Avez-vous récemment écouté ou lu les interviews de M. Amadou Boubacar Cissé, ministre d’Etat au Plan jusque dans une période récente ? Il dit, et sans sourciller, au magazine Jeune Afrique notamment, qu’il sera en 2016 le challenger principal de Issoufou Mahamadou aux élections présidentielles. Au passage, M. Cissé se plaint du fichier électoral, qui pècherait par quelques insuffisances dans son fief, Say. Nous, on aimerait bien savoir depuis quand Say est devenu fief de M. Cissé ; son parti, UDR Tabbat, y était candidat aux élections précédentes, et n’y a rien récolté.

Nous aimerions aussi savoir ce que pensent de ce détournement (pardon, déplacement) de fief les députés UDR de Zinder, qui sont d’un nombre respectable. Enfin, que pense Hama Amadou des prétentions de ce nouvel allié, lui qui, depuis 2013, claironne à l’envi sur les medias du monde entier qu’il sera le principal challenger de Issoufou en 2016 ? Ne serait-ce pas un crime de lèse-majesté à l’égard du Seigneur de Youri ?

Et à propos de celui-ci, notons encore que son retour, tant annoncé par certains, tant attendu par d‘autres, n’est toujours pas effectif. Hama continue de tourner en bourrique ses militants, qui d‘ailleurs ont en grand nombre boycotté le récent meeting de l’opposition pour manifester leur totale désapprobation d’un leader devenu fantôme ; Hama fatigue et discrédite ses lieutenants qui ne savent plus quoi dire à leur base, après avoir tenu d’innombrables réunions de quartiers préparatoires au retour du chef.

Seyni Oumarou semble regarder de loin le cirque que lui offrent gracieusement Lumana et Tabbat. Tel un sphinx, il est insensible aux propos des alliés qui lui brûlent la politesse, lui qui peut prétendre avec quelque crédibilité à une place de vrai protagoniste l’an prochain, parce que venu deuxième aux présidentielles de 2011.

Un autre spectateur intéressé est Mahamane Ousmane, ci-devant ancien président de la République et qui, pour cette raison justement (avoir été), se considère comme seul et légitime aspirant au fauteuil présidentiel capable de contrer le président sortant. Mais encore faudrait-il pour Nafarko, surmonter d’éventuels démêlés judiciaires liés à l’affaire Taiwan, et avoir au préalable un parti qui le présente aux électeurs nigériens. Vu qu’il sera difficile que la CDS (désormais aux mains de Abdou Labo) le fasse, le premier démocratiquement élu puis renversé par sa propre mal gouvernance, ne pourra compter que sur un comité de soutien dont même Tabbat ne ferait qu’une bouchée

Les voix sont discordantes au sein de l’opposition, c’est le moins qu’on puisse dire. Il ne manque plus que les investitures de Labizé et ORDN pour que chacun des membres de l’ARDR se considère comme challenger principal de Issoufou Mahamadou en 2016. Le président sortant peut être fier : ses futurs adversaires, malgré toute la mauvaise foi qui les anime et les ronge depuis près de cinq ans, reconnaissent au moins qu’il est le favori de la présidentielle, contre l’un d’entre eux. Reste à savoir lequel ?

En bonnes voix discordantes, ils sont incapables de s’entendre pour dire qui est leur champion…

Maï Riga