirmera davantage.

Comme un fruit mûr, Hama a été cueilli à sa descente d’avion. Ainsi, le mandat d’arrêt décerné par le juge a été exécuté conformément à la loi. L’exécution des mandats est un acte ordinaire parce que le principe c’est que tous les citoyens sont égaux devant la loi. Alors pourquoi, lorsqu’il s’agit d’entendre Hama, ses partisans remuent ciel et terre comme s’il est un super citoyen, au-dessus de la loi.

Au même moment, les instigateurs de la violence dans les rues de Niamey, en voulant certainement rééditer les actes de terreur des 16 et 17 janvier dernier, ont été arrêtés. A cette date, ils sont plusieurs dizaines dont Soumana Sanda, le colonel à la retraite Abdourahamane Seydou, les mêmes qui étaient déjà poursuivis et dé- tenus, il y a plus d’un an, pour atteinte à la sécurité de l’Etat.

S’il faut tirer un bilan, on dira sans conteste que les forces de sécurité ont été exemplaires et que force était rigoureusement restée à la loi.

La subversion par les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux qui sont censés être des moyens de saine communication sont abondamment utilisés ces derniers temps pour alimenter l’insurrection en faisant recours aux discours haineux en vue de diviser les Nigériens sur des bases rétrogrades. Tout cela pour que Hama ne paye pas ses fautes devant la loi. A travers les réseaux sociaux, il s’agit de sonner la mobilisation des jeunes, les enflammer avec des discours mortifères jusqu’à la chute du régime démocratiquement élu. Les jeunes n’ont pas effectivement répondu. Et l’insurrection, à travers les réseaux sociaux, peine à être opérationnalisée, la mayonnaise ne prenant pas.

Depuis samedi 14 novembre, Hama Amadou médite son sort à la prison civile de Filingué. Comme on le dit, la loi est dure mais c’est la loi. De même, il méditera certainement sur cet autre dossier où une femme l’avait accusé de harcèlement. Et pour demander réparation, elle aurait porté l’affaire devant les autorités compétentes françaises.

Gorel Harouna ( Le Républicain du 19 Novembre 2015)