Enigmatique et fier dans son accoutrement touarègue, cet ancien maquisard converti en démocrate sort de sa réserve en se prononçant sur l’actualité de son pays. Rhissa Ag Boula qui estime avoir été toujours républicain même sa stature de combattant, nous confie à travers cet entretien son analyse de la situation du Niger sur les plans sécuritaire et politique. Entretien.

Niger Inter : présentez-vous à nos lecteurs et internautes.  

Rhissa Ag Boula : Je m’appelle Rhissa Ag Boula. Je suis nigérien, ancien ministre et ancien résistant.

Niger Inter : Aujourd’hui malgré l’insécurité qui a prévalu chez nos voisins au Mali, en Libye et au Nigeria, on peut dire que la rébellion touarègue a donné une certaine chance à la paix au Niger. En tant qu’ancien combattant comment expliquez-vous ce résultat ?

Rhissa  Ag Boula : Je ne peux pas dire que c’est la rébellion touarègue qui a donné la chance à ce qu’il y ait une paix au Niger.  C’est vrai que la rébellion touarègue a signé un accord de paix qui est plus ou moins respecté. Mais cette paix dépend d’abord de plusieurs facteurs. Le premier facteur c’est la décision historique qui a été prise par le président de la République Mahamadou Issoufou au moment où des foyers de tension ont commencé à s’allumer tout autour du Niger. Cette responsabilité historique est due au courage et aux décisions importantes qu’il a prises en 2011 juste après son investiture pour faire face à la situation à venir. C’est très important car nous avons apprécié à son temps et nous avons été à ses côtés pour apprécier davantage ce courage politique historique. Le deuxième facteur c’est la jeunesse nigérienne notamment la jeunesse touarègue qui a écouté ses autorités, qui a écouté  son pays pour ne pas tomber dans l’aventure qui commençait déjà au Mali. Le troisième facteur c’est le comportement des forces armées nigériennes. Et tout cela a été apprécié et soutenu par l’ensemble forces des vives de la nation.

Niger Inter : Avec un esprit d’historien on peut aussi dire qu’il y a eu en amont des accords de paix sous Tandja…

Rhissa Ag Boula : Le président Tandja n’a pas fait des accords. Avec le MNJ ce ne sont pas des accords, il faudrait plutôt parler de désarmement, d’une défaite totale du MNJ. C’est un désarmement sans accord. Au contraire Tandja a laissé une situation pourrie qui a été réglée et maitrisée par les autorités de la 7ème République. Je dirais plutôt que les accords de 1995 constituent un pilier fondamental pour la paix au Niger. Ces accords contenaient le principe de la décentralisation qui est une réalité aujourd’hui au Niger. Cette décentralisation a fait qu’aujourd’hui en sorte que beaucoup d’anciens combattants sont aux affaires au niveau des différentes communes et structures décentralisées. C’est dire que la décentralisation a consolidé les accords de paix et les différentes clauses plus ou moins respectées par les différentes parties.

Niger Inter : le président Issoufou a un discours tendant à réconcilier paix et développement. En tant qu’homme de terrain comment appréciez-vous ce discours face à la réalité ?

Rhissa Ag Boula : Nous apprécions profondément l’approche du président Issoufou. Mais il faut dire en passant qu’à l’époque quand nous avions pris les armes, nous l’ avons fait surtout contre une certaine politique et aujourd’hui cette politique a changé. Le vent de la démocratie a soufflé et le Niger est rentré dans la modernité. Ce n’était plus les vestiges de la coloniale. Le président Issoufou a pris de bonnes décisions et la paix est consolidée.

Niger Inter : A vous entendre, il y a comme qui dirait une métamorphose par vous-même et les ex combattants de rebelle au républicain…

Rhissa Ag Boula : Moi personnellement, j’ai toujours été républicain, la preuve en est que même quand j’étais dans le maquis je n’ai jamais revendiqué une autre République que le Niger. J’étais toujours contre une certaine aventure indépendantiste de la composante touarègue. Je l’ai prouvé à l’encontre de mes frères maliens en 2012 en étant contre l’indépendance de l’Azawad. Par contre nous avons pris les armes contre une certaine politique dépassée aujourd’hui. Nous sommes aujourdhui des combattants de développement et de la démocratie tout simplement.

