Des concerts outre-Atlantique, un label britannique… L’orchestre formé en 2000 a su séduire les oreilles anglo-saxonnes avec son savoureux mélange de culture nigérienne et de rock ouest-africain.

Difficile de trouver de meilleurs ambassadeurs de la culture nigérienne que les musiciens du Tal National. Véritable « Niger en miniature », le groupe compte généralement six musiciens sur scène, mais est composé de dix-sept membres parmi lesquels des Haoussas, des Zarmas, des Peuls, des Gourmantchés, des Kanouris, des Fulanis, des Toubous, des Arabes et des Touaregs. Il a su créer une harmonie envoûtante, où chaque ethnie mêle sa sensibilité, son répertoire et ses sons à ceux du rock.

Adulé de Niamey à Zinder, le Tal National a aussi conquis les oreilles anglo-saxonnes. Cette année, il a enchaîné une tournée de six semaines aux États-Unis au printemps puis une série de concerts au Royaume-Uni en juillet avant de repartir outre-Atlantique pour 19 représentations qui, de mi-août à fin septembre, l’ont emmené à New York, Chicago, Portland, Pittsburgh et Washington. Même s’il y a fort à parier que peu de Yankees sauront situer le désert du Ténéré sur une carte, ils sont désormais nombreux à avoir goûté au savoureux mélange de culture nigérienne et d’héritage rock ouest-africain servi par le Tal National.

Le Tal National chantent les femmes de Niamey, les voleurs de sac de la gare routière ou les camions qui relient Zinder à Agadez en bravant les coupeurs de route

Formé en 2000 sur le modèle des orchestres nationaux du Mali ou de Guinée, le groupe a joué aux quatre coins du pays avant de remporter un franc -succès dès la sortie de son premier album, Apokte, en 2006, qui lui attire cependant les foudres de quelques religieux irrités par les paroles de certains titres magnifiant les rondeurs de la femme nigérienne. Qu’importe. Le Tal National continue de chanter les femmes de Niamey, les voleurs de sac de la gare routière ou les camions qui relient Zinder à Agadez en bravant les coupeurs de route, et ses deux albums suivants, A-Na Waya (2008) et Kaani (2011), le consacrent comme l’un des groupes phares du pays et lui ouvrent déjà quelques scènes européennes.

L’orchestre surfe alors sur la montée en puissance de la téléphonie mobile et des réseaux sociaux pour se faire connaître davantage. Il se produit jusqu’à cinq fois par semaine au Tafadek, un établissement de Niamey pouvant accueillir jusqu’à 1 000 personnes, et, pour tenir les quatre ou cinq heures de concert, il a même établi un roulement de chanteurs, de guitaristes, de bassistes et de percussionnistes remplaçants. Une formation « doublée » qui permet aussi au Tal National d’assurer un concert et d’animer en même temps une soirée privée. Car Hamadal Issoufou Moumime, alias Almeida, guitariste et leader du groupe, met un point d’honneur à ne pas refuser de demandes. Ancien footballeur et, depuis vingt ans, juge et greffier en chef au tribunal de grande instance de Niamey, il déborde d’énergie et d’exigence, comme sa musique.

La nouvelle version de Kaani paraît en 2013, et est classé dans le top 10 de l’année 2013 des meilleurs albums par le New York Times

C’est Almeida qui, lors d’un festival à Chicago, rencontre l’ingénieur du son américain Jamie Carter et le convainc de venir à Niamey. En 2011, studio mobile sous le bras, ce dernier capture les titres du troisième opus dans la capitale nigérienne, puis repart les mixer à Chicago. La nouvelle version de Kaani paraît en 2013, diffusée cette fois-ci à l’international par le label indépendant britannique FatCat. Il est classé dans le top 10 de l’année 2013 des meilleurs albums par leNew York Times et encensé par le quotidien britannique The Guardian.

Depuis, le « big band » nigérien peaufine ses atouts : une qualité de production internationale pour une musique puissamment locale, hypnotique, parfois à la limite de la transe. Toujours enregistré à Niamey et produit à Chicago par Jamie Carter, le quatrième album du groupe, Zoy Zoy, est sorti en avril 2015, toujours chez FatCat. Le Tal National fait mouche une fois encore avec un cocktail sans frontières de chants, de guitare, de basse, de batterie et de percussions qui fait le succès de « sa » musique du monde.

Mathieu Olivier  

Jeune Afrique

Niger Inter

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