Démocratisation du continent africain, dont le coup d’envoi a été donné depuis le sommet de la Baule, sous l’égide de l’ancien président français François Mitterrand, a donné naissance à de nouveaux acteurs, qui très rapidement ont occupé l’espace public, et chassé les organisations fantoches créées par les régimes dictatoriales en place. au Niger, cette dynamique s’est accompagnée d’une floraison, sur  ’espace public, d’une multitude d’organisations, syndicats et ONG, qui se sont tous attribués le titre de « société civile».

La première génération de structures de la société civile nigérienne, était largement animée par des intellectuels issus principalement du  de structures telles Démocratie,  monde universitaire et d’autres milieux de haut niveau. C’est le cas, notamment Liberté, Développement (DLD) avec le Professeur Ismaël Yenikoye, Ridd-Fitila du juriste Sanou Joseph, l’Association Nigérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (ANDDH) de Maitre Kellessi Tahirou, Avocat de son état, ou encore du Rassemblement Démocratique des Femmes du Niger (RDFN), qui a vu le jour suite à l’avènement de la Conférence nationale souveraine du Niger de 1991. Progressivement, la plupart de ces structures ont disparu de la scène, du fait que leurs dirigeants se sont jetés dans les bras du politique.

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La seconde génération des acteurs de la société civile nigérienne est, quant à elle, essentiellement issue des cercles des anciens dirigeants du mouvement scolaire nigérien notamment, l’Union des Scolaires Nigériens (USN). Très engagée au départ, cette société civile a, au fur et à mesure, perdu de son dynamisme, et de sa crédibilité du fait de ses prises de positions aux antipodes des idéaux qu’elle prétendait défendre, et aussi de ses accointances avec les milieux politique. En 2005, avec les manifestations citoyennes contre la vie chère consécutives à l’augmentation d’une TVA de 19% sur les produits de première nécessité, la société civile nigérienne a connu une renaissance. Profitant de l’espace devenu vide, de contre pourvoir, laissé par l’opposition de l’époque, des acteurs ont pris l’imitative de créer un cadre dénommé Coalition Equité Qualité Contre la Vie Chère, une coalition, comme son nom l’indique pour lutter contre la vie chère. Hétéroclite, le mouvement s’est vite imposé sur l’espace public devenant même incontournable dans le cadre des négociations avec le gouvernement de l’époque, à cause du large soutien populaire dont il bénéficiait. En effet, le 15 mars 2005, avec le déferlement humain d’environ 150. 000 personnes à la place de la concertation, le pouvoir avait tremblé, c’est le moins qu’on puisse dire. Au-delà du pouvoir en place, toute la classe politique, y compris l’opposition politique d’alors a eu peur de voir l’apparition de nouveaux acteurs qu’ils ne maitrisent pas. Toute l’Afrique avait célébré la société civile Nigérienne. Hélas, très vite, cette dynamique a été émoussée, à cause de l’ambition démesurée des uns et de l’extrémisme des autres. Les contradictions internes entre les deux groupes mais aussi de la faiblesse d’esprit des principaux acteurs, a eu raison du noble objectif de départ. Le principal leader du mouvement a été d’ailleurs instrumentalisé par le Président Tandja pour la réalisation de son entreprise de démantèlement des institutions démocratique, appelé « Tazartché ». Cependant, malgré son échec, le mouvement a su instaurer un nouveau visage de la société civile nigérienne. Pour mieux cerner le déclin de la société civile, il est important de s’arrêter sur cette période de Tazartché. En effet, les acteurs de la société civile n’ont jamais été aussi divisés et instrumentalisés. Il y’avait trois groupes d’acteurs. Le plus engagé et le plus important est constitué autour du Front Uni pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques (FUSAD), composé d’associations, ONG et syndicats. Ce groupe a été déterminant dans le combat contre le Tazarcthé. En face, on retrouve le groupe des inféodés au système de Tandja et piloté par d’autres acteurs emblématiques de la lutte contre la vie chère, qui eux, ont fait le choix de s’engager avec hargne et démesure dans le combat pour la démolition de l’architecture démocratique. Le troisième groupe est, de l’avis de tous les observateurs, le plus nuisible. Il s’agit du groupe des hypocrites. Ce groupe, dirigé, lui aussi par d’anciennes figures de la coalition, s’est isolé dans le « Ni Ni » avec une prétendue ambition de neutralité qui était en vérité une position.