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Niger Inter : Une autre préoccupation sur le plan sécuritaire c’est la question Boko Haram. Cette secte qui sème la terreur en frappant sur plusieurs fronts. Selon votre expérience quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Rhissa Ag Boula : Je m’adresserais d’abord à la jeunesse nigérienne et plus précisément la jeunesse des régions de Diffa et Zinder. Je le dis parce que quand nous avons senti la menace terroriste venant de Libye et du Nord du Mali, la jeunesse touarègue d’Agadez et de Tahoua avait évité toute infiltration terroriste. Et c’est pourquoi je demande à la jeunesse de Diffa et de Zinder de faire montre de patriotisme pour éviter la manipulation terroriste.

Niger Inter : Au-delà de cet appel à la jeunesse, il faut admettre que les armes utilisées par boko haram appellent à une analyse poussée des experts. Comment envisagez-vous la solution sur le plan militaire justement ?

Rhissa Ag Boula : Il faut dire que Boko Haram a eu le temps de s’armer. Boko Haram était au Nord du Mali. Certains chefs de Boko haram ont été formés par AQMI. Certains ont été formés au Nord libyen. On le sait très bien. Ils ont profité de la crise libyenne. Il faut tout de même saluer le travail abattu par des forces alliées. Tout de même, je suis convaincu que Boko Haram est vaincu c’est pourquoi elle a engagé cette guerre asymétrique. J’insiste encore une fois sur la contribution patriotique de notre jeunesse aux cotés des actions salvatrices de nos forces armées. Par ailleurs ce qui m’inquiète c’est le comportement de la classe politique. Quand on est en guerre, il faut que chaque citoyen sache qu’il y a quelque chose de commun à nous tous qui est essentielle à savoir la République, le Niger. Quelques soient les contradictions que nous pouvons avoir, le Niger reste fondamental. C’est pourquoi quand j’entends certaines joutes des hommes politiques, je suis étonné. Nous avons un pays très fragile menacé par des foyers de tensions tout autour et malgré tout des hommes politiques ne se gênent pas d’étaler des idées ethno régionalistes et tribalistes. Cela n’a aucun sens.

Vous êtes également homme politique appartenant au parti au pouvoir notamment le PNDS Tarayya. L’actualité politique c’est sans conteste les élections générales prochaines. Pensez-vous que les conditions de possibilité des élections libres et transparentes sont réunies présentement ?

Rhissa Ag Boula : Vous le constatez de vous-même : tous les partis politiques ont tenu leurs congrès d’investiture de leurs candidats ; tous les partis politiques sont sur la ligne de départ. Il y a eu certes des gesticulations de l’opposition tendant à récuser les institutions chargées de ces élections mais je crois que la dernière visite du chef de file de l’opposition auprès de ces institutions nous a édifiées. Il a constaté que le travail est correctement fait et il est allé à Agadez faire son Congrès d’investiture. Il est candidat aux élections. Tout est dans l’ordre. Les élections seront libres et transparentes comme toujours au Niger. C’est tout à fait normal que les opposants s’expriment librement mais à deux mois de ces élections, on se rend compte que tout le monde est sur la ligne de départ.

Niger Inter : Une autre question d’actualité c’est l’affaire Hama Amadou détenu actuellement à la prison de Filingué. Vous êtes auteur d’une publication sur Niger Expansion sur Facebook appelant Monsieur Hama Amadou à ne pas rentrer au Niger. Pouvez-vous nous dire le fond de votre pensée en faisant cet appel ?

Rhissa Ag Boula : Je commencerais par rappeler à ceux qui ne le savent pas que Hama Amadou c’est un ami à moi. Certes pas un ami politique mais un ami tout de même, un frère à moi. A chaque étape, à chaque parcours j’ai eu à lui donner un certain nombre de conseils. Quand il est parti j’ai donné des conseils et quand j’ai eu tout ce bruit sur son retour je lui ai prodigué ce conseil auquel vous faites allusion en lui demandant de rester là où il était. Je le dis parce qu’à mon sens quand on est un général qui a des troupes et qu’on fui sans tirer aucune balle, et qu’un an après l’on proclame sur tous les toits qu’on voudrait revenir et reprendre la tête des troupes, je trouve que c’est une très mauvaise stratégie. Pour le reste, cette affaire étant pendante devant la justice, je préfère ne pas me mêler du tout.

Niger Inter : Vous venez de dénoncer certains dérapages à savoir des discours identitaires prononcés par certains politiciens. Avez-vous un message pour une élection apaisée au Niger ?

