Le Guinéen Bakary Fofana a été désigné membre de la mission préparatoire de la Cedeao pour les élections nigériennes de février 2016. Alors qu’il devrait atterrir ce jeudi à Niamey, l’opposition ne veut toujours pas en entendre parler. Portrait.

Seyni Oumarou, candidat à la présidentielle, a mis le feu aux poudres mardi 8 décembre en publiant un communiqué sans concession récusant le Guinéen Bakary Fofana, désigné membre de la mission préparatoire de la Cedeao pour les élections de février 2016, qui devait atterrir jeudi à Niamey.

Celui-ci « désapprouve et condamne le choix » de Bakary Fofana, qui, en tant que président de la Commission électorale indépendante, « n’a pas pu organiser des élections apaisées en Guinée », poursuit le communiqué, qui estime que les derniers scrutins en Guinée « se sont caractérisés par des manipulations grossières ».

Depuis, le nom de Bakary Fofana est sur toutes les lèvres, jusqu’en Guinée, où le président du parti du Bloc libéral, Faya Milimono, a réagi mercredi 9 décembre en dénonçant l’accusation de Seyni Oumarou comme un « déshonneur » pour son pays. Qui est donc Bakary Fofana, l’expert indésirable aux yeux de l’opposition nigérienne ? Éléments de réponse.

Un spécialiste du commerce et des relations internationales

Né en 1950 à Bissikirima, dans la préfecture de Dabola, Bakary Fofana est marié et père de sept enfants. Après avoir passé son baccalauréat à Kindia en 1971, il part faire ses études à Paris, où il obtient une licence puis une maîtrise en Administration économique et sociale en 1978.

Il étudie ensuite, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, le marketing, le commerce et les relations internationales notamment, à l’université Paris VII, où il obtient un DEA (diplôme d’études approfondies).

Fort de ces études, Bakary Fofana sera notamment impliqué par la suite en Guinée dans des organisations de la société civile s’impliquant dans les domaines des industries extractives, de l’aide au développement ou les négociations commerciales.

Un cadre de la société civile

Dans les années 2000, Bakary Fofana est l’un des acteurs les plus importants de la société civile guinéenne et ouest-africaine. Il est notamment membre fondateur de nombre d’organisations comme le réseau African Initiative Mining and Environnement Systems (AIMES), la plateforme ouest-africaine de la société civile, le Forum social africain, la coalition guinéenne « Publiez ce que vous payez » (qui a également une antenne au Niger), ou encore le Réseau francophone sur l’aide au développement.

Membre du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne, il est également, de 2000 à 2010, directeur exécutif du Centre du commerce international pour le développement et directeur des programmes de la Fondation internationale pour les systèmes électoraux en Guinée. À ce titre, il est choisi, en novembre 2012, comme président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), l’organe chargé d’organiser les futures élections, après un passage de deux ans dans le gouvernement de transition de Jean-Marie Doré.

Un ancien ministre de la Transition

Bakary Fofana, très actif au sein de la société civile, a fait partie du gouvernement de transition mis en place en 2010, alors que Moussa Dadis Camara se trouve en convalescence au Maroc puis au Burkina Faso. Sékouba Konaté nommé président de la Transition, c’est Jean-Marie Doré qui est chargé de réunir un gouvernement, ayant pour tâche « d’organiser, à la tête d’un gouvernement de transition, les premières élections démocratiques depuis le coup d’État de décembre 2008 ».

Celui-ci comportera 34 membres, dont des militaires membres du Conseil national pour la démocratie et le développement, la junte dirigée par Dadis, et des civils issus de la société civile, tout en évitant d’intégrer les personnalités les plus virulentes des deux camps. Bakary Fofana, faisant partie de la seconde catégorie, est nommé ministre d’État chargé des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Francophonie. Il occupera ce poste jusqu’en novembre 2012, avant de prendre la présidence de la Commission électorale nationale et indépendante.

Un ancien président de la Ceni contesté

La présidence de Bakary Fofana à la Commission électorale nationale indépendante n’a pas été de tout repos. En 2013, lors des législatives, il a ainsi été publiquement désavoué par certains des commissaires, qui ont dénoncé une « gestion opaque et injuste », notamment au sujet de la révision du fichier électoral effectué par l’opérateur Waymark.

Avant le scrutin, l’opposition avait surtout reproché au président de la Ceni d’être trop proche du pouvoir, et d’avoir favorisé la mise en place d’un fichier et d’un découpage électoral favorable au Rassemblement pour la Guinée du président Alpha Condé.

Cette accusation a d’ailleurs été reprise en 2015, à l’occasion du scrutin présidentiel, forçant le président sortant à réagir dans les colonnes de Jeune Afrique. « Bakary Fofana n’a jamais été l’un de mes proches », avait assuré le chef de l’État, réélu au premier tour. Cela n’avait cependant pas suffi à faire taire les critiques.

Mathieu Olivier