Chacun de ces groupes faisait son petit ou grand chemin. C’est dans ce contexte qu’intervient le coup d’état militaire du 10 février 2010. Aussitôt le CSRD installé, des figures de la société civile se sont vus octroyés d’importantes responsabilités par la transition militaire. Cette promotion sous forme de récompense a été diversement appréciée par l’opinion et a fait naitre une nouvelle « caste » d’acteurs de la société civile.

La perte des valeurs !

Une nouvelle race d’acteurs de la société est née, avec, comme dénominateur commun un mépris souverain pour les valeurs les plus élémentaires. Cela se traduit d’abord par le manque de démocratie interne. Les responsables de presque toutes les organisations de la société civile, une fois désignés à la tête de leurs structures, font des pieds et des mains pour y rester à vie, sauf cas rare. Au pire des cas ils « manœuvrent » pour être vice-présidents, à défaut d’être président pour la vie. Ce qui a une conséquence négative sur l’impact de ces associations sur l’opinion ou sur le gouvernement. Partant, l’image de ces associations semble être le reflet de celle de leurs leaders plutôt que celle d’une structure morale reconnue pour son combat ou son intégrité Etant donné que leurs animateurs sont publiquement connus pour être proches ou militants de telle formation politique. Tirant sa crédibilité de la lutte pour la promotion de la démocratie et aux manifestations citoyennes pour l’amélioration des conditions de vie des populations nigériennes, notre société civile a, au fil du temps, terni son image aux yeux des populations, pour devenir des entreprises privées au service de leur promoteur. En lieu et place de conviction, le mouvement associatif nigérien, s’en mué en entreprises privées en quête de rentes. En effet, ils sont nombreux les acteurs de la société civile qui dirigent plusieurs organisations. Chaque sujet social susceptible de mobiliser des bailleurs de fonds constitue une aubaine pour la création d’une association, ONG ou autre réseau composé toujours des mêmes personnes. Regardez de vous-mêmes, nous ne saurions être juges à votre place. C’est tout simplement déplorable, pitoyable. Quel gâchis. Véritable busessn, on y compte aujourd’hui des dizaines de millionnaires parmi les dirigeants, dont certains ont un train de vie supérieur aux dirigeants politiques qu’ils dénoncent. L’autre « caste » de la corporation est constituée de structures spécialisées dans la défense de tout. Ils sont spécialistes de tous les sujets : droits de l’homme, éducation, santé, SIDA, consommateurs, pèlerins, immigrés. Chaque sujet d’actualité est une aubaine pour rédiger une déclaration tonitruante sans grande maitrise de la thématique, avec des mots orduriers. Le but ultime étant de se faire remarquer et démarcher par le pourvoir, dans un style de maitre chanteur, en somme. Inutile, là aussi de citer de noms ou d’organisations, vous et moi les connaissons tous. Ces structures, pour la plupart n’ont pas de partenaires connus, encore moins de projets à exécuter, mais disposent de sièges, ceux qui sont à leur tête rivalisent avec n’importe quelle DG de société en termes de train de vie. Qui les finance ? Les nigériens ne sont pas dupes. Notre société civile, une des plus crédibles de la sous-région, a, en peu de temps, perdu de sa crédibilité et de ses valeurs, du fait de nouveaux acteurs. Par bonheur, il y en a encore, mais combien sont-ils, qui gardent encore la ligne et qui refusent d’être des instruments à la solde du politique ? Leur exemple est à méditer. Tenez le Gardien va vous faire découvrir toute la nébuleuse.  A suivre !

Idi Dendi

LE GARDIEN