Contrairement à Héraclite d’Ephese qui pensait « qu’on ne se baigne jamais deux fois dans un même fleuve », le Niger vient pourtant de se baigner pour la Néme fois dans un même fleuve suite au récent rapport du PNUD. Avec cette allure,  à quand le bout du tunnel ? s’était demandé le camarade Sami Youssoufou ?

Il vous souviendra un an de cela à la même période, beaucoup d’encre et de salive se sont coulés suite à ce rapport du PNUD. Cette année aussi ce rapport nous classe dernier des plus démunis malgré toute la richesse dont nous procédons. Malheureusement certains brebis galeuses, que je désigne de profanes ou d’apprentis statisticiens affirment en considérant sans risque de se tromper que les chiffres sont erronés ou bien n’ont pas été mesurés à leurs justes valeurs.

C’est quoi cet indice que tout le monde cherche à critiquer  sans le connaitre?

Indicateur de développement humain (IDH), est un indice statistique composite, créé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1990 pour mesure la qualité de vie moyenne de la population d’un pays. Théoriquement, l’indice va de 0 à 1. Il tient compte de trois dimensions du développement humain. D’abord, la possibilité d’avoir une vie longue et en santé en se fondant sur l’espérance de vie à la naissance. Ensuite, le niveau de scolarisation, évalué à partir du taux d’analphabétisme et de la fréquentation des différents niveaux du système scolaire. Enfin, le standard de vie, calculé à partir du Produit intérieur brut par capita en tenant compte de la Parité du pouvoir d’achat (PPA).

Ce n’est pas fini !

Cette définition jetée de façon globale cache beaucoup de point essentiel qui nécessite d’être décortiqué et détaillé afin d’éclaircir certaines zones d’ombres.

  1. la santé / longévité (mesurées par l’espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l’accès à une alimentation saine, à l’eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux.
  2. le savoir ou niveau d’éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société ;
  3. le niveau de vie (logarithme du revenu brut par habitant en parité de pouvoir d’achat), afin d’englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l’accès à la culture.

D’après les trois points sus-détaillés, il ressortait qu’il y’a plus d’une variables qui ont contribué considérablement au faible taux de notre IDH. En conséquence, il va de sois que l’indice nigérien évolue en dent de scie dans la fourchette 2010-2015.

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Source : Auteur

A la lecture de ce graphique, nous remarquons que le Niger avait débuté avec presque un indice de 0.18 dans les années 1980. Période ou les statistiques ne sont pas développées en Afrique, moins au Niger, avec une sous évaluation de certains indicateurs porteurs de message important. Mais, au fil des années, vers 2005 qui coïncidaient avec l’utilisation massive des chiffres, cet indice a connu une croissance qui a presque doublé en trente ans à 0.30 point vers les années 2010. Ensuite, vers la fin de l’année 2010 qui coïncidait avec un nouveau régime, notre indice change de tendance haussier en zigzag, toujours entre 2010 et 2015. Et cette grande  perturbation (encerclé en rouge) peut être imputé aux événements du coup d’Etat perpétré au Niger ou toutes les institutions sont à  terre. Ensuite, elle peut être imputée au changement de régime qui a rompu avec le programme encours, au profit d’un nouveau projet de société.

D’aucuns disent que l’IDH du Niger bouge, et je leur réponds aussi que ceux des autres pays ne stagnent pas.

C’est vrai que l’IDH nigérien est dynamique, mais n’évolue pas au même rythme que les autres. Pour mieux l’apprécier à sa juste valeur, nous allons essayer de le comparer à ceux des autres pays frontaliers qui partagent la même caractéristique géographique, le même mode de vie et le même comportement de consommation que nous.

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En visualisant ce graphique d’évolution des indices annuels des pays : Niger,  Bénin et Togo, on remarque clairement qu’ils ont débuté avec respectivement 0.18, 0.25 et 0.36. Au fil des années, les indices ont cru, mais les même rangs se maintiennent. Ce n’est qu’en 2010 qu’un changement brusque fut intervenu en faveur du Bénin en le classant premier en termes d’IDH parmi les trois pays. Et ce rang reste inchangé jusqu’en 2015.

En allant plus loin avec dans les comparaisons entre le Niger et ses voisins de l’Est à savoir le Mali et le Sénégal qui ont presque les même tailles de population que le Niger, le constat reste toujours amer et alarmant (voir graphique suivant).

