Un coup d’Etat déjoué au Niger, la semaine dernière. Un de plus. Une aventure qui, si elle avait abouti, aurait créé une chienlit dans le pays. L’Etat avait failli ne plus exister parce que quelques individus avaient des agendas privés à exécuter.

Depuis le 14 décembre, 9 officiers mis en cause dans cette conspiration sont aux arrêts (lire liste en encadré). Leur objectif était de renverser le pouvoir en place dans le sang. Leur plan était d’assassiner le pré- sident de la République, après avoir neutralisé les gardes présidentiels et toutes les forces loyalistes et bombardé le palais présidentiel. Il semble que d’autres personnalités de l’Etat ne seraient pas épargnées. Leur stratégie est de ne rien né- gliger. Il faut taper fort pour éviter toute réaction militaire hostile.

C’est pourquoi, les avions censés être déployés sur les théâtres d’opérations militaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ont été immobilisés dans la perspective du passage à l’action. Les moyens aériens devraient être utilisés à plein régime pour écraser toute résistance des forces hostiles au coup d’Etat. A l’évidence, cette action constitue une haute trahison contre le Niger, son peuple et les soldats, leurs frères d’armes, mobilisés dans la lutte contre les groupes terroristes.

Des soldats qui attendaient ces moyens aériens pour continuer à remporter beaucoup d’autres victoires contre les tenants de l’industrie du crime tant dans le lac Tchad qu’au nord Mali. Les putschistes n’envisageaient certainement pas une résistance significative parce que la logistique de la Garde présidentielle aurait été préalablement neutralisée. L’aventure a été arrêtée net lorsque le plan des putschistes était arrivé pratiquement à maturation.

En effet, depuis un mois, les services compétents étaient sur leurs traces en compilant progressivement les élé- ments de preuves. Les putschistes devraient passer à l’action le 18 décembre, au retour du président Issoufou Mahamadou, de la fête de la République à Maradi. Sur recommandation de leur marabout, leur « guide spirituel », ils ont ramené l’action au 17 décembre, indiquent certaines sources généralement bien informées. C’était le jour le plus favorable pour réussir l’action.

Selon toute vraisemblance, la transition devrait être dirigée par le général Salou Souleymane, inspecteur général des armées et de la gendarmerie au moment des faits. L’intéressé était à quelques jours seulement de son départ à la retraite. Il aurait certainement voulu avoir une autre vie après la retraite. Les mêmes sources indiquent que des civils devraient faire partie du gouvernement. Des noms sont même cités parmi lesquels des responsables de l’opposition dont l’un d’eux, un accroc de la Primature dit-on, était pressenti pour diriger le gouvernement de transition.

Selon le ministre de l’Intérieur assurant l’intérim de son homologue de la Défense nationale, au cours d’une conférence de presse, samedi 19 décembre, les auteurs de cette tentative de coup d’Etat seront traduits devant le tribunal militaire pour y être jugés. Une enquête est déjà ouverte par les soins de la gendarmerie. Le ministre Massoudou Hassoumi a dé- ploré le fait que l’opposition soit partie vite enbesogne. On se rappelle que celle-ci a assimilée cette grave affaire à une machination du régime en place.

Pour lui, c’est une « attitude négationniste tendant à banaliser une menace sérieuse contre la sécurité de l’Etat et contre les institutions démocratiques ». Le gouvernement n’a pas intérêt à tricher sur une information aussi grave, qui donne de notre pays une très mauvaise image. Alors que le Niger est apprécié pour la qualité de son système démocratique, très ouvert et très dynamique. « Nous sommes ceux qui ont le moins intérêt à dire qu’il y a tentative de coup d’Etat, à donner une image d’instabilité de notre pays.

Nous le faisons à notre corps défendant. Nous sommes tristes d’avoir le devoir d’annoncer de tels phénomènes parce que c’est mauvais pour notre pays, c’est mauvais pour l’image du gouvernement et pour l’image de la République », a précisé le ministre Massoudou. Certains militants de l’opposition qui évoquaient la fin du régime et l’arrivée de Hama Amadou au pouvoir en 2016 faisaient-ils allusion à cette malheureuse conspiration ? Les jours à venir édifieront l’opinion publique.

Au regard de la tournure prise par les événements, certains analystes s’interrogent sur le fait que l’opposition rue aussitôt sur les brancards. Or cette situation mérite une union sacrée de tous parce que c’est la volonté du peuple qui a failli être prise en otage, c’est la chienlit qui a failli être cultivée pour longtemps dans le pays, c’est tout simplement la démocratie qui a failli être assassinée au Niger, commentent certains analystes. Heureusement que les Forces de Défense et de Sécurité sont restées loyalistes et républicaines.

Le coup d’Etat ne les engageait pas, c’est l’affaire de quelques aventuriers qui voudraient assouvir des ambitions personnelles. L’autre bonne nouvelle, c’est que la situation est actuellement sous contrôle.

Gorel Harouna (Le Républicain N°2058 du 24 decembre)