Quel est l’état de la menace terroriste au Niger ? Un mois avant l’élection présidentielle et une semaine après l’attentat du Cappuccino et du Splendid à Ouagadougou au Burkina-Faso, Anthony Lattier interroge le ministre nigérien de l’Intérieur, Hassoumi Massaoudou. Il insiste sur la nécessité d’un retour de l’armée malienne au nord du Mali.

RFI: D’après le gouvernement burkinabè, les assaillants de l’hôtel Splendid seraient arrivés à bord de véhicules immatriculés au Niger. Ont-ils traversé la frontière entre le Niger et le Burkina-Faso ?

Hassoumi Massaoudo : Non, je ne pense pas que ces assaillants soient venus du Niger. Ils sont probablement venus du Nord-Mali. Le Nord-Mali est un espace de non-droit, où il n’y a pas d’autorité étatique. Il y a une multitude de groupes armés. Cet espace est propice à toutes les incubations et à toutes les menaces contre les capitales de la sous-région, aussi bien Bamako, Ouagadougou, Niamey, et peut-être plus loin.

C’est une situation qui ne doit pas durer. C’est une menace permanente. Il faut qu’il y ait une autorité étatique dans le Nord-Mali. Il faut rapidement créer les conditions pour que l’armée malienne et les autorités maliennes se déploient dans cet espace-là. Il faudrait que des décisions soient prises rapidement.

Le gouvernement du Mali ne fait pas assez d’efforts ?

Je pense que ce n’est pas la faute du gouvernement malien.

De qui est-ce la faute ?

Vous savez très bien qu’il y a un certain nombre de groupes armés qui occupent cet espace-là et il y a eu un accord [l’accord d’Alger du 20 juin 2015]. Cet accord n’est pas appliqué. Il faudrait que des principes soient établis, qu’on se dise que c’est dans l’intérêt de tout le monde, aussi bien de la sous-région que de la communauté internationale, qu’il y ait une autorité étatique. Cette autorité étatique ne peut être que l’autorité du gouvernement malien. Il faut donc que l’armée malienne et ses forces de sécurité intérieure puissent s’y déployer pour qu’on ait un interlocuteur, pour qu’il y ait une continuité étatique sur l’ensemble de l’espace sahélo-saharien.

Au Niger, craignez-vous des attentats alors que les Nigériens votent dans un mois ?

Nous n’avons pas eu d’attentat au Niger depuis 2012. Mais depuis 2011, nous avons pris un certain nombre de dispositions pour renforcer la sécurité.

Mais à l’approche des élections y a-t-il une menace particulière ? Avez-vous récemment arrêté des personnes qui seraient venues commettre des attentats ?

Nous avons arrêté des personnes il y a moins d’un mois, des personnes qui seraient venues commettre des attentats du même type à Niamey, dont l’objectif était d’attaquer. Nous arrêtons pratiquement tout le temps des gens qui tentent de s’infiltrer pour faire des attentats.

« Tout le temps », c’est-à-dire ?

Nous avons des informations et des menaces à un rythme d’une menace pratiquement tous les deux mois. C’est très difficile de les contrer, mais nous ferons tout – nous avons déjà fait beaucoup – mais nous ferons tout pour qu’ils échouent.

Il y a un mois, combien de personnes avez-vous arrêtées ?

Ceux qui sont venus faire ces attaques, je crois que c’était trois ou quatre. Des gens qui étaient venus bien sûr du Nord-Mali et de Libye. On les a arrêtées.

À Niamey ?

Non à la Tapoa, c’est-à-dire un peu en amont de Niamey. Cet effort doit être maintenu. Nous sommes obligés de le maintenir, en particulier pendant la période électorale.

D’après l’ONU, cent mille personnes ont dû fuir de chez elles ces dernières semaines dans la région de Diffa, à cause des attaques de Boko Haram. L’élection ne pourra donc pas se tenir partout au Niger ?

Non, l’élection se tiendra très bien dans la région de Diffa.

Même dans les camps de déplacés ?

Même dans les camps de déplacés. Nous avons déjà fait le recensement à Diffa et le taux de recensement était supérieur au taux national. On a pu faire le recensement à Diffa, donc on pourra faire les élections à Diffa. Tout le monde exercera son droit de vote, y compris à Diffa.

Mais concrètement, ceux qui sont déplacés comment feront-ils pour voter ?

Les déplacés, ce ne sont pas des gens qui sont déplacés sur des centaines de kilomètres. Ce sont des gens qui habitent des villages sur la rive du Komadougou et qui ont se sont déplacés sur 5 ou 10 kilomètres tout au plus. Ce ne sont pas de longs déplacements. Les gens sont à côté de leur village. Ça ne pose aucun problème d’avoir, dans les zones de déplacement, les bureaux de vote qui étaient prévus dans les villages.

L’état d’urgence va-t-il être prolongé à Diffa ?

Oui, bien sûr. Ça nous permet d’avoir une mobilité et une capacité d’action énormes ! Sans l’état d’urgence, nous n’aurions pas eu les bons résultats que nous avons eus. Je veux souligner que ce n’est pas un état d’urgence très contraignant. Vous pouvez aller à Diffa, vous verrez que les gens vivent quasi normalement.

L’état d’urgence jusqu’à quand ?

L’état d’urgence jusqu’à ce que nous considérions que les conditions de l’état d’urgence n’existent plus. Je ne donne pas de date. Tous les trois mois, nous reconduisons la loi d’état d’urgence avec l’autorisation de l’Assemblée nationale.

AQMI, Boko Haram, et au nord du Niger le groupe Etat islamique qui s’implante en Libye. Faut-il intervenir militairement dans ce pays ?

L’essentiel pour nous c’est que le gouvernement qui a été mis en place [le 19 janvier] ait l’autorité nécessaire, y compris militaire, pour imposer la paix et la stabilité en Libye.

Seriez-vous favorable également à une intervention militaire étrangère (des États-Unis, de la France ou de l’Europe) ?

Oui bien sûr, mais cette intervention militaire doit passer par le gouvernement légitime et certainement sous mandat des Nations unies. Si nécessaire, il faudra peut-être en passer par là : je n’en sais absolument rien !

Ce que je sais, c’est que la mise en place d’un gouvernement d’union nationale est un point de départ qui doit être l’occasion de réfléchir sur la stabilisation de la Libye et sur la responsabilité de la communauté internationale pour mettre fin à cette gangrène.

Rfi.fr