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Car, d’après le graphique, il ressort que l’indice du Sénégal dépassait celui du Niger et du Mali allant du simple au presque le triple dans les années 80. Mais, notifions que le Niger  est au dessus du Mali, même si la comparaison peut aller au delà de trois chiffres prés. Et, c’est normal !  car dans cette période tout était florissant au Niger. Attention ! Cela ne perdurait pas très longtemps. Cinq ans après, le Mali a rattrapé, puis a dépassé le Niger avec un taux de 0.312 contre 0.269 en 1985. Le Sénégal, pays de la teranga, reste toujours en tête de la course suivi de Mali, laissant le Niger à la queue du peloton jusqu’à la dernière publication de l’IDH 2015 avec des scores respectifs de 0.348, 0.419 et 0.466.

Vu, tout ce qui précède, nous pouvons conclure sans risque de nous tromper que le Niger reste le maillon faible de l’espace UEMOA en termes d’IDH.

Alors, la question est de savoir quelles sont les variables qui impactent sur le Score du Niger ? Quel secteur mérite d’être soutenu afin que le drapeau nigérien soit classé parmi ceux des pays émergents? Quelle politique mener pour endiguer ces maux qui minent le développement du Niger ? Bref à quand le bout du tunnel ? 

En tentant de donner des explications à notre faible score, nous avons quelques facteurs cibles:

La fécondité : seul indicateur qui classe le Niger premier dans le monde

Arrivant tout juste derrière le Soudan du Sud en matière de taux de croissance annuelle de la population, le Niger est le seul pays dont le taux de fertilité est le plus élevé au monde. Avec un taux de fertilité de 7,6%, dont 8,1% en milieu rural, la population totale est passée de 10 millions, en 2001, à 18 millions en 2014. Le taux de croissance économique n’a toutefois pas été en mesure de suivre la forte cadence de l’accroissement de la population et la capacité de l’État à pouvoir répondre à la population s’est gravement érodée. De plus, selon les estimations, la population pourrait atteindre près de 56 millions en 2050. Un homme averti en vaux deux !

Le Mariages précoces

Explique en majeur partie la fécondité au Niger. Le mariage précoce constitue une pratique courante dans ce pays; environ 25% des femmes se marient avant l’âge de 15 ans et 80% avant 18 ans. En plus d’être un phénomène qui engendre des conséquences considérables sur la santé de l’enfant et de la mère. Selon l’UNICEF, « une femme a une chance sur sept de mourir […] à la suite de complications liées à la grossesse». Ainsi, d’après la démographe pour l’UNICEF Niger Soukeynatou Fall, les enfants mis au monde par de jeunes mères sont les plus à risque de souffrir de malnutrition. C’est pourquoi elle est d’avis que l’augmentation de l’âge minimal pour le mariage représenterait une manière efficace de diminuer le taux de fécondité de 15% à 20%.

La pauvreté : une partie du problème

 ‘’C’est la pauvreté qui converti un mécréant en mendiant et fait du croyant un voleur’’ a dit un adage Songhaï.

En tentant de la définir bien que fort complexe, dépassant la seule référence économique, beaucoup de chercheurs ont découvert, qu’on pouvait analyser la pauvreté sur deux dimensions  à savoir  la pauvreté relative (mettant l’accent sur des indicateurs sociaux-culturels) et la pauvreté absolue (mesure statistiques qui déterminent les biens nécessaires à la stricte reproduction des individus, exemple : budget et consommation des ménages). Mais, la plupart des chercheurs, mettaient l’accent sur les indicateurs sociaux culturels. Car ils jugeaient qu’elle est l’extension de l’idée de minimum existentiel du plan purement physiologique à un plan social. C’est pourquoi, Amartya Sen (1993) d’ajoutait que : «ce qui a de la valeur, intrinsèquement, c’est la faculté qu’ont les individus de fonctionner, et la pauvreté doit être considérée comme une privation de cette faculté». Cette assertion peut être illustrée par l’exemple des nomades peuls. Bien que vivant matériellement au-dessous du seuil minimal de pauvreté, ces personnes ne se considèrent pas comme pauvres. Par contre, lorsqu’elles perdent leurs troupeaux et doivent se réfugier en ville, elles se définissent comme pauvres car elles peuvent plus vivre comme des éleveurs.

L’un dans l’autre, signalons que la variable dichotomique statut de pauvreté  est un indicateur d’appréciation de bonne gouvernance par excellence quand elle est positive. C’est aussi un vecteur directeur d’estime de sois. La modalité pauvre, lorsqu’elle est étiquetée à un pays, terni son image en ce sens qu’il  perd du respect et de la considération vis-à-vis de ses paires. En un mot, le pays perd de la crédibilité totale aux yeux du monde entier.

Mais, attention ! Le cas du Niger fait peur,  même si le nombre de pauvre baisse, cela décroit  lentement et à pas de caméléon. Tout récemment, en 2005, le taux de pauvreté qui était de l’ordre de plus de 62 contre seulement presque 38 qui ne sont pas pauvres (source INS), n’a chuté que de 2.6 point 3 ans après (2007-2008).  Ce n’était que vers l’an 2011 que le nombre de pauvre arrivait à avoisiner 50 sur les 100, c’est-à-dire qu’il y’avait en ce moment autant de pauvre que des non pauvres (kif kif).

En essayant de faire un lien avec la fécondité, une étude récente publiée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a montré l’existence d’une éventuelle corrélation entre la fécondité et la pauvreté. Et c’est, particulièrement pour les pays dont l’IDH était inférieur à 0,4(cas du Niger).

Selon toujours le chercheur, La corrélation entre ces deux indicateurs peut s’expliquer par le comportement rationnel des ménages. En effet, le nombre élevé d’enfants est perçu comme une façon d’améliorer leur condition de vie et un moyen « d’atténuer leurs vulnérabilités », puisque les enfants représentent à court terme une main-d’œuvre rentable et à long terme une forme « d’assurance vieillesse ». Ainsi, sur le plan macrosociologique, cette stratégie comporte beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages, étant donné les nombreuses crises alimentaires cycliques et une faible activité économique. En conséquence, le développement socioéconomique apparait comme un outil essentiel pour ralentir la croissance démographique.

L’éducation : majeur partie du problème

Selon un adage nigérien : «quand on est pauvre, le savoir est une arme».

L’éducation reste l’une des préoccupations majeures de l’espèce humaine. Elle est un droit universel que toute société humaine assure à ses membres. L’éducation entretient les valeurs, les conduites et les comportements essentiels à la cohabitation pacifique et à l’épanouissement des individus. Selon Weil, (1971) «rien d’humain ne se fait, rien d’humain ne s’est jamais fait sans éducation». Dans le même ordre d’idées, Louke, (1981) affirme que «l’éducation est aussi cause et effet de l’évolution du monde».

Ceci étant, dans les années 1960, au lendemain des indépendances, la majorité des Etats africains, dont le Niger, s’était fixé comme objectif l’amélioration sensible et durable de leurs systèmes éducatifs. Les mesures visaient à créer des écoles qui favorisent les apprentissages fondamentaux, l’insertion des jeunes dans leur milieu et leur préparation à la vie active. En évaluant cet objectif avec des lunettes d’évaluation de projet, je ne dirai pas que rien a été fait, mais beaucoup reste à faire. Certes comparaison n’est pas raison, mais elle nous sert de repère. Comparativement aux autres pays de notre espace UEMOA qui injectent énormément des moyens pour soutenir l’éducation, le Niger reste dernier parmi.  Preuve : en termes de dépense dans l’éducation en pourcentage des dépenses publiques, le Niger a investi  entre 2011 et 2012  respectivement 21,7% à 19,2% contre le Mali qui a eu a augmenté dans le portefeuille en passant de 18,3% à 22,4% des ses dépenses publique dans le même période. En faisant cas du Sénégal, ce pays alloue chaque année prés de 40% de ses dépenses publiques (même si certaines statistiques l’ont chiffré à 33%) à l’éducation. Cela ne m’étonne pas de constater que les sièges de toutes les institutions (PNUD, UNICEF, OXFAM, SAVE CHILDREN, et que sais-je encore ?) sont basés à Dakar, ou de voir des Sénégalais à leur tête. Une autre comparaison sous l’optique du Produit Intérieur Brut (PIB). Pendant que le Niger se voit sacrifier 4,2% de son PIB dans l’éducation, le Togo, le Burkina Faso, le Mali et le Benin ont injecté dans l’ordre de 4,4%, 4,5%, 4,6%  et 5,1% de leurs PIB en 2011.

En conclusion, le Niger doit revoir toutes les reformes rentrant dans le cadre de perfectionnement aussi bien le niveau des enseignants que les apprentis. Puis allouer un budget conséquent à l’éducation. « Si vous pensez que l’éducation est chère, alors tentez l’ignorance » dira l’autre.

Le Niger verra le bout du tunnel lorsque tous les nigériens sans exception arrive à mettre fin aux discussions byzantines, bagarres, et aux guéguerres politiques ; le Niger verra le bout, lorsqu’on arrive à créer une cellule de réflexion et d’orientation, regroupant les anciens ministres de tout bord politique, afin de combiner leurs expériences et savoir faire rentrant dans le cadre du développement de notre pauvre pays. (Expérience sénégalaise)

Enfin, le Niger verra le bout du tunnel, lorsque tous ses fils comprendront que le Niger nous appartient, et il va de sois qu’on veille sur sa bonne marche.  C’est ainsi qu’on verra le bout du tunnel !

ALHASSANE GARBA Abdoulaziz
Doctorant en Finance Quantitative
        Consultant Statisticien