Rhissa Ag Boula : Je parlais tantôt de ces  joutes dangereuses pour la paix et la sécurité de notre pays et l’unité nationale, ce n’est pas la première fois. Je l’ai fait pratiquement ces cinq dernières années depuis l’occupation du Nord Mali jusqu’à la destruction du régime de Kadhafi. Je l’ai fait à travers certains medias. Notre pays est très fragile, il faudrait que les Nigériens le comprennent. Nous devons tirer les leçons de ce qui s’est passé au Mali. Nous sommes une nation en construction on ne doit pas s’amuser à mettre des ingrédients nuisibles. On fait certes de la politique mais je dis qu’il faudrait savoir préserver l’essentiel. Pourquoi chercher le pouvoir si on voudrait détruire la République ? Par rapport aux élections mon vœu est que chacun aille aux élections et que le meilleur gagne et pour moi le meilleur c’est Issoufou.

Niger Inter : On parle de plus en plus du passage du président Issoufou au premier tour de la présidentielle prochaine. En tant que partisan du président pouvez-vous nous dire sur quoi se fonde cet espoir  sur une chose impossible à en croire l’opposition?

Rhissa Ag Boula : Je me demande face à ce discours est ce que un verset du coran qui est immuable qui dispose cela ? La démocratie au Niger c’est à peine une trentaine d’années. On a fait quelques élections, mais les choses peuvent bien changer. Pour moi,  c’est le président Issoufou qui va gagner, c’est nous qui  gagnons. Ça peut bien changer dans la mesure où le président Issoufou a travaillé dans ce pays-là. Regarder dans la ville de Niamey et partout au Niger vous allez voir des chantiers. Pendant cinquante ans, les gens ont gouverné ce pays on a pas fait ça. Nous on a pu faire ces réalisations. Issoufou est un bâtisseur. Un grand bâtisseur. Au début les gens voyaient son programme comme une utopie. Et aujourd’hui le résultat est là. Issoufou passera au premier tour comme une lettre à la poste au vu de ses résultats. Les gens cherchent à frauder lorsqu’ils n’ont rien foutu. Issoufou n’a pas besoin de frauder pour gagner. Moi qui vous dis ça, je suis très fier de moi pour faire du griot à quelqu’un. Mais je vois la réalité. J’ai travaillé avec trois présidents avant Issoufou qui est le quatrième. J’ai eu 7 ans au gouvernement avec les opposants d’aujourd’hui. J’ai travaillé avec les présidents Baré, Wanké et Tandja. Je sais qui a travaillé. Je ne le dis pas simplement de manière partisane, je suis en train de lire la réalité et chaque nigérien peut la lire. Et je le dis et je le répète je ne fais pas du « ganga » pour jeter des fleurs à qui que ce soit. Ce sont les réalisations du président Issoufou qui forcent l’admiration des gens qui observent objectivement la réalité. Issoufou est en train de bâtir le Niger méthodiquement dans la même trame que ceux qui ont construit les cathédrales, ces bâtisses merveilleuses qu’on voit en Occident. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut lui donner la chance et l’accompagner. Et je le dis haut et fort, la première bâtisse que Issoufou a réalisée au Niger c’est d’abord la paix et la sécurité dans le pays. Ç’aurait été un autre président lorsque la Libye s’est écroulée, le Mali effondré en 24 heures, il aurait cherché à fuir le pays. Il s’est plutôt levé. Il nous a appelé pour nous dire on va travailler, on va résister. Et on a résisté et on a gagné. Aujourd’hui le Niger est en paix. Ce n’était pas gagné d’avance au regard du contexte d’alors. En 2011, quand la Libye s’est écroulée tous les arsenaux ont déferlé sur le Niger. Le Mali n’a pas de frontière avec la Libye mais le président Issoufou avait pris les décisions qu’il fallait pour que ces arsenaux ne restent pas au Niger et créent des problèmes au Niger. Nous observons les actions des hommes et je vous dis très franchement que le président Isssoufou est en train de bâtir le Niger.

Niger Inter : Quel est votre mot de la fin ?

Rhissa Ag Boula : Mon dernier mot, c’est de renouveler mon appel à la jeunesse nigérienne pour aimer son pays. Moi j’ai pris les armes à une certaine époque contre une certaine politique dans mon pays. Je l’ai fait et je ne le regrette pas. Mais je dis quand on n’a pas de motif pour aller faire des actions kamikazes et se faire tuer avec des explosifs, ça ce n’est pas un idéal. Il faut arrêter et aimer son pays. Je l’ai dit à mes frères touarègues et je le répète à mes frères du manga que nous n’avons que ce pays-là. Il faudrait que nous prenions toutes les disposions pour assurer sa sécurité.

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane